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L’arbre de vie /3

L’arbre de vie /3
Commentaire de la Genèse par Luigino Bruni


Et Dieu dit : il n’est pas bon que l’homme soit seul

La mort viendra et elle aura tes yeux” (Cesare Pavese)

L’albero della vita 3cIl n’est pas bon que l’homme soit seul”. La création s’accomplit quand cette ‘chose très belle et très bonne’, Adam, se révèle une réalité plurielle, devient personne. C’est un rythme passionnant et très riche qui, dans le second chapitre de la Genèse, va d’Adam (l’être humain) à l’homme et la femme.

D’abord Adam  est placé dans le jardin d’Eden, il en prend soin et le cultive : il travaille donc. Deux arbres ont un nom : ‘l’arbre de la vie’ et ‘l’arbre de la connaissance du bien et du mal’.

 Les fruits de l’arbre de la vie et des autres arbres peuvent être mangés par Adam, mais pas ceux du second arbre. Et à ce point Elohim s’exclame : “il n’est pas bon qu’Adam soit seul”. Et puis : “je vais lui faire une aide qui lui soit semblable” (2 : 18). Pour la première fois, dans une création encore toute bonne et belle, nous nous trouvons devant un “il n’est pas bon”, qui concerne la solitude, une carence relationnelle. Commence alors un des passages les plus suggestifs et féconds de la Genèse. Devant Adam passent en revue les animaux des champs et les oiseaux du ciel. Adam leur donne un nom, entre donc en rapport avec eux, les connaît et en découvre la nature et le mystère ; mais au terme de cette procession de la création non-humaine, Adam n’est pas satisfait : il n’a trouvé aucune créature qui soit à son côté comme un ‘pair’.

Le récit prend alors un virage et pousse le lecteur sur un autre plan : à entrer dans une dimension nouvelle de l’humanité. Entre en scène l’ezer kenegdo, une expression hébraïque qui, en parlant du regard et des yeux, peut se traduire ainsi : ‘quelqu’un avec qui on peut croiser les yeux d’égal à égal’ ; un vis-à-vis qui est devant soi, au même niveau, ‘yeux dans les yeux’. C’est la première rencontre humaine. Les premiers yeux qui virent d’autres yeux, à la fois égaux et différents : “Cette fois oui, c’est ça !” (2 : 23). Et c’est aussi le commencement de l’homme et de la femme : auparavant il n’y avait qu’Adam, le terrestre (adamah, c’est la terre).

L’histoire ne commence pas avec le péché, mais avec des yeux qui se croisent entre égaux. L’ezer kenegdo, c’est la femme, ishàh,  qui se trouve en face de ish (l’homme), comme ish est en face de ishàh. Or “le terme ‘homme’ [ish] a, en plus de ‘femme’ [ishàh], la lettre ‘yod’, tandis que ‘femme’ a, en plus de ‘homme’, la lettre ‘he’. Si nous unissons ces deux lettres qui distinguent les deux noms, nous obtenons יה  c’est-à-dire Yah, qui est la forme brève du tétragramme sacré du nom de Dieu” (Franco Galeone). La vraie nature humaine est donc relationnelle, contenue et déployée dans cette relation mâle-femelle (1 :27) fondatrice et génératrice des autres.

L’Eden et ses arbres et ses fruits ne suffisent pas au bonheur d’Adam, pas plus que les animaux qui, n’étant pas ses égaux, ne peuvent combler sa solitude (pourtant aujourd’hui, une certaine culture aux chiffres d’affaires impressionnants nous les présente en parfaits substituts aux yeux de l’autre). Ils ne peuvent que l’accompagner, de cette  compagnie quelquefois précieuse qui aide à vivre, d’autant meilleure qu’elle s’insère dans les relations humaines. Pour son plaisir Adam peut se suffire à lui-même, mais ish/ishàh est indispensable au bonheur, et sont surtout nécessaires ces yeux particuliers qui nous accueillent à la naissance, les derniers que nous verrons sur cette terre, ceux qui fermeront les nôtres, et ceux que nous voudrions revoir en premier ‘en les rouvrant’.

Mais il nous faut l’entraînement de toute la vie  pour que les yeux que nous cherchons soient ceux de l’autre, et non le reflet des nôtres dans ses pupilles. Ce n’est que dans la vraie rencontre et reconnaissance de l’autre, de ce qui est vraiment sien, que son regard peut nous redonner le meilleur de nous-mêmes. Une des plus graves formes de misère et de privation est ce manque de quelqu’un qui nous regarde ainsi, qui nous reconnaît et nous révèle à nous-mêmes ; ce manque est fréquent là où abondent richesse et pouvoir, là où sont rares les regards aimants entre égaux.

Cette description de ‘homme et femme’ surprend par sa hauteur de vue infiniment au dessus de son temps. L’auteur sacré ne voyait autour et derrière lui que soumission et infériorité de la femme ; mais l’inspiration a élevé son chant sur la réciprocité homme-femme. Chant d’amour mais aussi jugement critique sur le monde d’hier et d’aujourd’hui, fruit de désordre, déviation, décadence.  Mais au commencement il y avait l’ezer kenegdo. L’histoire humaine en dehors de l’Eden a été non seulement la négation d’Adam par Caïn, mais aussi l’infidélité à la réciprocité primordiale de l’ezer kenegdo de la part de tant de ‘Adam’ qui ont profané la parité morale, l’égal respect, la liberté, la dignité des femmes.

Cependant les hommes et les femmes ont collaboré. La femme a toujours été la première aide de l’homme, et vice-versa. Mais sur les places et dans nos maisons les regards ne se sont pas croisés entre égaux. Les disparités ont été trop fortes – et le sont encore en trop de lieux – en ce qui concerne le travail, l’éducation, les droits, les institutions, et bien souvent le bonheur. N’oublions pas, toutefois, que même dans les sociétés les plus masculines, il y a toujours eu, ici et là, un homme et une femme dont les regards se sont croisés d’égal à égal. Beaucoup de filles ont trouvé le salut en voyant passer, parfois, entre les yeux de leurs parents ce regard originel de l’Eden. Elles continuent de le voir, de le chercher, de lutter pour le faire devenir culture, politique, droit.

La question de la relation ish-ishàh est au cœur de toute civilisation, de la notre aussi. Quelques bonnes réponses commencent à venir, mais les trompe l’œil continuent, comme cette pratique courante dans les grandes entreprises de simuler la parité en dignité en “concédant” à quelques femmes des fonctions de commandement dans des organisations où culture, langage, tests de sélection, primes et règles du jeu ont été entièrement formulés par des ish sans ishàh.  Un énorme travail nous attend, passionnant et capital : repenser à la lumière de la réciprocité ish-ishàh non seulement le langage, mais aussi les systèmes pénal, éducatif, politique, financier et de recouvrement des impôts. À défaut de cette réciprocité fondamentale, les femmes souffrent beaucoup, mais aussi les hommes, parce que le bonheur de tous est dans la réciprocité entre pairs. En perdant le regard de l’autre entre égaux, nous perdons le sens de la limite, nous nous égarons, devenons patrons ou sujets, ne comprenons plus qui nous sommes, et s’ensuivent mille désordres moraux et spirituels.

Que de demandes et de défis l’humanisme de l’ezer kenedo adresse à notre économie et à notre société ! Pensons au travail : Adam gardait et cultivait le jardin même au temps de la solitude. On peut travailler seul. Mais le travail ensemble entre égaux, hommes et femmes, est la plus pleine expérience humaine, lieu d’excellence éthique. Les fruits du travail, fussent-ils salaires de millionnaires, ne sont pas vrai bonheur sans le partage à la maison,’ les yeux dans les yeux’ ; tout au plus procurent-ils confort et plaisir. Les yeux de qui nous aimons multiplient nos salaires, rendent supportable le joug du chômage, alors que leur absence appauvrit les meilleurs salaires.

Il n’est pas bon que l’homme soit seulest donc une parole adressée à notre travail. Nous avons travaillé et travaillons dans les usines, les champs, les mines et nous sommes restés humains du fait de l’avoir fait ensemble, côte à côte, yeux dans les yeux entre pairs, même dans les pleurs ou la colère. La culture du travail et ses nouvelles formes d’organisation risquent de nous ramener au temps d’Adam le solitaire, en raison des nouvelles technologies (sans yeux à regarder ni corps à toucher), mais avant tout d’une vision anthropologique qui, pour augmenter le bien-être et réduire les blessures, élimine les rencontres entre pairs ou les stérilise par des procédures. Ainsi recrée-t-on autour de l’individu-travailleur des Eden artificiels peuplés d’arbres et de serpents, mais sans joie de vivre.

Tout refus ou incapacité de croiser les regards entre pairs fait que nous nous contentons de regards plus bas, que nous attendons moins de nous-mêmes et des autres, et que les fruits de l’Arbre de la vie restent verts. “Ish” retourne triste dans l’Eden vide de regards humains, et l’on y entend résonner encore : “Il n’est pas bon que l’homme soit seul “.

Par Luigino Bruni

Paru dans Avvenire le 02/03/2014

 

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