COMBONIANUM – Spiritualità e Missione

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Le « j’accuse » d’une journaliste saoudienne

Nadine al-Budayr a écrit des articles et parlé à la télévision contre la domination des hommes de religion dans le monde musulman. Elle a été fortement critiquée et, aujourd’hui, elle se retrouve au centre de nombreuses controverses. Elle nous en explique la raison.


Nadine al-Budayr


De nombreuses personnes dans le monde arabo-islamique ont contesté un de mes articles dans lequel je demande aux musulmans de s’excuser, et au monde de faire preuve de patience pour ce que nous avons fait. Dans le Golfe, ils en ont fait une question d’histoire, en me rappelant l’époque du colonialisme européen et des croisades. À tous ceux qui refusent la vérité, j’ai répondu avec la phrase qui conclut mon article : « Sans doute l’intérêt pour les prostituées vous a fait oublier que le colonialisme est terminé, que vous vous colonisez réciproquement, que vous êtes le dernier corsaire. Comment pouvez-vous vous regarder au miroir ? ».

Je suis profondément navrée. C’est pour cette raison que j’écris ces lignes douloureuses. Mais ce n’est rien d’autre qu’une confession de ce que nous avons fait. Nous avons effrayé l’humanité et dérangé la civilisation. Nous avons souillé le progrès et la technologie. Nous sommes les maîtres de la destruction pour la reconstruction. Nous avons vécu des dizaines d’années de répression religieuse et de dictature idéologique. De nombreuses générations arabes ont grandi dans l’extrémisme, soutenu par la politique et les fatwe des cheikh dont la fonction principale est de sauvegarder l’arriération.

D’autres écrivains libéraux et moi-même, nous avons subi de nombreuses intimidations, insultes et autres tentatives en vue de ruiner notre réputation pour nous obliger à rejoindre le chemin du troupeau. La liberté de penser de manière différente et de choisir de ne pas faire partie du troupeau, dont le rôle est la soumission aveugle, a un prix très élevé. Dans cette région parsemée de soulèvements et de guerres, tout désaccord est puni.

En Europe, la guerre de Trente ans s’est terminée il y a plusieurs centaines d’années tandis que nous, nous combattons encore la bataille pour le progrès contre le pouvoir du clergé et des hommes de religion. Depuis de nombreuses années, on ne juge plus les convictions des personnes dans les pays civils, en revanche, nous nous continuons à juger la pureté de l’être humain sur la base de son adhésion à l’Islam, et l’honneur de la femme sur la base du hijâb. Pendant des dizaines d’années, les régimes dictatoriaux nous ont plongé dans l’ignorance et les ténèbres, cela a comme conséquence que les jeunes générations ne se reconnaissent pas l’une l’autre.

L’islamisation de la société

L’homme politique arabe des années Soixante et Soixante-dix craignait les mouvements de gauche (qui dominaient l’arène intellectuelle de leur époque). Par conséquent, il demanda l’aide des organisations islamiques pour mettre un terme à toute libre pensée, sans se rendre compte que l’islamisme était en train d’émerger et avec lui quelque chose de bien plus grave que la foi dans la liberté : l’incitation à tuer et à mourir pour les choses de l’audelà, la plus importante étant le paradis. À cette époque, les centres les plus importants et prestigieux de l’Arabe Saoudite furent confiés à ces extrémistes. En particulier, on leur a donné les centres éducatifs, judiciaires et culturels, la prédication dans les mosquées et les chaires des universités ; en échange, les libéraux et les journalistes étaient privés de leur droit de s’exprimer. Selon moi, il s’agissait d’une naïveté politique impardonnable pour protéger le régime de la vague nationaliste nassérienne ou baathiste.

À cette époque, Hasan al-Turabi [idéologue et politicien soudanais à qui l’on doit la réintroduction de la charia dans son pays après le coup d’État militaire de 1989, NdlR] fut nommé professeur à l’Université al-Sa‘ud de Riyad et toute une génération de jeunes a été formée par lui. Dans les années 80 et 90 du siècle dernier, nos bibliothèques en Arabie Saoudite regorgeaient de livres écrits par les Frères musulmans de plusieurs pays arabes ayant trouvé refuge en Arabie, ou par des salafistes originaires du désert de la péninsule arabe. De retour des vacances d’été à l’étranger, nous n’étions pas autorisés à sortir des aéroports et à traverser les frontières terrestres avec des revues de mode, des livres ou des films sans qu’ils ne soient d’abord soumis à une inspection, et il était absolument interdit d’introduire certains livres.

Plusieurs courants religieux émergèrent, en Arabie Saoudite en particulier, dont le wahhabisme, la Confrérie des Frères musulmans, le salafisme et la Muhtasiba [un groupe salafiste, NdlR]. Ils jouèrent un rôle profond et déterminant dans la naissance des organisations armées fondamentalistes (par exemple al-Qaïda) qui leur servaient de bras armé. Ces courants s’unirent, s’amalgamèrent, se multiplièrent et se transformèrent en ce que l’on a appelé les « mouvements sururiyya » [en référence au mouvement inspiré au salafisme et à la confrérie fondé dans les années 80 par Mohammed Surur Zain al-Abidin, NdlR] afin de garantir leur survie, de renforcer leur contrôle sur la société et leur influence sur l’État. Ce dernier vivait dans l’illusion que la présence des courants religieux permettrait la pérennité du système politique. Voilà une brève description des débuts de la vague extrémiste et du changement qu’elle a engendré dans notre vie, simple et belle, bien que primitive, avant la découverte du pétrole.

Il y a cinquante ans, les femmes pouvaient accueillir des hommes dans leurs maisons en l’absence de leur père ou de leur mari, et danser avec eux lors des mariages et des fêtes, en exécutant les célèbres danses traditionnelles. Mon père me raconte que dans ma ville natale, c’était un déshonneur pour les femmes de se couvrir le visage, c’était une honte de rencontrer la voisine sans la saluer, et qu’à Djeddah et à Riyad, il existait un cinéma dans un cadre simple mais splendide. Tout cela a changé avec la vague extrémiste liée à la montée des salafistes et des Frères musulmans. Ces derniers se sont même arrogé le droit de modifier l’architecture de nos maisons, en les projetant pour s’adapter à un style rétrograde qui prévoyait la division de la maison des Saoudiens en deux parties, une pour les femmes, l’autre pour les hommes. Une telle hostilité entre les deux sexes n’a pas de précédent dans l’histoire.

En général, avec l’apparition de l’Islam politique, les libertés ont régressé de manière significative. Pour comprendre ce que je veux dire, il suffit simplement de comparer une vieille photo de la voie publique du Caire, de Bagdad, de Damas ou d’Afghanistan où l’on ne voit pas de voiles, avec une photographie prise aujourd’hui, où abondent les niqâb [voile intégrale qui ne montre que les yeux, NdlR]. Ne croyez pas l’information déformée qui vous parvient. Nous ne sommes pas tous des terroristes et nous ne sommes pas toutes des femmes voilées. Ne croyez pas que le niqâb et l’‘abâ’ [long habit noir, NdlR] sont une mode partagée par toutes les femmes, et ne pensez pas que le cheikh barbu nous représente tous.

Sur les bancs de l’école

J’ai étudié dans des écoles publiques et j’ai lu dans les programmes d’enseignement que l’autre – chrétien ou zoroastrien, juif, bouddhiste ou hindou – est un mécréant (kâfir). On m’a enseigné aussi que les prescriptions des autres confessions et des écoles internes de l’Islam – chiite, ismaélite, duodécimaine, mystique, sont toutes considérées comme mécréantes et hérétiques. La même chose vaut pour la pensée. Celui qui s’adonne à la réflexion et dit ce qu’il pense en sortant du cadre doctrinal autorisé est un mécréant, un apostat et un hérétique. Le libéral, l’homme de gauche, le moderniste… sont tous des mécréants.

Dans les programmes scolaires, j’ai lu que la femme est une tentation, que son corps est une séduction (fitna) et qu’elle est la cause de l’entrée de l’homme dans la géhenne [l’enfer, NdlR]. J’ai lu que l’homme est un loup qui séduit les femmes et pour cette raison, je dois le craindre, je ne dois pas sortir de chez moi ni participer au progrès de la nation, ainsi je protège ma chasteté. J’ai appris que je suis une pierre précieuse qui doit être préservée dans un écrin que seul le tuteur, son excellence l’homme, peut ouvrir. Des millions de femmes sont au chômage, notre économie est au bord de la faillite, et il y a encore ceux qui encouragent les femmes à rester chez elles. J’ai appris qu’il est interdit de poser des questions et d’avoir une pensée personnelle. Il est interdit d’innover, d’inventer et de découvrir. Tout est écrit, illustré et expliqué dans les livres de religion et toute tentative personnelle de penser de manière différente équivaut à sortir de la communauté et à me détacher des musulmans.

J’ai appris que soixante-douze belles femmes attendent l’homme au Paradis. Et, étant donné qu’avoir des relations sexuelles dans le monde terrestre est interdit, la voie la plus brève qui permette de raccourcir la durée du voyage vers les beautés de l’au-delà est le martyre en assassinant des mécréants occidentaux. J’ai appris que le sport féminin est interdit, conduire la voiture est harâm [interdit, NdlR], prendre la route sans l’autorisation du tuteur est harâm, la démocratie est harâm, les hauts talons sont harâm, le sèche-cheveux est harâm. Les habits courts, même si je les porte en présence de mes frères, sont harâm. La musique, le chant, la danse, le cinéma, le théâtre, les festivals, la promiscuité avec les hommes, la philosophie, la poésie moderne sont harâm, la lecture de livres qui ne sont pas religieux et la liberté sont harâm, la loi sur le statut personnel est harâm.

Quand j’étais à l’école, je me moquais de ces livres barbares et je conservais les livres interdits dans la bibliothèque de la maison, pour essayer de contrecarrer la vague d’ignorance. Mais malheureusement des centaines, ou des centaines de milliers de jeunes, ont subi un lavage du cerveau, ils ont cru à ces histoires et aujourd’hui ils sont devenus les leaders de l’effusion de sang, de l’esclavage et du terrorisme.

Qu’est-ce que le monde attend de nous ? Il veut que nous soyons explorateurs de l’espace, physiciens et experts en géologie.
Parfois je me demande si ce sont vraiment nos régimes dictatoriaux qui ont produit cette arriération, et si les gênes du crime sont enracinés profondément en nous ou s’ils sont le produit d’actions dictatoriales répétées.
Nous sommes exaspérés et épuisés. S’être éloignés aussi bien de la civilisation que de la vie nomade nous opprime beaucoup. Cela nous a fait entrer dans une époque qui n’a rien à voir avec aucune histoire humaine. Ils ont congelé nos esprits, nos corps et notre mouvement. Il est devenu difficile de se déplacer. Quant aux hommes de religion, qui possèdent des milliards qu’ils ont récolté de nos corps, de notre santé et de notre cerveau, ils ont réussi à imposer leur contrôle et leur domination. Je n’ai pas vu un seul tribunal international citer en justice un de ces agitateurs, ils jugent seulement les jeunes exécuteurs d’attentats. Quant aux cheikh, auteurs des fatwe qui autorisent les attentats, qui invitent au jihad et à aller dans les capitales du monde en déposant des bombes dans les places et les aéroports, ils vivent libres dans de grands palaces.

Une lueur d’espérance

C’est seulement aujourd’hui qu’en Arabe Saoudite se profile une nouvelle espérance avec la décision de l’État d’abroger l’appareil de la police religieuse. J’ai senti à l’improviste que le mur qui me séparait de mon pays s’est abattu, et que maintenant je pourrai marcher et dormir tranquille, sans craindre la police religieuse embusquée parmi les citoyens dans la rue, prête à se jeter sur eux comme sur une proie. Un de mes amis a visité Bruxelles après les récents attentats en Belgique et il m’a dit qu’il n’avait pas perçu d’attitude extrémiste envers lui parce qu’il est arabe et musulman. Il m’a dit qu’il s’était préparé au pire, à l’impolitesse, surtout à l’aéroport et dans la rue, en revanche il a trouvé exactement le contraire, et on ne l’a pas mal traité un seul instant en tant qu’arabe. Je lui ai dit : cela s’appelle la civilisation.

En Europe, le terrorisme a explosé et nous sommes confiants dans le fait que la culture des européens les empêchera de penser à venir se venger ici au nom de la croix. Pensons aux réactions des gens en Belgique et à la réaction du monde musulman après Charlie Hebdo. Dans les rues, j’ai entendu des insultes contre les européens, considérés à l’instar des dessinateurs, auteurs des caricatures du Prophète. Très peu de personnes ont éprouvé de la pitié pour les âmes de ces journalistes tués par l’ignorance.
Voilà comment l’instruction nous a abîmés. Nous sommes devenus comme les militants de l’EIIL qui enlèvent les chrétiennes en Syrie et en Irak pour les vendre au marché des esclaves. En revanche, l’Européen et les civilisations historiques se remettent debout de cette façon.

Tant mieux pour l’arabe musulman qui vit en Europe et à qui on a donné une autre possibilité de vivre, mais je regrette son bêtise quand il profite de la démocratie de l’Occident, de son passeport, des meilleures écoles pour ses enfants, de systèmes sanitaire et social meilleurs, et puis qu’il pense que l’Occident est mécréant et qu’il faut se venger en le faisant exploser.

Aux esprits éclairés de ma nation arabe, je dis : rêvez, rêvez, rêvez.

Nadine al-Budayr | vendredi 20 mai 2016
Traduction de l’original arabe par Chiara Pellegrino


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Questa voce è stata pubblicata il 14/07/2016 da in Actualité, Société, Culture, FRANÇAIS con tag , .

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Sono un comboniano affetto da Sla. Ho aperto e continuo a curare questo blog (tramite il puntatore oculare), animato dal desiderio di rimanere in contatto con la vita del mondo e della Chiesa, e di proseguire così il mio piccolo servizio alla missione.
I miei interessi: tematiche missionarie, spiritualità (ho lavorato nella formazione) e temi biblici (ho fatto teologia biblica alla PUG di Roma)

I am a Comboni missionary with ALS. I opened and continue to curate this blog (through the eye pointer), animated by the desire to stay in touch with the life of the world and of the Church, and thus continue my small service to the mission.
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