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L’arbre de vie /23

Commentaire de la Genèse par Luigino Bruni.

Tout père, pour retrouver son fils, redevient fils.

“‘Qui est cet homme de corpulence moyenne’, demanda Jacob, ‘vêtu avec l’élégance de ce monde ?”…’Papa, c’est ton fils Joseph’, répondit Juda. … Avec douleur, avec amour, il regarda longuement le visage de l’Égyptien, et il ne le reconnaissait pas.  Or, les yeux de Joseph, à la vue de ce long regard, se remplirent  de larmes qui coulèrent sur ses joues ; et, quand la pupille de ses yeux fut toute molle de pleurs,  voilà que ses yeux étaient ceux de Rachel.” (Thomas Mann, Joseph et ses frères)

23 GiuseppeLe meilleur point d’observation d’une existence est le point final. Le sens le plus plein et le plus vrai d’une vie se révèle à la fin, quand la vocation est accomplie et que le dessein se révèle. Pour celui qui a la chance d’y parvenir, la vieillesse est alors une étape décisive de la vie, car c’est là que nous pouvons saisir, dans la lumière du couchant, la trame de notre récit.

Alors, quand la vie naturelle semble toucher à sa fin, il peut arriver que la vie spirituelle connaisse un nouveau printemps décisif ; notre vie connaît de nombreux printemps, mais nous n’avons pas toujours les yeux pour les reconnaître, même chez ceux qui vivent à nos côtés. Et le chemin reprend, l’aventure de l’âme recommence, avec le même premier enthousiasme de l’enfant. Telle est la vie des patriarches, telle est la vie de Jacob, devenu vieux, qui se remet en route pour l’Égypte, à la suite de la même voix qui l’avait appelé au temps de sa jeunesse, à Bet El.

Après sa réconciliation avec ses frères, Joseph les envoie à Canaan pour ramener en Égypte Jacob et tout le clan familial, “car il y aura encore cinq années de famine” (45,11). Il donne à chacun d’eux “des vêtements de rechange”. À Benjamin, son frère utérin, fils comme lui de Rachel, il donne “trois cents sicles d’argent et cinq vêtements de rechange” (45,22).

La tunique royale colorée, aux manches longues, que son père Jacob lui avait donnée (37,3), avait été au centre du conflit entre le jeune Joseph et ses frères. La tunique qui lui avait été ôtée, avant qu’il ne soit jeté dans la citerne en plein désert (37,23), puis avait été rendue à son père tachée du sang d’un bouc égorgé (37,31), devient maintenant le cadeau de Joseph à ses frères. Tous reçoivent une nouvelle tunique ; onze tuniques immaculées remplacent la tunique maculée par leur jalousie. Là où, un jour, a surabondé la faute, surabonde désormais la charis, la grâce.

Joseph est encore en vie” (45,26), annoncent ses fils à Jacob-Israël. Contrairement à eux, Jacob (avec peut-être Benjamin et les femmes) était convaincu que le sang sur la tunique était celui de Joseph, tué par une bête sauvage. Pendant de longues années, il avait vécu avec cette douleur au cœur.  Après une première réaction d’incrédulité, face à l’annonce de la ‘résurrection’ de son fils (“mais son cœur demeura sensible”, 45,26), Jacob-Israël s’écrie : “Joseph, mon fils, est encore en vie ! Je veux partir et le voir avant de mourir.” (45,28).

Il veut partir, mais auparavant, il doit accomplir un acte important : “Israël se mit en route avec tout ce qui lui appartenait. Il arriva à Béer-Shéva et offrit des sacrifices au Dieu de son père Isaac.” (46,1). Jacob quitte Hébron, la terre promise, et se rend dans la maison où Isaac et sa mère Rébecca avaient vécu en exilés, dans le désert de Béer-Shéva où s’était enfuie Agar, la servante mère d’Ismaël. C’est là qu’au cours d’une famine, Isaac avait rencontré le SEIGNEUR, à un moment décisif de sa vie. Celui-ci lui avait parlé, lui avait annoncé la promesse, et lui avait dit : “Ne descends pas en Égypte, mais demeure dans le pays que je t’indiquerai.” (26,2). Or cette fois-ci, à cause d’une autre famine, Jacob s’apprête à quitter la terre de Canaan, pour aller justement dans cette Égypte que le Seigneur avait interdite à Isaac. L’Égypte avait été interdite à son père, parce que la terre promise par le SEIGNEUR était celle de Canaan, celle qu’habitait Jacob. La première voix qui avait parlé à Isaac, et qui lui avait promis une terre qui n’était pas l’Égypte, ne pouvait avoir la même force que la voix de son cœur de son père qui veut revoir son fils, que pendant des décennies il avait cru mort. Dans l’humanisme biblique, toutes les voix ne sont pas d’égale valeur, et la salut consiste à reconnaître et à suivre la voix la plus vraie, qui n’est pas la plus facile, ni celle des faux prophètes ou des dieux sculptés dans le bois, ni même simplement la voix du cœur. Jacob retourne alors au pays d’Isaac – dans la Bible, même les lieux ont une vocation – pour comprendre, pour prier, pour écouter, pour discerner, pour choisir. Et, cette fois encore, “Dans une vision nocturne, Dieu s’adressa à Israël : ‘Jacob, Jacob’. ‘Me voici’, répondit-il. Il dit alors : ‘Je suis El, le Dieu de ton père. Ne crains pas de descendre en Égypte… Joseph te fermera les yeux.” (46,2-4). Jacob seul sait maintenant que la voix qui lui parle et l’appelle par deux fois (“Jacob, Jacob”) est la voix du Dieu de son père, celle du SEIGNEUR ; et, si la voix qui l’envoie en Égypte est la même qui avait été interdite à Isaac, alors il peut, il doit même partir.

Pour réécouter la voix et comprendre, Jacob ne se rend pas à Bet El, où il avait reçu sa première vocation, et où il avait vu les anges et le paradis (28,13-22). Il retourne au pays de ses pères, il veut réentendre le même Dieu qu’Isaac, sur la terre de son père et de sa mère. Il veut s’entendre à nouveau appeler par la même voix vraie, qui ne l’a jamais trompé, celle de l’Alliance et de la promesse.

Souvent, très souvent, quand on cherche à vivre dans la vérité, il arrive qu’avant d’effectuer un choix important et décisif on retourne auprès de ses ‘pères’, dans leur pays, sur leurs lieux. On y retourne surtout quand on est sur le point de faire un choix qui va dans la direction opposée à celle qui a constitué la première alliance, la promesse, la vocation. On retourne à la maison mère, à la recherche de signes, dans l’espoir de réentendre une voix plus profonde, pour trouver des certitudes plus vraies, pour retrouver le sens de sa vie, sa vocation, la promesse reçue. Pour s’entendre à nouveau appeler par son nom.

L’entreprise familiale traversait une longue période de difficultés. Alors se présenta une offre d’une multinationale, qui aurait pu la redresser en versant une grosse somme. ‘Faut-il que je vende l’entreprise fondée par mon grand-père, qui a été la vie de mes parents, la grande histoire de notre famille, la plus histoire que nous nous soyons racontée ? Devrais-je être celui qui mettra un point final à cette histoire ?’ La date de l’échéance approche, les nuits se font difficiles et longues. Louis a envie de retourner dans le premier hangar qui ne sert plus, mais où garde encore vivants des pans entiers d’histoire, de relations, de paroles, de douleurs, de cœur, de chair. C’est dans ce hangar qu’il avait appris le métier de papa. De là, il pousse vers la vieille ferme de son grand-père, où, dans l’atelier, il avait appris à travailler le bois, et où il avait écouté les récits glorieux des premiers temps de l’entreprise, après l’émigration en Amérique, après la guerre, les pénuries, la faim, le front, les morts terribles et toujours vivantes des enfants. Et, dans ce silence ‘habité’, il cherche à capter les antiques voix et, parmi celles-ci, la voix de sa jeunesse, quand tout était clair et diaphane, cette voix qui  lui avait fait renoncer à un poste sûr pour poursuivre cette histoire. Pour comprendre sis la voix qui semble maintenant lui dire ‘vends’ est la bonne voix qui, un jour, lui avait dit ‘reste’. De véritables pèlerinages où, sans peut-être en avoir bien conscience, nous cherchons la bénédiction de nos pères pour les choix difficiles d’aujourd’hui. Peut-être devrions-nous en faire davantage, et ne jamais cesser de mendier les bénédictions, surtout quand les voix bonnes ne nous parlent plus dans nos maisons, en ces temps de réforme des pactes sociaux, en ces années de vaches maigres (2008-2015).

Jacob, dans la maison de ses pères, a réécouté la même voix, a compris qu’il devait partir, et il est parti. Il fermera les yeux en Égypte, et non en terre de Canaan. Devenu vieux (“La durée de mes pérégrinations a été de cent trente ans !”, dira-til au Pharaon : 47,9), il a été appelé à quitter la terre promise, à se mettre à nouveau en chemin vers une terre étrangère(47,4), et il y mourra comme un étranger. Ce ‘oui’ prononcé dans sa vieillesse a été décisif, pas moins décisif que le premier, car il marquait la réalisation de sa vocation.

Il nous fallait aller jusqu’au bout de l’histoire de Jacob pour que l’un des trésors les plus précieux de la Bible se dévoile à nous : la terre promise n’est pas un territoire à occuper, c’est une marche à la suite d’une voix. Alors, toute terre quelle qu’elle soit, même la terre promise, est une terre étrangère ; car la terre nous est donnée, on l’habite provisoirement, on ne la possède pas. Tout homme qui suit une ‘voix’ est un étranger sur toute la terre et durant toute sa vie. La bonne maison de l’homme est la tente du nomade.

Quand ils arrivèrent en terre de Goshèn, Joseph attela son char et monta à Goshèn à la rencontre de son père Israël. À peine celui-ci l’eut-il vu que Joseph se jeta à son cou et, à son cou encore, il pleura. Israël lui dit : ‘Cette fois-ci, après avoir vu ton visage, j’accepte de mourir puisque tu es en vie.’” (46,29-30)

par Luigino Bruni

publié dans Avvenire le 27/07/2014

 

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