COMBONIANUM – Spiritualità e Missione

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FP Français 11/2013

ANNALENA TONELLI

Je proclame l’Evangile par ma vie et je brûle du désir de continuer à le proclamer jusqu’au bout.

Annalena Tonelli (5)Le 5 Octobre était le dixième anniversaire du «martyre» de Annalena Tonelli, une volontaire laïque, italienne, missionnaire catholique, la “Mère Teresa” du peuple somalien. Une femme extraordinaire qui a vécu dans le silence, pendant 35 ans, une vie de radicalisme évangélique, dans un environnement complètement musulman, totalement dédiée aux pauvres. Elle a été assassinée le 10/05/2003 (jour de la canonisation de St. Daniel Comboni).
Annalena n’a jamais voulu parler d’elle-même. A la suite d’une invitation pressante du Vatican à l’occasion d’un congrès -30 novembre 2001- elle a répondu avec ce témoignage extraordinaire et émouvant de profonde spiritualité missionnaire. Le texte du témoignage, un peu long, est presque intégral et, pour plus de lisibilité, nous l’avons divisé en chapitres. Manuel João.

Je vis pour servir sans un nom

Je m’appelle Annalena Tonelli. Je suis née à Forli en Italie, le 2 avril 1943.
Je travaille dans le domaine de la santé depuis trente ans, mais je ne suis pas médecin. Je suis licenciée en droit et j’ai une habilitation pour à l’enseignement de l’anglais dans les écoles supérieures au Kenya. J’ai obtenu des certificats et des diplômes de contrôle de la tuberculose au Kenya, de médecine tropicale et communautaire en Grande Bretagne, d’études pour les soins de la lèpre en Espagne.

2J’ai quitté l’Italie en juin 1969. Depuis, je vis au service des Somaliens. Il s’agit de 30 ans de partage. En fait, j’ai toujours vécu avec eux, sauf de petites interruptions dans d’autres pays pour des cas de force majeure. J’ai choisi de vivre pour les autres: les pauvres, les malades, les abandonnés, les sans amour alors que j’étais encore enfant et j’ai vécu ainsi et espère encore le faire jusqu’à la fin de ma vie. Je voulais suivre uniquement Jésus Christ. Rien ne m’intéressait autant: LUI et les pauvres en LUI. Pour lui, j’ai fait un choix de pauvreté radicale, même si je ne serai jamais pauvre, ces pauvres dont mes journées sont remplies….. Je vis pour servir sans un nom, sans la sécurité d’un ordre religieux, sans appartenir à aucune organisation, sans salaire, sans verser de cotisations pour la retraite lorsque je serai vieille.

Je ne suis pas mariée parce que j’ai fait ce choix dans la joie, lorsque j’étais jeune. Je voulais être entièrement à DIEU. Le fait de ne pas avoir ma propre famille était une exigence et par la grâce de Dieu, il en fut ainsi. J’ai des amis qui m’aident, ainsi que les «mes proches», depuis plus de trente ans. Tout ce que j’ai pu faire je l’ai fait grâce à Dieu et surtout grâce aux amis. Je remercie Dieu qui me les a donnés et continue à me les donner. Nous sommes une seule chose sur deux versants apparemment différents, mais identiques en substance : nous luttons afin que les pauvres puissent être soulevés au-dessus de la poussière et libérés ; nous luttons pour que TOUS les hommes soient unis.

J’ai quitté l’Italie après avoir consacré six ans au service des pauvres des bas-fonds dans ma ville natale. Je croyais ne pas pouvoir me donner complètement en restant dans mon pays… les limites de mon action me semblaient tellement étroites, asphyxiantes. Je ne tardais pas à comprendre que l’on peut servir et aimer partout, mais j’étais désormais en Afrique et je sentais que Dieu m’y avait conduite et j’y restais, pleine de joie et de gratitude. Je partis bien décidée à proclamer l’Evangile par ma vie sur les traces de Charles de Foucauld, qui avait enflammé mon existence.

Je proclame l’Evangile par ma vie

Trente-trois ans plus tard, je proclame bien haut l’Evangile par ma vie seulement et je brûle du désir de continuer à le proclamer ainsi jusqu’au bout. Voilà la motivation de même qu’une passion irrésistible, depuis toujours, pour l’homme blessé et diminué sans l’avoir mérité, au-delà de la race, de la culture et de la foi. J’essaie de vivre dans le plus grand respect de ceux que le Seigneur m’a donnés. J’ai adopté, dans la mesure du possible, leur style de vie. Je vis très sobrement aussi bien dans l’habitation, l’alimentation, les moyens de transport que les vêtements. J’ai renoncé aux coutumes occidentales, je recherche le dialogue avec tout le monde. J’ai donné « CARE » (soins): amour, fidélité et passion. Que le Seigneur me pardonne si je suis présomptueuse!

J’ai pratiquement toujours vécu avec les Somaliens, d’abord avec ceux du Nord-Est du Kenya, ensuite avec les Somaliens de Somalie. Je vis dans un monde rigoureusement musulman. Les seuls religieux et religieuses présents en Somalie depuis l’époque de Mussolini jusqu’à la guerre civile qui a éclaté il y a dix ans, furent acceptés exclusivement en vue du service religieux aux Italiens. J’ai vécu les cinq dernières années à Borama, dans l’extrême Nord-Ouest du pays, à la frontière entre l’Ethiopie et Djibouti. Là, il n’y a aucun chrétien avec qui je puisse partager ma foi. Deux fois par an, vers Noël et Pâques, l’évêque de Djibouti vient célébrer la Messe pour moi et avec moi.

Je vis seule parce que les compagnes de route qui, avec les pauvres firent de ma vie un paradis sur terre au cours de mes dix-sept ans de désert, furent dispersées lorsque je fus obligée de quitter le Kenya en 1984. Le gouvernement du Kenya tenta de commettre un génocide à l’encontre d’une tribu de nomades du désert. Il aurait voulu exterminer 50.000 personnes, il en tua mille. Je parvins à empêcher que le massacre soit mené à son terme. Voilà pourquoi je fus déportée pendant un an. Je me tus au nom des petits que j’avais laissés à la maison et qui auraient été punis si j’avais parlé. En revanche, les Somaliens parlèrent d’une seule voix et combattirent pour faire toute la lumière et faire connaître la vérité sur le génocide. Seize ans ont passé et le gouvernement du Kenya a reconnu publiquement sa faute, a présenté des excuses, a promis des compensations aux familles des victimes.

Les journaux et la BBC ont longuement parlé de mon intervention. Et aujourd’hui, beaucoup de Somaliens qui avaient des doutes à mon égard m’ont adoptée et sont devenus mes amis. Aujourd’hui, ils savent que j’étais prête à donner ma vie pour eux, que j’ai risqué ma vie pour eux.

A l’époque du massacre, je fus arrêtée et traduite devant la cour martiale… Les autorités, toutes non-somaliennes, toutes chrétiennes, me dirent qu’elles m’avaient tendu deux embuscades auxquelles j’avais échappé par chance, mais que je ne pourrais plus le faire une troisième fois. Ensuite, l’un d’eux, chrétien pratiquant, me demanda ce qui me poussait à agir ainsi. Je lui répondis que je le faisais pour Jésus-Christ qui nous demande de donner notre vie pour nos amis.

Je vis dans l’attente de Dieu

Au cours de mon existence, bien longue désormais, j’ai expérimenté plusieurs fois qu’il n’y a aucune mauvaise action qui ne vienne un jour à la lumière, aucune vérité qui ne soit un jour révélée.

L’important c’est de continuer à lutter comme si la vérité existait déjà, les injustices ne nous ébranlent pas et le mal ne triomphe pas. Un jour le bien resplendira. Nous demandons à Dieu la force de savoir attendre, car il peut s’agir d’une longue attente, même jusqu’à notre mort. Je vis dans l’attente de Dieu et je comprends que l’attente des choses des hommes me pèse moins qu’à d’autres.

Je suis profondément enracinée au milieu des pauvres, des malades, de ceux que personne n’aime. Je m’occupe surtout du contrôle et du soin de la tuberculose.

Je me suis rendue au Kenya comme enseignante parce que c’était le seul travail que, au début d’une expérience aussi forte que nouvelle, je pouvais effectuer décemment, sans causer préjudice à qui que ce soit.

Ce furent des moments de préparation intense de l’enseignement de presque toutes les matières, en raison du manque d’enseignants, d’étude de la langue locale, de la culture et des traditions, d’engagement profond dans l’enseignement, dans la conviction profonde que la culture est une force de libération et de croissance. Les étudiants, dont beaucoup avaient mon âge ou étaient un peu plus jeunes que moi, avaient agressé le proviseur lorsqu’ils avaient appris qu’une enseignante allait arriver, l’assurant qu’ils m’empêcheraient par tous les moyens d’entrer dans les classes.

Finalement, ils furent profondément concernés et motivés. Les résultats furent excellents, d’ailleurs plusieurs étudiants de cette époque occupent aujourd’hui de très belles positions dans les différents ministères, au gouvernement, dans les entreprises privées du pays et des échos me parviennent souvent que tous les étudiants du Nord-Est de cette époque prétendent qu’ils ont été mes élèves… évidemment ce n’est pas vrai!

Immédiatement après mon arrivée, je me souviens de mon engouement pour un enfant malade de drépanocyte et de faim. À cette époque régnait une famine terrible, j’ai vu beaucoup de gens mourir de faim. Au cours de mon existence, j’ai été témoin d’une autre famine, pendant dix mois à Merca, dans le sud de la Somalie et je peux dire c’est une expérience tellement traumatisante qu’elle peut mettre la foi en danger.

J’avais pris 14 enfants chez moi, tous malades de la faim. Je donnais immédiatement du sang à cet enfant et suppliais mes étudiants d’en faire autant. Un premier commença et tous les autres suivirent, brisant ainsi la résistance aux préjugés et aux étroitesses d’un monde qui, à mes yeux d’alors, semblait ignorer toute forme de pitié et de solidarité. Et ce fut peut-être ma première expérience de constater que, même dans un milieu musulman, l’amour engendre l’amour.

Mon premier amour

Somalia - Borama, Annalena Tonelli   vicino ad un pazienteMais mon premier amour fut pour les tuberculeux les plus abandonnés, les plus rejetés, les plus méprisés de ce monde. La tuberculose sévit depuis des siècles chez les Somaliens. En résumé, on suppose que toute la population est infectée. Heureusement, seule une partie des personnes infectées développe la maladie pendant sa vie.

J’étais à Wajir, un village situé au cœur du désert au Nord-Est du Kenya, lorsque je connus les premiers tuberculeux et me pris d’affection pour eux et ce fut un amour toute une vie. Les malades de tuberculose se trouvaient dans un service pour les cas désespérés. Ce qui brisait le cœur, c’était leur abandon, leur souffrance sans aucune sorte de réconfort.

Je ne connaissais rien en médecine. Je me mis alors à leur porter de l’eau de pluie que je recueillais du toit de la belle maison que le gouvernement m’avait donnée en tant qu’enseignante à l’école secondaire. J’allais à l’hôpital portant des bidons remplis, je vidais leurs récipients pleins d’eau salée des puits de Wajir et les remplissais de cette eau douce. Ils me faisaient des signes impérieux, car ils semblaient dérangés par la maladresse de cette jeune femme blanche dont ils voulaient se libérer le plus rapidement possible. Alors, tout était contre moi.

J’étais jeune, donc je n’étais digne ni d’être écoutée ni d’être respectée. J’étais blanche et donc méprisée par cette race qui se considère supérieure à tous : blancs, noir, jaunes, appartenant à toute autre nationalité que la leur.

J’étais chrétienne et donc méprisée, refusée, crainte. Tous étaient persuadés que j’étais venue à Wajir pour faire du prosélytisme. De plus, je n’étais pas mariée, chose inconcevable dans ce monde ou le célibat n’existe pas et ne représente aucune valeur, au contraire c’est une non-valeur.

Trente ans plus tard, pour la seule raison que je ne suis pas mariée je suis encore considérée avec compassion et mépris dans tout le monde somalien qui ne me connaît pas. Seuls ceux qui me connaissent disent et répètent inlassablement que je suis somalienne comme eux et mère authentique de tous ceux et celles que j’ai sauvés, guéris, aidés, passant sous silence la réalité que je ne suis pas une mère selon la nature et que je ne le serai jamais. J’ai commencé immédiatement à étudier, à observer. Chaque jour j’étais avec eux, je les servais à genoux, j’étais auprès d’eux lorsque le mal s’aggravait et qu’ils n’avaient personne pour s’occuper d’eux, personne qui les regardait dans les yeux, qui leur insufflait la force. Après quelques années dans le village T.B. Manyatta chaque malade conscient d’être arrivé à la fin du voyage me voulait à son côté pour mourir en se sentant aimé.

Je commençais à surveiller leurs traitements dès qu’ils sortaient de l’hôpital. La chose se répandit dans le désert, on ne sait pas ce que signifie suivre un traitement jusqu’au bout. La tuberculose était récidivante à 100%.

En 1976, on m’offrit d’être responsable d’un projet de l’O.M.S. pour le soin des tuberculeux chez les nomades, un projet pilote dans toute l’Afrique. On me demanda d’inventer un système destiné à s’assurer que les malades prenaient bien leurs médicaments contre la tuberculose chaque jour, pendant six mois. En fait, pour la première fois en Afrique, les traitements à court terme furent administrés à un grand nombre de malades, traitements qui permettent la guérison en six mois, tandis que jusqu’alors, 18 mois de médicaments quotidiens étaient nécessaires pour obtenir la guérison.

En septembre 1976, je décidai d’inviter les nomades à s’arrêter dans une partie du désert, au « Centre de réadaptation pour infirmes » (Rehabilitation Centre for the Disabled) où je travaillais avec les compagnes qui s’étaient unies à moi au cours des années, toutes bénévoles sans salaire, toutes pour les pauvres et pour Jésus-Christ. Avec elles, j’avais créé un Centre pour la rééducation des poliomyélitiques du désert du Nord-Est pendant dix ans. Nous formions une famille.

Outre les poliomyélitiques, nous accueillions également des cas difficiles à soigner: il fallait rééduquer des personnes gravement blessées, des aveugles, sourds-muets, handicapés physiques et mentaux. Les enfants grandissaient avec nous, mères à plein temps et aujourd’hui encore je suis un point de référence pour eux. En attendant, les nomades commencèrent à arriver avec leurs tentes fixes sur le dos des chameaux. Ils démontaient les nattes, les baguettes courbes, les cordes et dressaient la tente. Pendant six mois, l’ingestion des médicaments était surveillée chaque jour. Les diagnostics étaient établis par le seul examen au microscope de la salive. L’approvisionnement en médicaments était très régulier, une sorte de miracle pour l’Afrique.

A la fin des six mois, le chameau arrivait et toute la caravane et le malade guéri retournaient dans le désert. Cette politique de l’O.M.S. appelée DOTS (Directly Observed Therapy Short Chemiotherapy) est devenue la « policy » globale de l’O.M.S. pour le contrôle de la tuberculose dans le monde et elle est appliquée dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et d’Europe également, comme un des meilleurs moyens de s’assurer de la collaboration du malade, sans laquelle il n’y a pas de guérison véritable et sans laquelle le fléau de la tuberculose continuera à se propager dans le monde entier et toujours davantage, sous sa forme la plus tragique qui est celle de la résistance aux médicaments antituberculeux.

Nous avons la foi et vous avez l’amour

L’aventure du village TB Manyatta fut une grande aventure d’amour, un don de Dieu. Ce fut grâce au TB Manyatta et seulement en partie au Centre de réadaptation, car les handicapés comptent encore moins que les tuberculeux dans mon univers, que les gens ont commencé à dire que nous aussi, nous irions au paradis. Pendant cinq ans, on nous avait dit ouvertement que nous n’irions jamais au paradis parce que nous ne récitions pas la formule: «Il n’y a pas de dieu si ce n’est Dieu (Allah) et Mohammed est son prophète».

C’est alors que survint un épisode grave qui mit notre vie en danger et les gens ont commencé à dire que nous serions certainement allées au paradis.

Ensuite nous avons commencé à être prises comme des exemples. Le premier fut un vieux chef, extrêmement bienveillant à notre égard. « Nous, musulmans, nous avons la foi », nous déclara-t-il un jour, « et vous, vous avez l’amour ».

Ce fut le commencement d’un dégel. Les gens disaient de plus en plus souvent qu’ils auraient dû faire comme nous, qu’ils devaient apprendre à soigner les autres comme nous, en particulier les plus malades, les plus abandonnés.

Dix-sept ans plus tard, immédiatement après le massacre de Wagalla, un vieil arabe m’arrêta au centre d’une des rues principales du pauvre village et il était profondément ému parce que parmi les morts se trouvaient plusieurs de ses amis, et il avait vu que j’avais été battue parce qu’on m’avait surprise à enterrer les morts. Il avait eu peur et n’avait rien fait pour sauver les siens tandis que j’avais osé et risqué tout pour sauver la vie de ceux qui étaient devenus les miens; il cria, car il voulait être entendu de tous :  «Au nom d’Allah, je te dis que si nous suivions tes traces, nous irions au Paradis».

A Borama, où je vis aujourd’hui, les gens prient intensément afin que je me convertisse à l’Islam. Même dans les autres endroits où je suis allée, à un certain moment, les gens commençaient à prier pour ma conversion à l’Islam. Ils m’en parlaient souvent, mais avec grande délicatesse, ajoutant toujours que, de toute manière, Dieu sait et que j’irai au Paradis. Et ils font de grands efforts afin que je me sente acceptée par eux, assimilée en quelque sorte, très proche d’eux.

Ils me récitent les hadiths dans lesquels le prophète Muhammad, suivant les traces de Jésus, mangeait dans la même assiette que les lépreux, avait compassion des pauvres, témoignait son amour envers les petits.

En juin de cette année, je suis rentrée un mois en Italie d’où j’étais absente depuis plusieurs années. Pour mes amis de Somalie, ce fut un événement. Beaucoup redoutaient que quelqu’un ou quelque chose m’empêche de revenir. Ils furent très heureux de me revoir.

Et le Sheekh le plus estimé, qui continue à enseigner le Coran à tous les autres sheekhs de la région, est venu immédiatement dans mon bureau et m’a dit que, quand j’étais à Rome, pour eux il n’y a pratiquement que Rome en Italie, ils étaient heureux et participaient à mon pèlerinage par la pensée et la prière, car il s’agissait d’un pèlerinage authentique. Le sheekh Abdirahaman ne cessait de me répéter, très fier de ses connaissances, qu’il savait qu’à Rome étaient enterrés certains des disciples d’Issah, Jésus, leur grand prophète. Visiter les lieux de leur martyre est un des pèlerinages que chaque musulman voudrait faire au cours de sa vie. C’est ainsi que ces gens avaient l’impression qu’ils m’avaient envoyée en pèlerinage et m’attendaient afin que je le leur raconte.

Au sens large, le dialogue avec les autres religions c’est cela également, c’est un partage. Les paroles sont presque superflues. Le dialogue est fait de vie vécue, c’est du moins ainsi que je le vis, même sans paroles.

Je sers les malades à genoux

Je disais que la tuberculose constitue un fléau dans le monde somalien. Il suffit de dire qu’à Borama un centre de 50.000 personnes, nous avons diagnostiqué et traité 1500 malades par an, près de 100% avaient la salive positive, surtout les premières années. (…)

La tuberculose fait partie des populations, de leur histoire, de leur lutte pour vivre. Et pourtant la tuberculose est stigmate et malédiction : signe d’une punition envoyée par Dieu pour un péché commis, de manière publique et privée.

A Borama, la lutte se poursuit chaque jour pour la libération de l’ignorance, du stigmate, de l’esclavage des préjugés. Aujourd’hui encore, nous pouvons affirmer que des personnes préfèrent ne pas être diagnostiquées, soignées et guéries, donc choisissent la mort plutôt que d’être obligées d’admettre publiquement qu’elles ont la tuberculose. L’équipe continue la lutte, avant tout à un niveau personnel.

Grâce au système des DOTS, nous voyons les malades chaque jour, nous leur parlons, nous nous occupons de leurs problèmes, grands et petits. Chaque jour nous discutons avec eux de ce qui les retient en esclavage, malheureux, plongés dans l’obscurité. Et ils se libèrent, ils sont soulagés, ils sont de plus en plus dans la lumière.

Au centre T.B. nous avons ouvert des écoles pour les malades et leurs amis : une école coranique, une école d’alphabétisation, une école d’anglais. Il y a trente ans que je m’occupe d’écoles : je les organise, s’il le faut je les construis, je les finance. La personne capable de vivre en Dieu est certainement un événement de la grâce. Cependant, subsiste la réalité selon laquelle, par l’instruction, l’homme s’épanouit plus facilement en une créature capable de vivre en Dieu son créateur et pourvoyeur de tout bien.

Les malades viennent à nous comme des personnes mortifiées, souffrantes, bafouées, malheureuses. Après les premières semaines de soins, dès qu’ils se sentent mieux, ils voudraient fuir et retourner dans la brousse, à leurs chameaux, leurs chèvres, à leurs champs de millet.

A l’école, grâce aux conversations quotidiennes avec les enseignants, que ce soit à l’école coranique, d’alphabétisation ou d’anglais, ils retrouvent la confiance, comprennent les raisons de la nécessité de compléter les soins, de prendre les médicaments sous surveillance, ils ne souffrent plus, ils n’ont plus peur. On peut guérir de la TBC et devenir fort, ils deviennent encore plus forts que leurs proches, leurs amis et connaissances. Dès qu’ils seront guéris, la TBC ne touchera pas leurs enfants, leurs femmes. Auparavant, ils ne savaient ni lire ni écrire, ils ne savaient presque rien de leur religion.

A présent, ils la connaissent en traduction, apprennent à comprendre et à apprécier les valeurs universelles de bien, de la vérité, de la paix de l’abandon à Dieu. ’Allah a donné, Allah a repris, que son nom soit béni!’ Ils apprennent à affronter la souffrance physique et la mort, à ne pas les craindre, ne pas les refuser, mais à les accepter. Allah est grand! Allah sait, connaît, guide.

Nous en parlons ensemble chaque jour, nous nous consolons mutuellement, nous trouvons la force et la confiance dans cette conscience acquise, réacquise et conquise chaque jour et leur vie se transforme, la nôtre aussi, dans une conscience toujours plus profonde, dans une capacité de vivre en présence de Dieu, de manière toujours plus authentique.

Six mois plus tard, ils demandent la permission de continuer à fréquenter le centre afin de compléter les cours, de terminer l’étude du Coran et tous se sentent fiers et orgueilleux de monter aux autres leurs résultats, leurs objectifs, leur croissance dans la dignité humaine. Pendant ce temps, je partage leur vie, je m’occupe de tous les aspects de leur traitement, j’étudie chaque jour les textes de médecine pour apprendre à les guérir et me tenir au courant, je cherche des médecins et des infirmières, je cherche des fonds car je n’ai pas droit aux subventions des ONG puisque je suis une personne seule ne dépendant d’aucune organisation. Je sers les malades à genoux, dispensant de longues heures de leçons au personnel infirmier afin de le rendre plus sensible, plus attentif, plus capable de soigner, plus capable professionnellement. Et c’est grâce à ce personnel sensible, attentif, soignant, qu’au centre T.B. nous avons également une clinique pour les épileptiques et les malades porteurs de troubles mentaux.

Ces derniers sont les «démoniaques» de ce monde. On nous les amène enchaînés, couverts de leurs excréments, souvent hurlant. Après quelques jours de soins et d’attention, ils se libèrent de leurs chaînes, commencent à se laver, peu à peu ils viennent chercher leurs médicaments sans accompagnateurs, ils s’épanouissent lentement comme des personnes normales. (…)

Toute ma vie, j’ai lutté afin que les hommes soient unis

A présent, parlons de l’école des enfants sourds. Il y a quatre ans, le premier enfant somalien du Kenya, sourd depuis la naissance, que j’avais amené à l’école avec un enseignement spécial pour les sourds au Kenya, lorsqu’il n’avait que quatre ans, devenu désormais un homme, vint me trouver à Borama après avoir effectué un voyage aventureux de plus d’un mois à travers le Kenya et l’Ethiopie. Il avait des peines de cœur et voulait m’en parler, à moi qui lui avais servi de mère et l’avais aidé à se fiancer. Il décida immédiatement de rester et ensemble, nous avons créé une école pour les enfants sourds. Or, en Somalie il n’y a jamais eu d’enseignement spécial.

Annalena Tonelli (8)Une école pour les enfants sourds n’a jamais été ouverte, ni pour les handicapés mentaux. Avant d’avoir vu notre école, des professeurs d’Université ne croyaient pas qu’il fut possible d’éduquer un enfant sourd. Personne ici ne le croyait possible.

Aujourd’hui, tous savent qu’il n’y a rien qu’un enfant sourd ne puisse faire, sauf entendre ; il n’y a rien qu’un enfant sourd ne puisse apprendre, rien qu’un enfant sourd ne puisse sentir, ne puisse comprendre. Certes, il s’agit d’un travail de longue haleine, mais nous voyons déjà une faible lueur, (et au loin, il y a une lumière éclatante qui fait déborder le cœur de joie et de gratitude), dans la perspective qu’il y aura bientôt des nouveaux cieux et une nouvelle terre. Dans notre école nous avons commencé avec trois enfants sourds, puis cinq, puis huit, douze et aujourd’hui, nous en avons 52.

(…) Entre temps, certains enfants porteurs de handicaps physiques, victimes de la poliomyélite et de la guerre, vinrent nous supplier de les accueillir dans notre école, parce qu’ils craignaient de fréquenter les écoles pour enfants normaux. C’est un monde dur que le nôtre, le monde des forts, il n’y a pas de place pour les faibles !

(…) Depuis deux ans, nous avons accueilli trente enfants appartenant à un clan méprisé des Somaliens, il s’agit des travailleurs du fer, du cuir, des barbiers, des chasseurs de petit gibier. Ils n’ont jamais envoyé leurs enfants à l’école et vivent en «ghettos», leurs filles n’épousent pas de Somaliens des autres clans, leurs fils n’épousent pas de filles d’autres clans. Ils se révoltent contre Dieu et les hommes en raison de leur condition de parias, de méprisés, de marginaux.

Ce sont de grands travailleurs. Bon nombre d’entre eux était atteint de TBC et c’est ainsi qu’ils ont eu l’opportunité d’aller à l’école au centre TB, de goûter la beauté, la grandeur, la joie d’apprendre, de comprendre, d’évoluer, de s’épanouir, de se libérer et ils nous ont demandé spontanément de continuer à instruire leurs enfants, ces enfants qui depuis des siècles commencent à travailler alors qu’ils sont encore tout petits, ils peinent comme nul autre enfant et ils gagnent leur riz quotidien à la sueur de leur front.

Par la suite, des intellectuels et même des riches sont venus nous supplier d’accueillir leurs enfants dans notre école, parce que c’est une école sérieuse, car la discipline existe chez nous, les enseignants sont engagés, ils aiment les enfants, l’enseignement, ils sont préparés. Nous les avons acceptés, ils ne sont pas nombreux. Aujourd’hui, l’école est un mélange harmonieux d’enfants de tous les milieux, de toute provenance, toute histoire, toute capacité. Evidemment, les enfants sourds étudient dans des classes séparées, en petit nombre, mais pendant les récréations, les enfants sourds et les « normaux » sont ensemble et cela représente une des expériences les plus consolantes, les plus encourageantes, les plus aptes à répandre l’espérance dans un monde où les hommes voudraient être et seront une seule chose.

Cette devise de l’ UT UNUM SINT a été et est encore l’agonie aimante de ma vie, le désir ardent de mon existence. (…) Toute ma vie, j’ai lutté afin que les hommes soient unis.

Notre devoir sur terre est de faire vivre

Chaque jour au centre T.B. on lutte pour la paix, pour la compréhension mutuelle, pour apprendre à pardonner tous ensemble, car le pardon est difficile! Mes musulmans s’efforcent également de l’apprécier, de l’inscrire dans leur vie, dans leurs rapports avec les autres. Ils disent que leur religion est tellement fudud, si peu exigeante. Dieu demande à l’homme de pardonner mais si l’homme ne peut le faire, disent-ils, Dieu sera miséricordieux.

Chaque jour, nous luttons pour comprendre et faire comprendre que la faute n’est jamais d’un seul côté, mais des deux; nous discutons ensemble et nous efforçons de voir tout ce qui est positif chez l’autre, nous nous regardons dans les yeux parce que nous voulons que la vérité soit établie. Mon équipe a appris à rire de ses limites, de ses petitesses, de sa mentalité «monétaire», de la dureté des cœurs, de la soif de se venger lorsqu’ils sont blessés : toutes ces choses qui rendent le pardon tellement difficile. Certes, déclarent-ils, Allah ne veut pas de cela, même s’il est infiniment miséricordieux.

De mon côté, depuis de longues années, j’ai appris, ou mieux j’ai compris au plus profond de moi-même, que lorsqu’il y a des incompréhensions, des querelles, des injustices, des inimitiés, des persécutions, des divisions, la faute est certainement de mon côté, et que j’ai dû me tromper quelque part. Devant Dieu, la recherche de ma faute est facile et demande peu de temps, cela fait seulement un peu souffrir, car il est bon de reconnaître sa culpabilité et de combattre afin que la faute soit effacée, parce que les comportements erronés peuvent être corrigés, dans chacune de nos relations avec les autres, l’approche doit être positive.

Notre devoir sur terre est de faire vivre. Et la vie n’est certainement pas la condamnation, le ius belli, l’accusation, la vengeance, le fait de mettre le doigt sur la plaie, de révéler les erreurs, les fautes des autres, le fait de dissimuler notre faute, l’impatience, la colère, la jalousie, le manque d’espérance, de confiance en l’homme.

La vie consiste à espérer toujours, envers et contre tout, oublier nos misères, ne pas montrer du doigt celles des autres, il faut croire que Dieu existe et qu’il est un Dieu d’amour. Rien ne nous trouble et avec Dieu, nous allons toujours de l’avant. Cela n’est pas toujours facile et peut représenter même une entreprise titanesque. Dans bien des cas la foi est faite d’ombres épaisses, cette foi qui est d’abord un don, une grâce et une bénédiction. Pourquoi moi et pas toi? Pourquoi moi et pas elle, pas lui, pas eux?

Il n’y a qu’une seule tristesse au monde, ne pas aimer

Et pourtant la vie n’a de sens que si l’on aime. Rien n’est sensé en dehors de l’amour. Au cours de ma vie, j’ai connu bien des dangers, j’ai risqué la mort plusieurs fois. J’ai vécu pendant des années au milieu de la guerre. J’ai souffert dans la chair des miens, de ceux que j’aimais et donc dans ma chair, la méchanceté de l’homme, sa perversité, son iniquité.

Et j’en suis sortie avec cette conviction inébranlable : ce qui compte c’est aimer. Même si Dieu n’existait pas, seul l’amour a un sens, seul l’amour libère l’homme de tout ce qui le rend esclave, car l’amour fait respirer, croître, fleurir ; l’amour efface la crainte, fait que nous présentons la joue droite à celui qui a frappé la gauche, parce qu’il ne sait pas ce qu’il fait, l’amour fait que nous risquons notre vie pour nos amis, nous fait croire en tout, nous fait tout supporter, tout espérer.

Et c’est alors que notre vie devient digne d’être vécue. Et c’est alors que notre vie devient beauté, grâce, bénédiction. Et c’est alors que notre vie se transforme en bonheur même dans la souffrance, parce que nous vivons dans notre chair la beauté de la vie et de la mort. Je ressens très fort que nous sommes tous appelés à l’amour, donc à la sainteté.

La femme pauvre de Leon Bloy allait de porte en porte, une sorte de mendiante et elle disait «il n’y a qu’une seule tristesse au monde: celle de ne pas être saint». J’aime penser qu’il n’y a qu’une seule tristesse au monde, ne pas aimer, ce qui est pareil.

Certes, nous devons nous libérer de ce poids, mais il y a des méthodes pratiques, il y a des moyens, des indications claires, il y a Dieu qui nous appelle dans l’intimité de notre âme. Cependant sa voix est une petite voix silencieuse. Nous devons être à l’écoute, nous devons faire silence, nous devons réserver un endroit tranquille, isolé, même s’il est souvent et nécessairement proche des autres, comme une mère qui ne peut être trop éloignée de ses enfants.

En réalité, pour aimer, notre cœur, notre désir, notre soif de Dieu ne suffisent pas toujours. Cela fait partie de l’expérience de qui désire se mettre au service des pauvres de savoir que les pauvres ne sont pas faciles à aimer et que le cœur de l’homme, même de celui qui se donne, peut être mystérieusement très dur.

Une communauté de sept femmes assoiffées de Dieu

A Wajir, nous étions une communauté de sept femmes : toutes, même de manière différente, avions soif de Dieu et nous comprenions que lorsque nous étions sur le point de perdre le sens de notre service et la capacité d’aimer, nous ne pouvions retrouver les biens perdus que devant le Seigneur. Voilà pourquoi nous avions construit un ermitage et nous allions y passer un ou plusieurs jours, et même des périodes plus longues, de silence auprès de Dieu. Là, nous retrouvions l’équilibre, le calme, la sagesse, l’espérance, la force de mener le combat de chaque jour, d’abord contre tout ce qui nous rend esclaves de l’intérieur, qui nous entraîne dans l’obscurité.

Annalena Tonelli (15)Nous sortions de là comme embrasées d’amour renouvelé pour tous ceux que le Seigneur avait mis sur notre route, parfois nous nous le confiions, parfois nous le taisions, mais le visage de mes compagnes étaient si beaux, si lumineux qu’ils me disaient tout ce que la pudeur empêchait de communiquer par la parole.

Ensuite, au cours de ma longue vie, il y a eu d’autres ermitages, d’autres silences, la parole de Dieu, les Grands Livres, les grands amis dont beaucoup ont inspiré ma vie, surtout dans la foi catholique : les Pères du Désert, les grands moines, Saint François d’Assise, Sainte Claire, Sainte Thérèse de Lisieux, Sainte Thérèse d’Avila, Charles de Foucauld, le Père Voillaume, sœur Maria, Giovanni Vannucci, Primo Mazzolari, Lorenzo Milani, Gandhi, Vinoba, Pina et Maria Teresa…

Mais au centre, toujours Dieu et Jésus. Rien n’a pour moi d’importance en dehors de Dieu et de Jésus-Christ. Les petits, oui, pour les malades je deviens folle, je perds la tête pour les lambeaux d’humanité blessée; plus ils sont blessés, plus ils sont maltraités, méprisés, sans voix, moins comptent-ils aux yeux du monde et plus je les aime.

Je n’ai aucun mérite, c’est une exigence de ma nature. Il est certain qu’en eux je LE vois, LUI, l’agneau de Dieu qui subit dans sa chair les péchés du monde, qui les porte sur ses épaules, qui souffre, mais avec tant d’amour. Personne n’est exclu de l’amour de Dieu.

Tu as commis le mal ? Je paierai pour toi

Je me suis culpabilisée au moins cent fois d’avoir accepté de venir parler de ma vie devant vous, j’ai été faible et j’ai accepté l’avis de mes amis convaincus que, à ce point de ma vie, après quarante ans, il est juste et bon de partager le don de Dieu avec d’autres. Mais si rendre publique mon expérience publique pouvait servir à quelqu’un qui ne croit pas, à quelqu’un qui ne vit pas en lui cette réalité extraordinaire que Dieu aime chaque homme, du plus digne d’amour aux yeux des hommes au plus misérable et méprisé, à l’homme mauvais et criminel, alors je me mettrais à genoux et rendrais grâce pour les grandes choses qu’a accompli en moi celui qui est puissant.

L’homme mauvais, incapable de pardon, l’homme qui aime blesser les autres, celui qui veut la vengeance, l’homme faux, n’est pas seulement mauvais, incapable de pardon, nécessairement faux; il l’est parce qu’il n’a pas rencontré sur son chemin une créature capable de le comprendre, de l’ aimer, de se charger de ses fautes.

« Tu as commis le mal ? Je paierai pour toi ». Ainsi parlait Gandhi. Ainsi nous parle Jésus-Christ depuis deux mille ans, mais nous, les hommes, nous sommes tellement sourds.

Certes, sa voix est souvent faible et silencieuse, mais il est dans l’intimité de notre âme et il ne devrait pas être tellement difficile de le rejoindre et d’habiter avec lui. Simples paroles ? Non, c’est la vérité, la réalité. Sans doute, pour nous, pour la majorité des hommes, il sera et il est nécessaire de faire silence, de rechercher la tranquillité, d’éteindre le téléphone portable, de jeter la télévision par la fenêtre, de décider une fois pour toutes de se libérer de l’esclavage de ce qui semble et de ce qui est important aux yeux du monde, mais qui ne compte absolument pas aux yeux de Dieu, parce qu’il s’agit de non-valeurs.

Devant Dieu, nous retrouvons chaque vérité perdue, tout ce qui avait sombré dans les ténèbres devient lumière, tout ce qui était agité s’apaise, tout ce qui semblait une valeur n’a aucune valeur et nous nous éveillons à la beauté d’une vie honnête, sincère, bonne, faite de réalités et non d’apparences, tissée de bien, ouverte aux autres, dans une tension omniprésente, forte, afin que les hommes soient unis.

Les Musulmans m’ont enseigné la foi

Il est temps de conclure.
Aux Somaliens, j’ai beaucoup donné et j’ai beaucoup reçu d’eux. La plus grande valeur qu’ils m’aient donnée, valeur que je ne suis pas encore capable de vivre, est celle de la famille élargie, dans laquelle, du moins à l’intérieur du clan, TOUT est partagé. La porte est toujours largement ouverte pour accueillir jusqu’au dernier membre du clan. La table est toujours partagée. Ce qui a été préparé pour dix personnes sera partagé avec quiconque se présentera à la porte, de la manière la plus naturelle.

Il n’y a et il n’y aura jamais de récriminations, de plaintes, de tendance à se poser en victime. Partager avec les frères est la chose la plus naturelle au monde.

Dans mon univers à Borama, le chômage est une plaie. Beaucoup de personnes n’ont jamais travaillé dans leur vie parce qu’elles n’ont jamais trouvé de travail. Et c’est ainsi que celui qui travaille est obligé de partager le fruit de son labeur avec vingt ou trente autres. Mais il ne le vit pas comme une «contrainte», il le vit naturellement. Là-bas, partager fait partie de l’existence.

Il y a également la prière, cinq fois par jour. Il faut interrompe toute activité, même la plus importante, pour donner du temps et de la place à Dieu.

Depuis, bientôt trente ans que je suis avec eux, je me «consume» afin que dans notre monde également, nous arrêtions nos travaux, nous nous levions si nous dormons, nous interrompions n’importe quelle conversation pour faire silence et nous souvenir de Dieu, mieux encore si c’est avec les autres, pour reconnaître que nous venons de lui, nous vivons en lui et nous retournons à lui.

Mais le don le plus extraordinaire, le don pour lequel je les remercie, ainsi que Dieu, toujours et éternellement, est le don de mes nomades dans le désert. Les Musulmans m’ont enseigné la foi, l’abandon inconditionnel, la remise à Dieu, une remise en Dieu qui n’a rien de fataliste, une remise rugueuse et ancrée en Dieu, un abandon qui est CONFIANCE et AMOUR.

Mes nomades du désert m’ont enseigné à tout faire, tout commencer, tout exécuter au nom de Dieu. Bismillah rahmani rahim…, au nom de Dieu tout-puissant et miséricordieux… On se lève au nom de Dieu, on se lave au nom de Dieu, on nettoie la maison, on travaille, on mange, on travaille encore, on étudie, on parle, on effectue les mille choses de la vie quotidienne et finalement on s’endort : tout cela AU NOM DE DIEU.

L’habitude du nom de Dieu répété sans cesse, qui avait déjà frappé et attiré mon attention avec les récits du pèlerin russe avant mon départ, a transformé ma vie de manière permanente. Je rends grâce à mes nomades du désert de me l’avoir enseignée.

Ensuite, la vie m’a appris que ma foi sans l’AMOUR est inutile, que ma religion chrétienne n’a pas mille et un commandements, mais un seul, qu’il ne sert à rien de construire des cathédrales ou des mosquées, d’accomplir des cérémonies ou des pèlerinages…que l’Eucharistie, qui scandalise les athées et les autres religions, contient un message révolutionnaire: «Ceci est mon corps fait pain afin que toi aussi, tu deviennes pain sur la table des hommes, car si tu ne te fais pas pain, tu ne manges pas un pain qui te sauve mais tu manges ta condamnation».

Si je n’aime pas, Dieu demeure sans épiphanie

Annalena Tonelli (17)L’Eucharistie nous dit que notre religion est inutile sans le sacrement de la miséricorde, que c’est dans la charité que le ciel rencontre la terre.

« Si je n’aime pas, Dieu meurt sur la terre. Que Dieu soit Dieu, j’en suis la cause – déclare Silesio -, si je n’aime pas, Dieu demeure sans épiphanie, parce que nous sommes le signe visible de sa présence et nous le rendons vivant dans ce monde infernal où il semble ne pas exister, et nous le rendons vivant chaque fois que nous nous arrêtons auprès de l’homme blessé. »

En fin de compte, je suis seulement et réellement capable de laver les pieds, dans tous les sens du terme, aux délaissés, à ceux que personne n’aime, à ceux qui, mystérieusement, n’ont rien d’attrayant aux yeux des hommes.

Luigi Pintor, un soi-disant athée, écrivit un jour qu’au cours de toute une vie, il n’y a rien de plus important que de s’être penché pour aider quelqu’un à se relever. Il en est de même pour moi. C’est en m’agenouillant, afin de les aider à se relever et à reprendre leur chemin ou mieux à marcher là où ils n’avaient jamais marché, que je trouve la paix, la force très puissante, la certitude que TOUT est GRACE.

Je voudrais ajouter que les petits, ceux qui sont sans voix, ceux qui ne comptent pas aux yeux du monde, mais tellement aux yeux de Dieu, ses préférés, ont besoin de nous. Nous devons être avec eux et pour eux, peu importe que notre action soit comme une goutte d’eau dans l’océan.

Jésus-Christ n’a jamais parlé de résultats. Il a seulement parlé de nous aimer, de nous laver les pieds les uns les autres, de nous pardonner mutuellement, toujours.

Les pauvres nous attendent. Les manières de servir sont infinies et laissées à l’imagination de chacun de nous. N’attendons pas d’être instruits dans le domaine du service. Inventons, et nous vivrons des nouveaux cieux et une nouvelle terre chaque jour de notre vie.

Annalena Tonelli

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Questa voce è stata pubblicata il 30/10/2013 da in Article mensuel, FRANÇAIS con tag , , , , , , , , .

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