COMBONIANUM – Spiritualità e Missione

Blog di FORMAZIONE PERMANENTE MISSIONARIA – Uno sguardo missionario sulla Vita, il Mondo e la Chiesa MISSIONARY ONGOING FORMATION – A missionary look on the life of the world and the church

FP.fr 5/2015 – La vie communautaire (1ère partie)

Communauté.
Par Dietrich Bonhoeffer.

Dietrich Bonhoeffer est né à Breslau (Allemagne). Après des études en théologie à Berlin, il obtient son doctorat et devient pasteur de l’Église luthérienne en 1931. Par son opposition ouverte aux mesures antisémites du régime nazi, il est interdit de prédication et d’enseignement, puis arrêté par la gestapo en 1943. Suite à l’attentat manqué contre Hitler, en 1944, il est condamné à mort et exécuté le 9 avril 1945 au camp de concentration de Flossenbürg. Dietrich Bonhoeffer est considéré comme l’un des plus grands spirituels et théologiens protestants du XXème siècle. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages marquants. Son livre “ De la vie communautaire » se présente comme le témoignage de ce qu’il a vécu avec les jeunes candidats au ministère pastoral au séminaire clandestin de Finkenwalde entre 1935 et 1937.

La vie communautaire
Texte word: FP.fr 2015-5 Communauté – Bonhoeffer (1ère partie)
Texte  PDF:  FP.fr 2015-5 Communauté – Bonhoeffer (1ère partie)

La vie communautaire (1ère partie)

« Voyez ! Qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter en frères tous ensemble ! » (Ps 133,1). Notre but, dans les pages qui suivent, est d’examiner quelques orientations et règles que donne l’Ecriture sainte pour la vie communautaire sous [l’autorité de] la Parole.

Il ne va pas de soi pour le chrétien de pouvoir vivre parmi d’autres chrétiens. Jésus Christ a vécu au milieu de ses ennemis. Finalement, tous ses disciples l’ont abandonné. Sur la croix, il s’est retrouvé tout seul, entouré de malfaiteurs et de moqueurs. Il était venu apporter la paix aux ennemis de Dieu. De même, la place du chrétien n’est pas dans la réclusion d’une vie cloîtrée, mais au milieu des ennemis. C’est là qu’il a sa tâche, son travail. « Le règne du Christ doit s’établir au milieu de tes ennemis. Ne pas pouvoir souffrir cela, c’est ne pas vouloir être de cette seigneurie mais vivre entouré d’amis, assis parmi les roses et les lis, loin des méchants, dans un cercle de gens pieux. Oh ! vous qui blasphémez et trahissez le Christ ! Si Christ avait fait comme vous le faites, qui donc aurait pu être sauvé ? » (Luther).

« Je les ai disséminés parmi les nations, mais même au loin ils se souviendront de moi » (Za 10,9). C’est la volonté de Dieu que la chrétienté soit un peuple dispersé, disséminé comme une semence jetée « parmi tous les royaumes de la terre » (Dt 28,25). Ce sont à la fois sa malédiction et sa promesse. C’est dans des pays éloignés, parmi les incroyants, que le peuple de Dieu doit vivre, mais il sera la semence du Royaume de Dieu dans le monde entier.

« Je leur ferai entendre mon signal pour les rassembler car je les ai rachetés », « ils reviendront » (Za 10,8s.). Quand cela arrivera-t-il ? Cela est arrivé en Jésus Christ, qui est mort « pour réunir dans l’unité les enfants de Dieu qui sont dispersés » (Jn 11,52), et cela arrivera finalement de manière visible à la fin des temps, quand les anges de Dieu “ des quatre vents, depuis une extrémité des cieux à l’autre, rassembleront ses élus » (Mt 24,31). Mais, jusque-là, le peuple de Dieu demeure dans la dispersion, tenu ensemble par Jésus Christ seul, devenu un du fait que [ses membres], disséminés parmi les incroyants, se souviennent de lui sur des terres lointaines.

Ainsi, dans la période qui va de la mort du Christ au dernier jour, si des chrétiens peuvent déjà vivre ici avec d’autres chrétiens dans une communauté visible, ce n’est en fait que par une sorte d’anticipation miséricordieuse des réalités dernières. C’est par la grâce de Dieu qu’une assemblée peut se réunir de manière visible dans ce monde autour de la Parole de Dieu et du sacrement. Tous les chrétiens n’ont pas part à cette grâce. Les prisonniers, les malades, les isolés qui vivent dans la diaspora, les prédicateurs de l’Evangile en terre païenne sont seuls. Ils savent qu’une communauté visible est une grâce. Ils prient avec le psalmiste : «Je me laisse aller à évoquer le temps où je passais la barrière, pour conduire jusqu’à la maison de Dieu, parmi les cris de joie et de louange, une multitude en fête » (Ps 42,5). Mais ils restent, seuls, une graine disséminée sur des terres lointaines selon la volonté de Dieu. Cependant, ce qui leur demeure refusé en tant qu’expérience visible, ils le saisissent avec d’autant plus d’intensité par la foi. C’est ainsi que le disciple du Seigneur, Jean, le visionnaire de l’Apocalypse, exilé dans la solitude de l’île de Patmos, célèbre le culte céleste « en esprit, le jour du Seigneur » (Ap 1,10), avec les assemblées qu’il connaît. Les sept chandeliers qu’il voit sont les Eglises, les sept étoiles leurs anges ; au centre, et dominant l’ensemble, il voit le Fils de l’homme, Jésus Christ, dans la haute gloire du Ressuscité, C’est lui qui le fortifie et le console par sa parole. C’est cela la communauté céleste à laquelle l’exilé participe au jour de la résurrection de son Seigneur.

La présence corporelle d’autres chrétiens est pour le croyant une source incomparable de joie et de réconfort. A la fin de sa vie, l’apôtre Paul, prisonnier, ne peut contenir le désir qui le fait appeler auprès de lui, dans sa prison, Timothée, « son bien aimé fils dans la foi » ; il veut le revoir et l’avoir à ses côtés. Il n’a pas oublié les larmes versées par Timothée lors du dernier adieu (2 Tm 1,4). Pensant à l’assemblée de Thessalonique, il prie Dieu « nuit et jour avec insistance pour qu’il nous soit donné de vous revoir » (1 Th 3,10) ; et l’apôtre Jean, devenu vieux, sait que la joie que lui procurent les siens ne sera parfaite que lorsqu’il pourra venir chez eux et leur parler de vive voix, au lieu de le faire par lettres et avec de l’encre (2 Jn 12). Le croyant n’a pas à avoir honte et à se croire encore trop charnel en désirant voir d’autres croyants en chair et en os. C’est comme corps que l’être humain a été créé, c’est dans un corps que le Fils de Dieu est apparu pour nous sur la terre, c’est dans un corps qu’il, est ressuscité, c’est dans son corps que le croyant reçoit le Christ au moment du sacrement, et c’est enfin la pleine communauté entre des créatures à la fois « esprit et corps » que créera la résurrection des morts. A travers la présence corporelle d’un frère en la foi, le croyant peut louer le Créateur, le Réconciliateur et le Rédempteur, Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le prisonnier, le malade, le chrétien dans la diaspora reconnaissent dans un frère qui les visite un signe corporel de grâce : la présence du Dieu trinitaire. Le visiteur et celui qui est visité reconnaissent, dans la solitude l’un auprès de l’autre, le Christ qui est présent dans le corps, ils s’accueillent et se rencontrent l’un l’autre comme on rencontre le Seigneur, dans la crainte, dans l’humilité et la joie. Ils accueillent réciproquement cette bénédiction comme celle de Jésus Christ lui-même.

Si donc une seule rencontre entre frères comporte déjà une telle béatitude, quel trésor inépuisable ne doit-il pas s’ouvrir pour ceux qui sont jugés dignes par la volonté de Dieu de vivre dans une communauté de vie quotidienne avec d’autres chrétiens ! Certes, ce qui est pour l’être isolé une grâce inexprimable de Dieu est facilement dédaigné et foulé aux pieds par ceux qui en sont chaque jour les bénéficiaires. On oublie facilement que la communauté de frères chrétiens est un don gracieux du Royaume de Dieu qui peut nous être repris chaque jour, et que nous pouvons d’un instant à l’autre être précipités dans la solitude la plus profonde. Il faut donc que celui qui peut mener jusqu’à cette heure une vie chrétienne commune avec d’autres chrétiens loue la grâce de Dieu du plus profond de son cœur, remercie Dieu à genoux et reconnaisse : c’est une grâce, une pure grâce, de pouvoir vivre aujourd’hui encore dans la communauté de frères chrétiens.

Dieu nous fait le don de la communauté visible dans des proportions différentes. La brève visite d’un frère chrétien, une prière commune et la bénédiction fraternelle consolent le chrétien dans la diaspora, et même une simple lettre écrite de la main d’un chrétien le réconforte. La salutation que l’apôtre Paul écrivait de sa propre main dans ses épîtres était aussi, certainement, le signe d’une telle communion. A d’autres est accordée la communauté dominicale du culte divin. D’autres encore peuvent vivre une vie chrétienne dans la communauté de leur famille. De jeunes théologiens reçoivent avant leur ordination le don d’une vie communautaire avec leurs frères pour une période déterminée. Et aujourd’hui, dans certaines paroisses, des chrétiens convaincus éprouvent le désir de se retrouver un certain temps avec d’autres chrétiens, dans des périodes de loisir en dehors de leur travail, pour vivre ensemble sous [l’autorité de] la Parole. La vie communautaire est comprise à nouveau par le chrétien d’aujourd’hui comme cette grâce qu’elle n’a jamais cessé d’être, cette chose extraordinaire, cet « instant de repos parmi les ‘roses et les lis’ » de la vie chrétienne (Luther).

La communauté chrétienne

Une communauté chrétienne signifie une communauté par Jésus Christ et en Jésus Christ. Il n’existe aucune communauté chrétienne qui serait plus et aucune qui serait moins que cela. De la simple rencontre occasionnelle à la communauté de tous les jours qui dure depuis des années, la communauté chrétienne n’est que cela. Nous appartenons les uns aux autres seulement par Jésus Christ et en lui.

Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie d’abord qu’un chrétien a besoin d’un autre à cause de Jésus Christ ; ensuite, qu’un chrétien ne vient à l’autre que par Jésus Christ ; et, enfin, que nous avons été élus de toute éternité en Jésus Christ, accueillis dans le temps et réunis pour l’éternité.

1. Le chrétien a besoin de l’autre

Concernant le premier point : le chrétien est l’être humain qui ne cherche plus son salut, sa délivrance et sa justice en lui-même, mais en Jésus Christ seul. Il sait que la Parole de Dieu en Jésus Christ le déclare coupable, même s’il n’éprouve rien de sa propre faute, et que cette même parole le déclare libre et juste, même s’il ne sent rien de sa propre justice. Le chrétien ne tire plus sa vie de lui-même, de sa propre accusation et de sa propre justification, mais de l’accusation et de la justification qui viennent de Dieu. Il vit totalement de la Parole de Dieu sur lui, dans la soumission croyante au jugement de Dieu, qu’il le déclare coupable ou juste. La mort et la vie du chrétien ne sont pas décidées en lui-même, mais il les trouve toutes deux seulement dans une parole qui lui parvient de l’extérieur, dans la Parole de Dieu qui lui est dressée. Les Réformateurs l’ont exprimé ainsi : notre justice est une « justice étrangère », qui vient de l’extérieur (extra nos). Ils nous ont signifié ainsi que le chrétien est renvoyé à la Parole de Dieu qui lui est dite. Il est orienté vers l’extérieur, vers la parole qui lui advient.

Le chrétien vit entièrement de la vérité de la Parole de Dieu en Jésus Christ. Si on lui demande : où donc est ton salut, ta béatitude, ta justice ? Il ne peut jamais se désigner lui-même, mais il renvoie à la Parole de Dieu en Jésus Christ qui lui accorde salut, béatitude, justice. Il scrute toujours cette parole partout où il peut. Parce qu’il a quotidiennement faim et soif de justice, il est sans cesse en quête de la parole rédemptrice. Cela ne peut venir que de l’extérieur. En lui-même il est pauvre et mort. L’aide doit venir de l’extérieur et elle est venue et elle vient chaque jour à nouveau dans la parole de Jésus Christ, qui nous apporte rédemption, justice, innocence et béatitude. Cette parole. Dieu l’a mise dans la bouche d’êtres humains, pour qu’elle soit redite parmi les humains. Là où quelqu’un est touché par elle, il la dit à un autre. Dieu a voulu que nous soyons tenus de chercher et de trouver sa Parole vivante dans te témoignage du frère, dans une bouche humaine. Le chrétien a donc besoin du chrétien, qui lui dit la Parole de Dieu ; il en a besoin sans cesse, lorsqu’il est incertain et découragé ; en effet, il ne peut s’aider lui-même sans se tromper au détriment de la vérité.

Il lui faut la présence du frère dont Dieu se sert pour lui porter et lui annoncer sa parole divine de salut. Il a besoin du frère seulement à cause de Jésus Christ. Le Christ dans notre propre cœur est plus faible que celui que nous apporte la parole du frère ; celui-ci est sûr, celui-là ne l’est pas. En même temps, le but de toute communauté des chrétiens apparaît ainsi clairement : elle nous permet de nous rencontrer pour nous apporter mutuellement le message du Salut. Dieu la fait s’assembler en tant que telle et lui donne d’être communauté. Nous pouvons donc en conclure ceci : la communauté des chrétiens est le fruit de la justification de l’être humain par la seule grâce de Dieu telle qu’elle est annoncée par la Bible et les Réformateurs. C’est ce message qui fonde le besoin que les chrétiens ont les uns des autres.

2. Le Christ médiateur

Concernant le deuxième point : un chrétien vient à un autre seulement par Jésus Christ. Parmi les êtres humains, c’est le conflit. Mais « il est notre paix » (Ep. 2,14), dit Paul de Jésus Christ : en lui, la vieille humanité déchirée est devenue une. Sans le Christ, c’est vraiment la discorde entre Dieu et les êtres humains, et chez les humains entre eux. Le Christ est devenu le médiateur et a fait la paix avec Dieu et entre les humains. Sans lui, nous ne connaîtrions pas Dieu, nous ne pourrions pas l’invoquer, ni aller à lui. Sans lui, nous ne connaîtrions pas non plus le frère et nous ne pourrions pas aller à lui. Notre propre « je » nous barre la route. Mais cette route barrée vers Dieu et vers le frère, le Christ l’a ouverte. Désormais les chrétiens peuvent vivre en paix les uns avec les autres, ils peuvent s’aimer les uns les autres, se mettre au service les uns des autres, ils peuvent devenir un. Mais encore une fois, cela n’est possible que par Jésus Christ. Ce n’est qu’en Jésus Christ que nous sommes un, c’est seulement par lui que nous sommes reliés les uns aux autres. Il reste pour l’éternité l’unique médiateur.

3. La Communauté appartient à Jésus Christ

Concernant le troisième point : lorsque le Fils de Dieu a pris chair, il a aussi, par pure grâce, assumé notre être, notre nature, nous-mêmes véritablement et corporellement. Tel fut le décret éternel du Dieu trinitaire. Désormais, nous sommes en lui. Là où il est, il porte notre chair, il nous porte. Là où il est, nous sommes aussi, dans l’incarnation, dans la croix et dans sa résurrection. Nous lui appartenons parce que nous sommes en lui. C’est pourquoi l’Ecriture nous appelle le Corps du Christ. Mais si, avant même que nous puissions le savoir et le vouloir, nous avons été élus et adoptés en Jésus Christ avec l’assemblée tout entière, alors nous lui appartenons tous ensemble pour l’éternité. Nous qui vivons ici dans sa communion, nous serons un auprès de lui dans une communion éternelle. Celui qui considère son frère doit savoir qu’il sera éternellement uni à lui en Jésus Christ. Une communauté chrétienne signifie une communauté par et en Jésus Christ. C’est sur ce fondement que repose tout ce que donne l’Ecriture comme enseignements et règles pour la vie communautaire des chrétiens.

« Sur l’amour fraternel, vous n’avez pas besoin qu’on vous écrive ; car vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres […]. Mais nous vous exhortons, frères, à faire encore de nouveaux progrès » (1 Th 4,9s.). C’est Dieu lui-même qui se charge de nous instruire dans l’amour fraternel ; tout ce que l’être humain peut encore ajouter ici, est de rappeler cet enseignement qui ne vient pas de nous, et d’exhorter à y persévérer plus pleinement. Lorsque Dieu se fit miséricordieux à notre égard, lorsqu’il nous révéla Jésus Christ comme le frère, lorsqu’il gagna notre cœur par son amour, c’est là que commença en même temps cette instruction dans l’amour fraternel. Sa miséricorde nous a du même coup appris la miséricorde avec nos frères. En recevant le pardon au lieu du jugement, nous avons déjà été préparés au pardon fra­ternel. Nous sommes devenus redevables envers nos frères de ce que Dieu nous a fait à nous-mêmes. Plus nous avions reçu, plus nous pouvions donner et moins riche était notre amour fraternel, moins nous vivions manifestement de la miséricorde et de l’amour de Dieu. Dieu lui-même nous a appris ainsi à nous rencontrer les uns les autres comme il nous a rencontrés en Christ. « Accueillez-vous donc les uns les autres comme Christ vous a accueillis, pour la gloire de Dieu » (Rm 15,7).

C’est en partant de là que la personne appelée par Dieu à une vie communautaire avec d’autres chrétiens apprend ce que veut dire avoir des frères. Paul appelle les membres de l’assemblée de Philippes « frères dans le Seigneur » (Ph 1,14). C’est par Jésus Christ seul que l’on est frère l’un pour l’autre. Je suis frère pour l’autre à cause de ce que Jésus Christ a fait pour moi et en moi ; l’autre est devenu un frère pour moi à cause de ce que Jésus Christ a fait pour lui et en lui. Le fait que nous sommes frères seulement par Jésus Christ est d’une importance incalculable. Ainsi, le frère n’est pas l’autre, sérieux et pieux, assoiffé de fraternité, qui me fait face, et avec qui je vais avoir affaire dans la communauté ; le frère est l’autre, sauvé par le Christ, absous de son péché et appelé, comme moi, à la foi et à la vie éternelle. Ce n’est pas ce que quelqu’un est en soi comme chrétien, avec toute sa vie intérieure et toute sa piété, qui peut fonder notre communauté ; ce qui est déterminant pour notre fraternité, c’est ce que quelqu’un est à partir du Christ. Notre communauté consiste uniquement en ce que le Christ a fait pour nous deux et ce n’est pas seulement vrai au début, en sorte qu’il pourrait encore s’ajouter au cours du temps un nouvel élément à cette communauté qui est nôtre, mais cela reste ainsi pour l’avenir et pour toute l’éternité. Je n’ai et je n’aurai de communauté avec l’autre que par Jésus Christ seul. Plus notre communauté sera authentique et profonde, plus le reste passera à l’arrière-plan entre nous, plus apparaîtra avec plus de clarté et de pureté ce qui la rend une et vivante : Jésus Christ seul et son œuvre. C’est seulement par le Christ que nous nous appartenons l’un l’autre, mais par le Christ notre appartenance réciproque est réelle, intégrale et pour l’éternité.

La fraternité chrétienne

Ainsi toute aspiration confuse à plus que cela se trouve éliminée d’emblée. Celui qui veut davantage que ce que le Christ a établi entre nous ne veut pas une fraternité chrétienne ; il s’en va à la recherche de je ne sais quelles expériences communautaires inédites qui lui ont été refusées ailleurs et il introduit dans la communauté chrétienne des désirs qui ne sont ni clairs ni purs. C’est justement ici que la fraternité chrétienne est menacée par le plus grave des dangers – et cela, la plupart du temps, dès le début : l’intoxication par l’intérieur, provoquée par la confusion entre la fraternité chrétienne et un rêve de communauté pieuse, par le mélange de la nostalgie naturelle d’une communauté venant d’un cœur pieux et la réalité spirituelle de la fraternité chrétienne. Or, il est de la plus grande importance que ceci soit clair dès le début : premièrement, la fraternité chrétienne n’est pas un idéal, mais une réalité donnée par Dieu et, secondement, la fraternité chrétienne est une réalité, pneumatique et non pas psychique.

D’innombrables fois, une communauté chrétienne tout entière s’est effondrée du fait qu’elle vivait d’une image illusoire. C’est précisément le chrétien sérieux, entré pour la première fois dans une communauté de vie chrétienne, qui apportera souvent avec lui un idéal très précis de ce qu’elle doit être et s’efforcera de le réaliser. Mais c’est la grâce de Dieu qui mène rapidement à l’échec toutes ces sortes de rêves. C’est quand nous sommes submergés par une grande désillusion sur les autres, sur les chrétiens en général et, si tout va bien, sur nous-mêmes que Dieu veut nous conduire à la connaissance d’une véritable communauté chrétienne. C’est par pure grâce que Dieu ne permet pas que nous vivions, ne serait-ce que quelques semaines, selon une image chimérique, que nous nous abandonnions à ces expériences exaltantes et à cet emballement gratifiant qui nous envahit comme une ivresse. Car Dieu n’est pas un Dieu d’émotions sentimentales, mais un Dieu de vérité. C’est pourquoi seule la communauté qui entre dans la grande désillusion qu’elle éprouvera avec tous les phénomènes désagréables et négatifs qu’elle peut connaître commence à devenir ce qu’elle doit être devant Dieu et à saisir dans la foi la promesse qui lui est donnée. Plus l’heure de cette désillusion sonne tôt pour le croyant et pour la communauté, mieux cela vaut pour tous les deux. Mais une communauté, qui ne supporterait pas une telle désillusion et qui ne la traverserait pas, qui s’accroche par conséquent à son illusion, alors qu’elle devrait la voir se briser, devra tôt ou tard faire faillite. Toute image humaine illusoire, qui se trouve introduite dans la communauté chrétienne, empêche la communauté authentique et doit être brisée pour que la communauté authentique puisse vivre. Celui qui préfère son rêve d’une communauté humaine à la communauté chrétienne elle-même, celui-là devient le destructeur de toute communauté chrétienne, quels que soient l’honnêteté, le sérieux et le dévouement qu’il exprimait, personnellement, dans ses intentions.

Contre la rêverie

Dieu hait la rêverie, car elle rend orgueilleux et prétentieux. Celui qui rêve de l’image idéale d’une communauté, celui-là exige de Dieu, des autres et de lui-même qu’elle se réalise. Il se présente dans la communauté des chrétiens avec ses exigences, érige une loi qui lui est propre et en fonction de laquelle il juge les frères et Dieu lui-même. Il s’impose avec dureté et comme un reproche vivant pour tous les autres dans le cercle des frères. Il agit comme s’il avait d’abord à créer la communauté chrétienne, comme si son idéal imaginaire devait lisser les liens qui unissent les êtres humains. Ce qui ne va pas selon sa volonté, il le considère comme un échec. Là où son rêve se brise, il voit la communauté s’effondrer. Ainsi devient-il l’accusateur de ses frères, puis l’accusateur de Dieu et enfin l’accusateur désespéré de lui-même. En fait, c’est parce que Dieu a déjà posé le seul fondement de notre communauté, c’est parce que depuis longtemps, avant que nous entrions dans la vie communautaire avec d’autres chrétiens, Dieu nous a reliés ensemble dans un seul corps en Jésus Christ, c’est pour cette raison que nous entrons dans la vie communautaire avec d’autres chrétiens non avec nos exigences, mais avec gratitude et prêts à recevoir. Nous remercions Dieu pour ce qu’il a fait en nous. Nous le remercions de nous donner des frères qui vivent sous son appel, sous son pardon et sous sa promesse. Nous ne nous plaignons pas de ce que Dieu ne nous donne pas, mais nous le remercions de ce qu’il nous donne chaque jour. Et que nous faut-il de plus que des frères qui doivent aller et vivre avec nous dans le péché et la détresse sous la bénédiction de sa grâce ? Le don de Dieu, quels que soient les jours, même les plus difficiles et les plus noirs d’une fraternité chrétienne, est-il plus parcimonieux que cette grande réalité insaisissable ? Ce don n’est-il pas encore là où le péché et l’incompréhension pèsent lourd sur la vie communautaire ? Le frère pécheur aussi n’est-il pas toujours le frère avec lequel je me tiens solidairement sous la parole du Christ et son péché n’est-il pas pour moi l’occasion de rendre grâce sans cesse pour le fait que nous avons tous deux le droit de vivre sous l’amour et le pardon de Dieu en Jésus Christ ? L’heure de la grande déception par rapport au frère n’est-elle pas incomparablement salutaire pour moi, parce qu’elle m’enseigne profondément que nous deux nous ne pouvons jamais vivre de nos propres paroles et de nos propres actes, mais seulement d’une parole et d’un acte, qui nous relient en vérité, à savoir le pardon des péchés en Jésus Christ ? Là où les brumes matinales des idéaux imaginaires se dissolvent, là se lève en pleine clarté le jour de la communauté chrétienne.

La reconnaissance

Pour la reconnaissance dans la communauté chrétienne il en va comme pour le reste dans la vie chrétienne. Seul l’être qui remercie pour la moindre chose reçoit aussi les plus grandes. Nous empêchons Dieu de nous donner les dons spirituels plus importants qu’il nous a préparés, parce que nous ne remercions pas pour les dons quotidiens. Nous pensons que nous ne devrions pas nous satisfaire de la faible mesure de connaissance spirituelle, d’expérience et d’amour qui nous est donnée et que nous aurions toujours à considérer avec convoitise les dons spirituels les plus grands. Nous nous plaignons de n’avoir pas la certitude, la foi, l’expérience que Dieu a données à d’autres chrétiens, et qui ne seraient pas aussi grandes, fortes et riches en nous, et nous tenons ces doléances pour pieuses.

Nous demandons de grandes choses dans nos prières, et nous oublions de rendre grâce pour les petites choses – mais sont-elles si petites ? – que nous recevons journellement. Comment Dieu pourrait-il confier de grandes choses à celui qui ne veut pas recevoir avec reconnaissance les petites que sa main nous accorde ? Ne disons-nous pas merci chaque jour pour la communauté chrétienne dans laquelle nous nous trouvons, même là où il n’y a ni grande expérience, ni de richesse constatable, mais là où nous rencontrons beaucoup de faiblesse, de foi pusillanime et de difficulté, nous préférons toujours nous plaindre à Dieu que tout soit si pauvre, si médiocre, et ne corresponde pas du tout à ce à quoi nous nous attendions ; ainsi, nous empêchons Dieu de faire croître notre communauté selon la mesure et la richesse qui sont déjà préparées pour nous tous en Jésus Christ.

Cela vaut en particulier pour la plainte, souvent entendue, de pasteurs et de paroissiens zélés à propos de leurs paroisses. Un pasteur ne doit pas se plaindre de sa paroisse, surtout pas devant les gens, ni non plus devant Dieu ; elle ne lui a pas été confiée pour qu’il s’en fasse l’accusateur devant Dieu et devant les hommes. Celui qui commettrait l’erreur d’accuser la communauté chrétienne dans laquelle il se trouve, qu’il se demande d’abord si ce n’est pas seulement son image illusoire qui doit être détruite par Dieu et, s’il en juge ainsi, qu’il remercie Dieu qui l’a conduit dans cette situation difficile ; s’il juge la situation autrement, qu’il se garde cependant de devenir l’accusateur de l’Eglise de Dieu ; qu’il s’accuse plutôt lui-même de son incrédulité, qu’il prie Dieu de lui faire connaître sur quel point particulier il a failli ou péché et de l’empêcher d’être coupable envers ses frères, qu’il intercède pour eux en reconnaissant sa propre faute, qu’il accomplisse la tâche qui lui a été confiée et qu’il remercie Dieu.

Il en est de la communauté chrétienne comme de la sanctification des chrétiens. Elle est un don de Dieu sur lequel nous ne pouvons exprimer aucune prétention. Ce qu’il en est réellement de notre communauté et de notre sanctification. Dieu seul le sait. Ce qui nous paraît faible et médiocre, cela peut être grand et magnifique pour Dieu. Le chrétien ne doit pas prendre continuellement le pouls de sa vie spirituelle ; de même la communauté chrétienne ne nous a pas été donnée par Dieu pour que nous mesurions continuellement sa température. Plus nous recevons chaque jour avec gratitude ce qui nous est donné, plus la communauté grandira et croîtra de jour en jour selon le bon plaisir de Dieu de manière plus sûre et plus équilibrée.

http://www.spiritualite2000.com/

 

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San Daniele Comboni (1831-1881)

COMBONIANUM

Combonianum è stato una pubblicazione interna di condivisione sul carisma di Comboni. Assegnando questo nome al blog, ho voluto far rivivere questo titolo, ricco di storia e patrimonio carismatico.
Il sottotitolo Spiritualità e Missione vuole precisare l’obiettivo del blog: promuovere una spiritualità missionaria.

Combonianum was an internal publication of sharing on Comboni’s charism. By assigning this name to the blog, I wanted to revive this title, rich in history and charismatic heritage.
The subtitle
Spirituality and Mission wants to specify the goal of the blog: to promote a missionary spirituality.

Sono un comboniano affetto da Sla. Ho aperto e continuo a curare questo blog (tramite il puntatore oculare), animato dal desiderio di rimanere in contatto con la vita del mondo e della Chiesa, e di proseguire così il mio piccolo servizio alla missione.
I miei interessi: tematiche missionarie, spiritualità (ho lavorato nella formazione) e temi biblici (ho fatto teologia biblica alla PUG di Roma)

I am a Comboni missionary with ALS. I opened and continue to curate this blog (through the eye pointer), animated by the desire to stay in touch with the life of the world and of the Church, and thus continue my small service to the mission.
My interests: missionary themes, spirituality (I was in charge of formation) and biblical themes (I studied biblical theology at the PUG in Rome)

Manuel João Pereira Correia combonianum@gmail.com

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