COMBONIANUM – Formazione e Missione

— Sito di FORMAZIONE PERMANENTE MISSIONARIA — Uno sguardo missionario sulla Vita, il Mondo e la Chiesa — Blog of MISSIONARY ONGOING FORMATION — A missionary look on the life of the world and the church

FP Français 10/2013

Lampedusa1Chers amis,
Dans le contexte de la tragédie du récent naufrage de migrants à Lampedusa (359 morts, noyés dans les eaux de la Méditerranée) et le contexte de la prochaine Journée Missionnaire Mondiale, dimanche le 20 octobre, je vous propose une réflexion d’Enzo Bianchi sur « l’étranger à accueillir ». Manuel João.
Voir le message du Pape pour la Journée Missionnaire Mondiale:
http://www.vatican.va/holy_father/francesco/messages/missions/documents/papa-francesco_20130519_giornata-missionaria2013_fr.html 

Tous étrangers, appelés à s’accueillir

Enzo Bianchi

Enzo Bianchi est né le 3 mars 1943 à Castel Boglione (Italie). Très jeune, il s’engage dans le mouvement politique de la Démocratie Chrétienne. Après ses études à l’Université de Turin, il s’implique dans une fraternité œcuménique, mixte. Ses rencontres avec l’Abbé Pierre puis, quelques années plus tard, avec le frère Roger de Taizé vont être déterminantes pour l’orientation de sa vocation. En 1966, il s’installe dans le hameau abandonné de Bose (Italie) pour y fonder une communauté monastique interconfessionnelle. Après quelques années de solitude, des disciples, hommes et femmes, se joignent à lui. Il est actuellement prieur de la communauté de Bose.

Lampedusa6Lorsque nous prononçons le mot « étranger », c’est immédiatement à un « autre » que nous pensons, à une personne différente de nous. Il est bien rare que nous soyons amenés à reconnaître que nous sommes nous-mêmes étrangers aux yeux d’autrui. En réalité, l’étranger n’est jamais seul en face de nous: nous sommes toujours deux étrangers, l’un devant l’autre. Et, dans toute rencontre que nous faisons, chacun de nous est l’un de ces étrangers.

Certains auteurs ont mené une réflexion extrêmement profonde sur cette dimension de l’existence humaine. J’aimerais en citer deux, qui me sont particulièrement chers. Au niveau littéraire, le poète Edmond Jabès a beaucoup exploré, dans chacun de ses livres, le thème de l’extranéité et de l’altérité. Ses méditations concises l’amènent à rappeler: « L’étranger te permet d’être toi-même, en faisant, de toi, un étranger […]. La distance qui nous sépare de l’étranger est celle-là même qui nous sépare de nous. Notre responsabilité vis-à-vis de lui est, donc, celle que nous avons envers nous-mêmes. — Et la sienne ? — La même que la nôtre. » Dans le domaine de la psychanalyse et de la philosophie, Julia Kristeva a affirmé à plusieurs reprises que « l’étranger vit en nous » et que la catégorie de l’extranéité est essentielle pour nouer des relations de toute espèce: « Étrangement, l’étranger nous habite: il est la face cachée de notre identité […]. L’étrangeté est en nous: nous sommes nos propres étrangers […]. Comment pourrait-on tolérer un étranger si on ne se sait pas étranger à soi-même ? […]. L’étranger est en nous. Et lorsque nous fuyons ou combattons l’étranger, nous luttons contre notre inconscient […]. L’étranger est en moi, donc nous sommes tous étrangers. »

À nos yeux, l’autre est donc marqué par une dimension d’extranéité. Cette catégorie, j’en suis convaincu, ne peut être rejetée: elle nous aide à comprendre qui est l’étranger, elle nous autorise à tisser des liens avec lui et nous amène à une rencontre, à un dialogue. Mais, dans le même temps, elle fait aussi de nous des étrangers. Il nous faut donc également affirmer que notre propre identité est celle d’étrangers. Pourquoi, dès lors, rencontrer l’étranger ? Parce que les hommes sont tous étrangers les uns aux autres. Autour de cette question, je voudrais à présent reprendre en synthèse certains acquis des chapitres précédents, avant de passer à la dernière phase de notre itinéraire, plus concrète et pratique.

1. Étrangers à l’image de Jésus.

Dans ma réflexion, un apport fondamental provient du livre qui contient la parole de Dieu et qui représente pour l’Occident une sorte de « grand code »: la Bible. Or, dans la Bible, l’étranger est présenté avant tout à travers deux affirmations: « Dieu aime l’étranger » (Dt 10,18); « Tu aimeras l’étranger comme toi-même, car vous-mêmes avez été étrangers » (Lv 19,34; Dt 10,19). Dans l’Ancien Testament, le premier mouvement, le plus profond, est celui par lequel Dieu a aimé Israël, en venant « prendre une nation (goy) au milieu d’une nation (goy) » (Dt 4,34): il a aimé en Israël un étranger et, en l’aimant, l’a arraché à l’esclavage. Cela devrait demeurer imprimé dans le cœur des croyants comme une réalité les constituant foncièrement. Le christianisme a compris qu’il fallait pousser plus loin encore les conséquences de cette attitude divine, puisque Dieu lui-même, dans le Nouveau Testament, se révèle comme étranger. Et je crains que les chrétiens, guère habitués à lire les textes en ce sens, ne réfléchissent pas suffisamment sur ce point. Pourtant, l’étranger par excellence, que nous sommes au départ « empêchés de reconnaître » (voir Lc 24,16.18), c’est Jésus: oui, s’il est un étranger par rapport à nous, c’est bien lui.

Dans les évangiles, un débat se développe autour de la personne de Jésus: la question lancinante de savoir d’où il vient met en évidence l’« extranéité » qu’il a assumée. Même pour les proches de Jésus, la condition de ce dernier a souvent été celle d’un étranger — « il est hors de lui », ira jusqu’à dire de lui sa parenté en Marc (3,21). N’oublions pas cette accusation significative qui, dans le quatrième évangile, lui est adressée par des Juifs: « Va-t-il rejoindre la diaspora des Grecs ? » (Jn 7,35) — en d’autres termes: « va-t-il rejoindre le camp des étrangers ? » Et c’est là une question qu’il s’agit de
prendre au sérieux. Par ailleurs, dans les enseignements du Seigneur, les protagonistes étrangers jouissent souvent d’une position privilégiée. Pensons à la parabole du bon Samaritain, où un étranger accomplit les actions qui se révéleront «divines» (voir Lc 10,29-37). L’étranger, pour un chrétien, n’est donc pas seulement l’autre, mais en premier lieu l’Autre, Dieu lui-même, qui s’est fait étranger pour nous, en Jésus-Christ.

Par voie de conséquence, les chrétiens eux-mêmes se sont souvent sentis en condition d’extranéité à la suite de leur Seigneur. N’est-il pas vrai que le premier nom que les chrétiens ont porté — avant que celui de « chrétiens » ne leur ait été attribué — était « les adeptes de la voie » (voir Ac 9,2) ? On pourrait traduire, sans exagérer, par: « ceux de la route »; c’est-à-dire ceux qui n’ont pas pleinement droit de citoyenneté, à savoir les étrangers. Le langage de la première lettre de Pierre est plus éloquent encore: les chrétiens y sont définis comme pâroikoi (1 P 2,1l), dans le sens littéral de «ceux qui sont constamment prêts à défaire leur tente ». Les chrétiens, en somme, sont ceux qui habitent une tente aux marges de la cité, qui séjournent de manière provisoire et doivent, à un moment donné, déplacer leur tente vers un autre lieu.

Le Nouveau Testament souligne ainsi la condition des chrétiens, étrangers et pèlerins, nomades en perpétuel déplacement. Comme l’affirme de son côté la lettre À Diognète (IIe siècle) en une synthèse extraordinaire du point de vue théologique, « toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère». Ceci, toutefois, n’indique pas une prise de distance suffisante et hautaine, mais bien cette condition d’extranéité qui était déjà celle de leur Seigneur. Influencés par une certaine pensée philosophique grecque, certains courants du christianisme ont plus tard exigé des chrétiens une distanciation par rapport au monde, voire une fuite et un mépris à son égard. Mais c’est l’extranéité que les chrétiens sont appelés à vivre, qui est toute différente: en étant hommes et femmes de cette terre, ils se comportent selon un but précis qui, lui, n’appartient pas à cette terre.

2. Accueillir la différence pour en être accueilli.

Document d’une richesse inouïe, la lettre À Diognète nous ramène à une époque décisive pour l’Église, et il me semble que nous aurions à nous souvenir aujourd’hui de l’immense optimisme qu’il comporte. Écrit en un temps qui évoque le nôtre, ce texte, loin d’engager les chrétiens à se retrancher dans des positions de défense — et dans une attitude en fin de compte cynique dans la société —, porte au contraire un regard positif sur les peuples qui, au IIe siècle, représentaient un océan païen au sein duquel les chrétiens ne constituaient qu’une infime minorité. Cette vision confiante du rapport à la compagnie des hommes devrait nous inspirer: oui, les autres, qui ne partagent pas notre foi, sont aussi capables de discerner ce qui est bien; avec eux aussi un dialogue est possible.

Si la catégorie de l’extranéité est importante, il faut donc savoir l’interpréter pour qu’elle ne se traduise pas en arrogance de la part des chrétiens devant leurs contemporains. Au long de l’histoire du christianisme, les épisodes au cours desquels l’Évangile a été le plus ouvertement trahi se sont en effet joués sur des thèmes liés à cette question. Et ceci en particulier lorsque les disciples du Christ ont nié leur propre extranéité, et n’ont plus reconnu l’étranger (voire même l’ennemi) que dans l’autre. Il est difficile en effet que l`hostis (l’« ennemi») devienne hospes (« hôte ») lorsqu’on pense en termes de fines christianorum— de « frontières de la chrétienté » — en affirmant qu’au-delà de ces limites tous sont « des étrangers ». Le temps n’est pas si loin où nous avons pensé que notre société devait préserver sa stabilité grâce à une uniformité, qui coïncidait avec la « chrétienté »; cette histoire, qui a connu bien des avatars, a désormais fait son temps. Prendre conscience de notre propre extranéité, comme je propose ici de le faire, est donc indispensable pour nous qui, aujourd’hui, nous découvrons entourés de tant d’étrangers dans nos sociétés. Cela peut sans doute représenter un cap pénible à passer pour beaucoup de chrétiens — avant tout pour les catholiques —, mais il est nécessaire de le faire.

Souvenons-nous de l’époque pas si lointaine où nous priions « pour les infidèles ». Le terme était sans équivoque, et recevait une interprétation liturgique et spirituelle bien précise: les infidèles étaient ceux qu’il s’agissait de tenir le plus loin possible de « nos » frontières chrétiennes. Or, au cours de la vie des hommes et des femmes de ma génération, notre société uniforme — où l’on ne connaissait que l’Église catholique et, tout au plus, quelques Juifs ou quelques « hérétiques » appartenant à de petites communautés chrétiennes issues de la Réforme — s’est transformée radicalement, pour laisser place à une situation nouvelle, faite de mixité et d’échanges. Ce changement est bien sûr source de difficultés, en raison de la confrontation permanente avec la différence que la présence des étrangers a inscrite dans le tissu social. Mais ce changement est aussi une chance: il apporte avec lui la possibilité de rencontres, toujours fragiles, certes, mais réelles, avec les nouveaux venus. Partageant avec ces immigrés leur propre condition d’extranéité, les chrétiens devraient être les premiers à saisir cette chance. L’engagement des croyants sur ce terrain est aujourd’hui indispensable: il en va de la fidélité de leur témoignage au Seigneur, lui-même étranger parmi les hommes.

3. L’hospitalité au jour le jour.

Le texte de l’historien chrétien Sozomène, que je citais au chapitre précédent, témoigne d’un fait extrêmement significatif: à Mambré, le lieu où Abraham et Sara avaient rencontré Dieu sous la forme de trois hommes de passage, il se célébrait, au Ve siècle de notre ère, en été, une grande rencontre populaire festive, rassemblant les gens du lieu et d’autres venus de plus loin, Palestiniens, Phéniciens et Arabes. Tous participaient à cet événement annuel avec enthousiasme: « La fête est recherchée de tous avec empressement: des Juifs en tant qu’ils se vantent d’avoir Abraham comme patriarche, des païens à cause de la visitation des anges, des chrétiens à leur tour parce qu’est apparu alors à cet homme pieux celui qui, plus tard, s’est manifesté pour le salut du genre humain en naissant de la Vierge. » Or, si de telles occasions de rencontres joyeuses et d’échanges confiants se produisaient au Ve siècle, comment est-il possible que les choses se soient ensuite gâtées?

Un paradoxe semblable s’observe en Serbie et dans la région où, jeune, je voyageais volontiers, et que personne n’appelait encore le Kosovo. On y célébrait, le 20 juillet, la fête de saint Élie: les chrétiens, les musulmans (les Kosovars) et même de petites minorités juives se réjouissaient ensemble, durant une semaine, au nom du prophète Élie. Or, à peine vingt ans plus tard, s’est perpétré sur ces mêmes terres le massacre des uns par les autres dans le délire de la « purification ethnique ».

Sur fond de cette riche tradition de rencontres mais sur fond aussi des épisodes sombres qui l’ont flétrie, nous pouvons comprendre combien hospitalité et extranéité sont liées l’une à l’autre et doivent se vivre au jour le jour. Il ne s’agit pas là seulement de thèmes auxquels se référer comme à des comportements hors du commun, d’actions qui dépendraient de l’éventuelle venue d’étrangers dans des circonstances particulières. Non, il s’agit pour nous d’assumer pleinement notre condition d’extranéité, celle-là que nous partageons avec « l’autre », afin de devenir capables d’accueil et d’hospitalité au quotidien.

Toutefois, dans nos sociétés, l’hospitalité authentique est une des attitudes les plus difficiles à mettre en pratique. Nous sommes prêts à venir en aide aux étrangers qui se présentent; mais sommes-nous également disposés à les admettre sous notre toit, dans l’espace de notre maison? Or, on ne peut parler d’accueil des étrangers au plein sens du terme si on se limite à accomplir à leur égard quelques gestes destinés à les soulager dans le besoin, en les gardant, en réalité, à distance. Il faut bien au contraire accepter de se tenir en leur présence, plutôt que de chercher à « faire quelque chose » en leur faveur. Oui, l’accueil est la capacité de « se tenir avec », d’admettre l’autre dans ce qui est notre espace quotidien. Nous savons tous d’expérience combien le fait de se trouver avec d’autres, de parler avec eux et de partager avec eux la nourriture est essentiel à notre existence en tant que personnes; de même, l’autre devient véritablement une personne à nos côtés lorsque nous sommes capables avec lui de tels échanges. Faute de quoi, le rapport que nous aurons avec l’étranger restera toujours infiniment fragile, risquant de se transformer en hostilité et de faire de l’autre un ennemi.

Dans une annotation au début de ce livre, je faisais remarquer que ce sont presque toujours les pauvres qui vont vers le pain, et que le pain ne va presque jamais là où se trouvent les pauvres. L’histoire le montre clairement, notamment dans notre actualité historique. Face au flux de « pauvres » vers nos terres, il nous appartient assurément d’exercer la charité à leur égard, mais une charité intelligente. Notre générosité, aussi grande soit-elle, est vaine si nous continuons à offrir à tous un accueil manquant de cohérence. La charité que nous exerçons à l’égard de ceux qui se présentent à nous n’est pas authentique si nous refusons de nous engager avec eux sur des chemins leur permettant de nous connaître dans notre identité culturelle, et éventuellement de réagir à celle-ci, pour qu’il leur soit possible de grandir dans un sentiment d’appartenance concrète à notre société. Sans ces chemins de connaissance mutuelle, ce que nous réalisons à leur intention, de manière sans doute magnanime, ne s’ouvre pas à une véritable vie commune.

Souvent, nous invitons ces personnes à s’établir chez nous, heureux qu’elles prennent en charge des tâches que nous ne sommes plus disposés à assumer. Mais, en les recevant sans dis­poser de lieux leur permettant de s’établir parmi nous, nous les contraignons à se retrancher dans des ghettos. Si nous n’offrons pas de solutions réalistes pour permettre l’insertion, par exem­ple, de ceux qui naîtront parmi ces étrangers ou de ceux qui, parmi eux, deviendront bientôt des personnes âgées, nous ne leur per­mettons pas de devenir des sujets à part entière dans nos villes, nous ne faisons que créer des zones où se répandront le ressen­timent, l’illégalité et la violence. L’accueil de la différence de l’au­tre, quel qu’il soit, doit aller jusqu’à l’acceptation d’une vie plei­nement partagée. La charité, si elle se veut cohérente, est à ce prix.

4. Au-delà de la peur de l’autre.

Il ne fait pas de doute que la réaction de peur qui naît de la découverte de la diversité est à prendre au sérieux et n’a pas à être niée: les personnes différentes par la culture, la religion, et les comportements éthiques nous inspirent de la crainte, c’est un fait. Ici encore, la vigilance et l’intelligence sont de rigueur, pour éviter de décoller de la réalité.

Il s’agit de bien identifier le « caractère » de la différence qui est à l’origine de ces peurs. Bien qu’on le dise peu, je crois que la peur devant la différence éthique est aujourd’hui plus déterminante que la peur qui naît devant la différence religieuse. Or on qualifie parfois de religieuse une différence qui, en réalité, porte sur des questions éthiques et qui, pour cette raison, effraie davantage encore. En Europe, en effet, nous avons déjà fait un long chemin en matière de rencontre, de dialogue et de reconnaissance mutuelle sur le plan religieux. Mais nous sommes aujourd’hui face à une réalité nouvelle: si, jusqu’à il y a quelques décennies, l’Europe partageait une unique éthique, dérivée du mode de pensée chrétien et qui coïncidait fondamentalement avec l’éthique laïque, nous sommes confrontés en revanche aujourd’hui à des éthiques extrêmement diversifiées. Elles séparent les Églises chrétiennes entre elles ainsi que les diffé­rentes religions; elles séparent les personnes croyantes de celles qui ne croient pas, ainsi que chacun de ces groupes en leur propre sein. L’éthique se présente désormais comme une gamme infiniment variée de « possibles ». On passe de positions que l’on peut définir comme nihilistes — pour lesquelles aucun principe, aucune instance éthique ne sont nécessaires, et où la liberté laissée à chaque individu règne en seule maîtresse — à des positions qui naissent d’un durcissement rigide de l’éthique et finissent par prendre les teintes du fondamentalisme.

À titre personnel, je crains davantage, pour les années à venir, l’affrontement entre la pluralité des éthiques que le choc entre les religions ou les cultures, en particulier dans nos sociétés occiden­tales. Reconnaissons combien est fort l’affrontement chaque fois qu’on entreprend de légiférer sur des questions que les différents « camps » en matière éthique évaluent diversement. Ces tensions naissent d’un sentiment de peur. Or la peur face aux croyants d’autres religions a déjà été en bonne partie surmontée, dès lors que l’identité de chacun est claire. Mais lorsqu’il apparaît une différence ouverte en matière éthique, dans un domaine moral — pensons aux débats sur les questions de la famille, par exemple —, chacun se sent personnellement menacé.

Quoi qu’il en soit, cette réaction de peur devant ce que nous ressentons comme « autre » doit être prise au sérieux. Penser que les différences se laissent intégrer facilement, sans une vraie prise en compte des options des uns et des autres, serait faire preuve de naïveté, d’une naïveté ouvrant la route à l’agressivité et à la violence. Il est donc extrêmement important de considérer sereinement mais sérieusement la différence, de chercher à l’évaluer et de connaître en profondeur qui est l’autre dans son altérité.

Cet itinéraire passe en particulier par la voie longue et laborieuse de l’écoute. Or nous ne sommes guère habitués à écouter, même parmi les chrétiens. Bien souvent, certes avec de bonnes intentions, nous sommes amenés à définir l’autre par nous-mêmes, sans lui laisser le loisir de se dire de lui-même. Mais la personne différente a le droit, voire le devoir de dire qui elle est, car le contentieux et l’incompréhension naissent souvent de ce comportement de non-écoute. L’agressivité que les différences font surgir a précisément pour origine le fait que nous n’acceptons pas que l’autre s’auto-définisse: nous le jugeons d’abord, ou tout au moins nous prétendons que notre jugement coïncide avec sa propre définition. Cette cause d’incompréhension n’autorise aucun type de dialogue et moins encore de rencontre. Il y a donc un chemin ardu à suivre, en respectant des étapes bien précises, pour que l’altérité des partenaires et la peur qu’elle inspire à chacun puissent être prises en compte et surmontées.

À cet égard, et pour revenir au domaine ecclésial, je voudrais apporter une dernière précision concernant la perception de l’identité des chrétiens. S’il faut laisser à chacun le soin de se définir lui-même, il y a également, dans nos milieux d’Églises, à éviter les situations où les identités se durcissent: les chrétiens ont à refuser de vouloir se comprendre sans les autres, ou pire, contre eux. Si nous avons à approfondir notre identité chrétienne, lui évitant de se montrer faible ou incertaine, et de faire naître des ambiguïtés au contact d’autrui, cette identité se nie si elle en devient dure ou arrogante. Renonçons aux faux irénismes, qui tentent de tout concilier, et finissent par tout niveler: toutes les croyances ne sont pas égales, toutes les fois ne partagent pas le même Dieu! Mais renonçons aussi aux fondamentalismes et aux identités bâties sans les autres ou contre eux. Nous trouvant incertains devant autrui, plus ferme dans ses positions, nous nous laissons facilement entraîner dans une réaction violente de déni, et le durcissement arrogant de l’affirmation identitaire conduit nécessairement à l’opposition. Rappelons-le: notre identité chrétienne est celle d’étrangers et de pèlerins (voir 1 P 2,11). Pour un chrétien, dévoiler son identité, c’est nécessairement s’impliquer dans une rencontre dans la vérité avec son partenaire; et de cette rencontre, il émergera que nous sommes tous étrangers les uns aux autres. Cette certitude nous autorisera à nous ouvrir à ceux qui se présenteront en face de nous, eux-mêmes le plus souvent étrangers par origine.

http://www.spiritualite2000.com/page-1955.php

Annunci

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione /  Modifica )

Google+ photo

Stai commentando usando il tuo account Google+. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione /  Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione /  Modifica )

Connessione a %s...

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Informazione

Questa voce è stata pubblicata il 13/10/2013 da in Actualité, Société, Culture, Article mensuel, FRANÇAIS con tag , , , .

San Daniele Comboni (1831-1881)

Inserisci il tuo indirizzo email per seguire questo blog e ricevere notifiche di nuovi messaggi via e-mail.

Segui assieme ad altri 593 follower

Follow COMBONIANUM – Formazione e Missione on WordPress.com
ottobre: 2013
L M M G V S D
« Set   Nov »
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28293031  

  • 230.935 visite

Disclaimer

Questo blog non rappresenta una testata giornalistica. Immagini, foto e testi sono spesso scaricati da Internet, pertanto chi si ritenesse leso nel diritto d'autore potrà contattare il curatore del blog, che provvederà all'immediata rimozione del materiale oggetto di controversia. Grazie.

Categorie

%d blogger hanno fatto clic su Mi Piace per questo: