COMBONIANUM – Formazione Permanente

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FP 2/2014 – Se nourrir de la Parole

Sentinelles du matin

Apprendre à se nourrir de la Parole

P. Amedeo Cencini

La Parole est “appel” à ouvrir la journée, chaque journée. De même que, dans l’histoire du salut, « alors qu’un silence paisible enveloppait toute chose, et la nuit de la Pâque était au milieu de son cours rapide, la Parole du Tout-puissant vint apporter le salut et la rédemption » (cf. Sg 18,14), ainsi dans le détail de la vie humaine quotidienne cette même Parole vient déchirer les ténèbres de chacune de nos nuits pour nous ouvrir à la lumière de chaque nouveau jour, jour de salut. Et signifier son indiscutable primat dans la vie humaine.

dom_%20di%20Pasqua%20-%20Pietro%20e%20GiovanniLa Parole a un rythme quotidien, elle nous est donnée chaque jour, comme la manne qui dans le temps a nourri Israël sur le long chemin du désert, et, toujours comme la manne, elle nous est préparée chaque jour par la providence du Père, pour nourrir dans la liturgie du jour la communauté des croyants. En cette Parole divine et matinale, il y a un projet de Dieu, il y a un dessein qui veut s’accomplir, ou – plus précisément – y est dévoilée la volonté de Dieu, ce que le Seigneur aujourd’hui offre à l’homme de Lui, mais y est dévoilée aussi l’identité de l’homme, ce n’est donc pas une Parole quelconque, mais une Parole qui indique l’étape d’aujourd’hui, dans le chemin de la constante et quotidienne recherche de la vocation ! Là il y a ce dont tu as besoin dans cet aujourd’hui de ta vie, exactement comme la manne, préparée et confectionnée “pour la ration du jour” (Ex 16, 4), de sorte que chacun en pouvait avoir suffisamment, ni plus ni moins; et même avec l’attention spéciale du samedi, lorsque elle était donnée en double ration. Extraordinaire providence du Père!

La Parole qu’il nous offre, en effet, est matinale, comme dit le prophète lorsque il parle du Serviteur de JHWH: “La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire.” (Is 50,4), c’est-à-dire qu’elle est la Parole qui ouvre la journée, qui a la priorité sur tout, qui signale ce qui doit être à la première place, cet unique nécessaire qui donne la vie au croyant, qui marque et doit marquer le commencement de chaque pensée ou désir (“Seigneur, devant toi tout mon désir” [Ps 37.10]), activité, opération, projet… Voilà pourquoi le croyant ouvre sa journée en méditant la Parole, il ne pourrait pas faire autrement, ou de toute façon en se tournant vers Dieu : “dès le matin, ma prière te cherche” (Ps 87, 14). Voilà pourquoi il ne fait pas un usage instrumental et un peu quelconque, sélectif (il lit seulement quelques passages et en exclut d’autres) ou fortuit (en ouvrant la Bible au hasard) du texte sacré, mais se laisse mener par cette Parole qu’en ce jour le Père-Dieu a préparé et offre à son Église.

Et voilà la liaison naturelle entre Parole et vocation, toutes les deux matinales, toutes les deux pensées par le Père-Dieu selon la mesure du jour, l’une (la vocation) contenue dans l’autre (la Parole), et cette deuxième rendue manifeste et absolument personnalisée dans la première. Le croyant doit comprendre et goûter cette corrélation, comprendre qu’il y a là une règle fondamentale, une regula fidei qu’il est de son intérêt de respecter, comme une discipline précieuse qui permet l’accès au trésor, le trésor de la découverte de son identité !

Nous tentons d’indiquer un itinéraire pour l’écoute de la Parole. Itinéraire dans le sens d’une relation habituelle, comme un dialogue constant, quotidien, avec une Parole qui nous est donnée quotidiennement comme lumière et nourriture, dialogue à vivre chaque jour de la vie, pour une vocation à découvrir constamment, jusqu’au jour de la mort, l’instant de l’appel par excellence.

1. La toile d’araignée de la Parole dans les évènements du jour

Nous rendons cette méthode avec le terme singulier de ‘toile d’araignée’. Parce que cette méthode est faite de connexions, de nœuds, de corrélations; à partir d’une liaison fondamentale, celle qui existe entre Parole et évènement, entre Parole-du-jour et évènements quotidiens que le croyant, comme une infatigable araignée, cherche à tisser jour après jour, et même à chaque instant. Comme le dit et l’enseigne l’Écriture, la Parole s’accomplit toujours dans les évènements de la journée, ou de toute façon elle implique toujours une référence à l’histoire. (1)

La Parole ne peut pas être comprise seulement par la réflexion intellectuelle, devant un bureau, mais seulement si elle est mise en dialogue avec l’histoire concrète, avec laquelle elle entre librement en interaction: la Parole éclaire l’histoire, la rendant compréhensible d’un côté, lui ajoutant la dimension du mystère de l’autre, ce qui lui donne une profondeur insoupçonnée; l’histoire stimule en quelque sorte la Parole, lui offre le contexte de l’interprétation, la force presque à une confrontation, parfois en en exprimant le sens caché et mystérieux. C’est ce qui la féconde. Ensemble, Parole de Dieu et évènements des hommes font l’histoire du salut, rendent salvifique notre histoire ou en font émerger limpidement les potentialités rédemptrices, en en indiquant l’accomplissement, mais en même temps ils indiquent aussi à l’individu croyant au long de quelle route se réalise son projet personnel de salut.

En d’autres termes, nous voulons dire que si la Parole s’étend à la vie et devient toujours plus source de sens et de chaleur qui donne énergie à l’agir, au dire, au penser, au programmer, au souffrir, à l’aimer…, point de départ et d’arrivée de chaque mouvement du cœur, de l’esprit, de la volonté, de la sensibilité…, alors cette même Parole dit avec une clarté toujours plus grande la vérité du moi, elle le révèle progressivement à soi-même, est sa manifestation et auto-réalisation.

Tout le monde peut comprendre tout cela, et en saisir la logique et la beauté, parce que de fait on cherche des points de référence précis pour définir son identité. Mais cela se produit seulement si on apprend, avec patience et constance, à unifier vraiment la trame quotidienne des évènements autour de la Parole-du-jour, à travers une série d’opérations précises, jusqu’à les faire devenir pratique habituelle, méthode quotidienne de “lecture” de la Parole tout au long de la journée entière, qui à ce point devient comme le sein virginal de Marie, sein qui porte et donne naissance à une Parole toujours nouvelle de Dieu. Voyons brièvement ces opérations.

2. Les verbes pour tisser la toile

La lectio, un des fruits les plus beaux de l’amour retrouvé pour la Parole de Dieu, est une méthode qui suppose la continuité quotidienne de la lecture, ce qu’on appelle lectio continua. Nous pensons que l’adjectif (continua) doit se référer non seulement au contenu objectif de la lecture et à sa séquence logique, sans sauts ni césures, mais aussi au temps le long duquel s’étend la lecture ou qu’elle devrait embrasser. Si la Parole nous est donnée chaque jour “pour la ration du jour”, alors la mesure du temps est la journée, c’est-à-dire que la lectio doit être continue aussi dans le sens qu’elle doit en quelque manière continuer au long du jour. Une méditation ou une lectio reléguée et confinée dans un espace bien précis n’aurait pas tant de sens. Ne retournerions-nous pas par hasard “à enchaîner la Parole” ?

Si en outre nous avons dit que la rencontre entre Parole-du-jour et évènements est féconde, alors nous pouvons considérer vraiment Marie comme image idéale de ce type de lectio, la Vierge qui se fit vide pour accueillir la Parole de vie, certainement pas seulement le jour de l’Annonciation, mais à partir de ce matin-là jusqu’au jour de la passion et de la mort du Fils.

2.1 Attendre – Désirer

D’abord la Parole est attendue, et même avec une certaine angoisse, avec la conscience du besoin que tout croyant a d’elle. Une excellente chose est d’inviter à lire le soir d’abord les lectures du lendemain, presque en confiant à la nuit et en déposant dans le cœur qui veille dans la nuit la Parole elle-même. N’est-ce pas peut-être aussi cela, être des “sentinelles du matin”, anticipant presque l’aurore (cf Ps 118, 148) ?

On peut et doit arriver à prier ainsi : “Si tu gardais le silence, je m’en irais, moi aussi, vers la tombe” (Ps 27, 1), autrement dit je ne comprends plus qui je suis et donc je suis comme un mort. “Le fondement de ta parole est vérité” (Ps 118, 160), et le croyant a besoin de vérité, c’est pourquoi il attend la Parole chaque jour comme un pain frais et parfumé, le pain quotidien, pour rassasier sa faim de vérité. L’image de la faim dit la mesure et l’intensité, la place centrale et l’incidence de ce désir.

2.2 Reconnaître – Se reconnaître

L’attente trouve une réponse à condition que le croyant s’approche de la Parole avec cette conviction : là, on parle de moi. Comme le psalmiste : “Alors j’ai dit : Voici, je viens. Dans le livre, est écrit pour moi ce que tu veux que je fasse” (Sal 39, 8). Il en est ainsi pour qui lit la Parole avec foi : il découvre des paroles que le concernent vraiment, il se retrouve en certains épisodes et personnages, dans le fils prodigue et dans le fils aîné, dans la femme adultère et dans qui veut la lapider…, il se sent nommer et appeler, comme Zachée (cf. Lc 19, 5) qui se sent comme découvert dans son désir le plus profond de Jésus, ou comme Nathanaël (cf. Jn 1, 47ss) qui reste surpris devant le regard perçant et inquisiteur du Messie ; il se sent accusé, comme David (“Tu es cet homme!”, 2 Sam 12, 7) qui se voit découvert dans son infidélité par le prophète Nathan. Le déclenchement de sa foi envers Jésus ne vient pas de l’avoir vu, lui, mais d’avoir été vu par lui. C’est ce que fait la Parole de Dieu ; ce n’est pas toi qui la lit et la contemple, mais c’est elle qui te regarde, te fixe, t’adresse un tendre regard, t’accuse, te blesse, te guérit, te sauve, t’appelle. C’est pourquoi la Bible appartient à qui la lit, parce que chaque lecteur prétend que dans le livre il y a quelque chose d’écrit sur lui et pour lui. Kierkegaard le rappelle très clairement lui aussi : “Il est exigé, lorsque tu lis la Parole de Dieu, que tu te rappelles à toi-même de façon continue : c’est à moi qu’on parle, c’est de moi qu’on parle” (2) Ou Clément d’Alexandrie lorsqu’il dit que “la Parole de Dieu est le miroir du chrétien”.

Grâce à cette conviction, chaque lecture de la Parole permet de reconnaître (3) en elle la révélation progressive et quotidienne de la volonté de l’Éternel sur soi, et donc aussi de se reconnaître en elle, ou de découvrir peu à peu en elle son identité et sa vocation, comme Marie qui accueille les paroles de l’ange et se reconnaît dans elles (cf Lc 1.29-38), et commence à comprendre sa mission, qu’elle comprendra ensuite seulement progressivement, jusqu’au moment où elle accueillera la Parole du Fils au pied de la croix, là où cette mission sera pleinement révélée.

2.3 Ruminer – Se nourrir

Lorsqu’on médite, qu’on saisit et reconnaît une vérité précieuse pour soi dans ce qu’on lit, il est important, disait Bossuet, ne pas passer d’une pensée à l’autre, d’une vérité à l’autre, “tenez-en une, serrez-la jusqu’à ce qu’elle pénètre en vous ; liez à elle votre cœur, extrayez-en, pour ainsi dire, toute la substance à force de la presser par votre attention » (4). L’identité de la personne est d’une certaine manière cette substance qui dégoutte d’une vérité tenue serrée et pressée.

La tradition spirituelle de l’Orient chrétien a comparé la méditation à la mastication : “Comme la mastication des aliments – enseignait Théolepte, évêque de Philadelphie au XIIIe siècle – rend la dégustation agréable, ainsi les paroles divines tournées et retournées dans l’âme donnent intelligence, douceur et joie”. C’est la technique si ancienne de la ruminatio, qui veut dire aussi répétition, répétition de mots, de formules, de versets. Seul celui qui comprend la mise en jeu a l’humilité de recourir à ces moyens. C’est aussi grâce à eux que la Parole lentement devient aliment qui nourrit.

2.4 Se laisser mettre en question – Se sentir transpercé

Si, comme nous l’avons dit plus haut, la Parole est adressée à l’individu et parle de lui, il est nécessaire de la laisser libre aussi de poser des questions, même indiscrètes, de mettre en crise, de provoquer, voire de “transpercer” le cœur du lecteur, comme il arriva à ceux qui entendirent Pierre parler le jour de la Pentecôte (cf Ac 2,37). Les Actes disent que ceux-ci, transpercés par la Parole, furent provoqués à se poser la classique question décisive de la vie : “que devons-nous faire ?”

Si une méditation ne donne pas le jour à cette question ou ne la fait pas naître dans le cœur, elle ne mérite pas un tel nom, ni ne peut se dire expression de la foi chrétienne, mais elle est seulement divagation mentale, entre culture et idéologie…

En lien avec les phases classiques de la lectio, ces quatre premières articulations représentent les phases de lectiomeditatio-oratio.

2.5 Conserver – Garder

Une fois finie la méditation ou de toute façon la lecture de la Parole-du-jour, le croyant se plonge dans le quotidien, ou le pèlerin reprend le chemin habituel de chaque jour, mais il n’est plus seul, il a dans sa besace quelque chose d’important, il a la Parole-du-jour, le don préparé pour lui par le Père-Dieu. Il la garde au cœur comme un trésor précieux et mystérieux, comme Marie conservait en son cœur ce que son esprit n’avait pas entièrement saisi (cf Lc 2, 19.51). Cette Parole lui a maintenant été confiée, il en est responsable ; elle a un message précis pour lui et une mission que lui seul pourra mener à bien.

La méditation n’est pas nécessairement le temps de la pleine compréhension de la Parole, cette compréhension viendra dans un second temps, lorsque la Parole sera mise au contact de la vie ; ce qui est important maintenant est de l’emporter avec soi, de la garder en son cœur dans tout ce qu’il fait, pour à son tour être gardé par elle et possédé par sa puissance. “Si tu conserves et gardes la Parole… de sorte qu’elle descende au plus profond de ton âme et passe dans tes affections et tes habitudes…, il n’y a pas doute que tu seras aussi gardé par elle”, dit en effet saint Bernard.

2.6 Demeurer – S’enraciner

Ici apparaît plus explicite le lien entre Parole-du-jour et évènements quotidiens et, grâce à ce lien, la Parole se dévoile ou dévoile de nouveaux aspects de son sens. Il ne s’agit pas de faire de grandes choses, mais d’apprendre à rester bien planté dans cette Parole qui a été offerte et qui a ouvert la journée, de même le sarment est lié à la vigne (cf. Jn 15), de sorte que la Parole même, cette Parole particulière, soit aussi la racine de chaque geste, parole, pensée, projet…, soit ce qui donne forme à l’être et à l’agir de la personne.

De cette manière les évènements sont affrontés avec un esprit et une disposition particuliers, et la Parole même commence à devenir plus claire et compréhensible, comme si elle était “traduite” en langage existentiel, en laissant peu à peu transparaître non seulement sa capacité de donner sens aux situations ou d’inspirer la manière de les affronter, mais même l’appel particulier qu’elle adresse à chaque croyant.

2.7 Choisir – Se laisser choisir

Une autre expression de ce lien entre Parole-du-jour et évènements est l’attention à discerner et à choisir toujours en se référant à la même Parole, en la prenant comme critère de discernement et comme stimulant pour choisir. S’il est vrai qu’aujourd’hui nous vivons dans une culture de l’indécision, cela est dû sans autre à l’absence de motivations fortes, de convictions solides qui donnent le courage de prendre des décisions, parce que c’est seulement la Parole qui appelle et en appelant donne la force de prendre des décisions, de choisir un engagement peut-être risqué, peut-être au-delà de ses forces.

C’est pourquoi il est important d’apprendre à choisir chaque jour, peut-être pas toujours des choix importants, mais à la lumière de la Parole-du-jour, et donc avec des critères pas simplement humains, sur la mesure des qualités et aptitudes propres, mais en apprenant à compter sur un Autre, sur une autre force, ou en apprenant à avoir confiance, à parier sur Celui qui appelle, en se laissant choisir par lui, jusqu’à risquer en son nom et au nom des grandes perspectives que son amour ouvre devant l’appelé. Comme le dit le document du Congrès européen, ” ce sont les grandes questions, en effet, qui rendent grandes aussi les petites réponses. Mais ce sont ensuite les petites réponses au quotidien qui provoquent les grandes décisions, comme celle de la foi, ou qui créent une culture, comme celle des vocations » (5). Ou qui ramènent toujours plus le problème du choix de la vocation à la liberté fondamentale de la créature : la liberté de se laisser choisir. Qui est la liberté par excellence.

2.8 Accomplir – S’accomplir

Le croyant est appelé à accomplir la Parole, mais avant tout à reconnaître et découvrir cette Parole qui s’accomplit dans l’aujourd’hui de chaque journée, comme le dit une fois Jésus dans la synagogue de Nazareth (cf Lc 4, 21). L’évènement du jour n’est jamais chose neutre et indifférent, simplement déterminée par les circonstances extérieures, mais lieu mystérieux où se renouvelle pour nous le mystère de l’Incarnation, où palpite une présence inédite de l’Éternel.

Il faut se former à ce type de reconnaissance, et encore plus à affronter les situations de la vie en se mettant en dialogue avec cette présence du divin caché dans l’histoire ; c’est seulement ainsi que l’évènement laisse transparaître son signifié ou que dévoile cette présence. Mais surtout, c’est seulement ainsi que la Parole, en s’accomplissant dans l’évènement, porte aussi à son accomplissement la révélation de l’identité de la personne, en la dévoilant pleinement.

Selon le schéma classique, ces dernières quatre étapes représentent l’actio et la discretio.

2.9 Contempler – Remercier

Nous sommes maintenant vers la fin de la journée, peut-être à la prière du soir. C’est le moment de ressaisir la journée devant Dieu pour la revoir avec calme, et peut-être s’apercevoir de cette présence de Dieu qui n’a pas été saisie tout de suite en temps réel ou qui – plus ou moins coupablement – n’a pas été accomplie-réalisée, et en tout cas contempler dans son ensemble “le jour qu’a fait le Seigneur” (Ps 117, 24), ouvert par sa Parole, sein dans lequel cette Parole s’est incarné et a été accomplie, en dévoilant à ce jour la volonté du Créateur et de son projet sur la créature.

Rigoureusement parlant, c’est ce moment vespéral, au terme du jour, l’instant de la plus grande compréhension de la Parole : maintenant elle est plus claire, elle a été rendue telle par les évènements du jour qui finit. Maintenant le croyant peut rendre grâce pour cette nouvelle révélation, ou, comme Syméon, il peut remercier le Seigneur parce que ses yeux ont finalement vu le salut, son esprit et son cœur ont compris quelque chose en plus de l’appel de Dieu. Maintenant le croyant… peut aller à lit, dans la paix d’un salut retrouvé !

Cette dernière étape représente la gratiarum actio et la contemplatio.

3. La Parole et le pèlerin, le fil et la Vierge

Ainsi la journée, n’importe quelle journée, non seulement s’unifie progressivement autour de la Parole, de la Parole-du-jour, mais elle devient le sein, le sein marial qui accueille et ensemble donne le jour à une Parole toujours nouvelle de Dieu et sur l’homme, pendant que le croyant apprend à avoir à un point de référence, centre vital d’où partir et auquel revenir chaque jour, toujours égal et toujours nouveau, qui puisse quotidiennement le conduire vers la découverte de son identité.

La vocation, et la détermination de celle-ci, est liée à toutes ces opérations ; elle suppose et signifie cette unité de vie construite peut-être laborieusement chaque jour autour de la Parole-du-jour, comme un tissu toujours nouveau, cousu et recousu chaque jour avec le fil de la Parole.

Dans les mosaïques de la chapelle “Redemptoris Mater”, au Vatican, P. Rupnik a représenté de manière vraiment singulière l’Annonciation : Marie est recueillie, avec les yeux fermés, on ne comprend pas bien si elle est en train de s’accroupir ou de se lever. Sa figure apparaît comme dessinée sur le rouleau du livre que l’ange déroule ; elle est sans aucun doute en position d’écoute. Il vient à l’esprit, à cet égard, une ancienne tradition, reprise d’Ephrem le Syrien, selon laquelle Marie a été fécondée par l’oreille. Gabriel, en effet, déroule le rouleau du Verbe et sa main droite est exactement à la hauteur de l’oreille, comme s’il annonçait la Parole à Marie, de la main à l’oreille. Et voilà l’aspect intéressant pour nous : la Vierge, avec les mains sur son sein, tisse un fil rouge. C’est le fil rouge du Verbe qui assume la chair ; sa mère est en train de tisser la chair du Verbe. Le Verbe-Parole comme un fil qui assume progressivement un aspect et des traits précis !

Il arrive la même chose, toutes proportions gardées, au croyant qui chaque jour cherche et découvre dans la Parole son identité, ou tisse et retisse le tissu de sa vocation avec le fil de la Parole. Avec une vigilance jalouse et une patience têtue, avec sens de la responsabilité et cœur méditatif. Sans prétendre que chaque jour vienne au dehors qui sait quelle broderie, c’est-à-dire que chaque jour il y ait qui sait quelle interprétation et découverte, mais simplement “en se contentant” d’apercevoir ou en cherchant d’entrevoir une direction pour sa vie en cohérence avec cette Parole.

Jour après jour le pèlerin marche, avec la Parole dans sa besace, pour une découverte qui durera toute la vie et rendra chaque jour nouveau et unique, et donnera à sa réponse à l’appel la garantie de l’éternelle jeunesse.

Extraits d’une conférence de P. Amedeo Cencini, fdcc, avril 2002

————————–

[1] C’est le sens biblique du terme hébreu dabar, comme parole-évenement.
[2] S.Kierkegaard
[3] “Re-connaître” est ici compris comme une connaissance supplémentaire et nouvelle.
[4] J.Bossuet, Méditations sur l’Evangile.
[5] De nouvelles vocations pour une nouvelle Europe, 11 b.

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Questa voce è stata pubblicata il 28/02/2014 da in Article mensuel, Foi et Spiritualité, FRANÇAIS con tag , .

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