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FP.fr 3/2017 La faiblesse, un chemin pascal

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faiblsse

La faiblesse, un chemin pascal
SELON SAINT BERNARD
André Louf

O optanda infirmitas! Oh souhaitable faiblesse ! Qui me donnera non seulement d’être faible, mais d’être défait et de défailli tout entier a moi-même, pour être rendu stable par la puissance du Seigneur. En effet, la force de Dieu prend toute sa mesure dans la faiblesse (2 Co 12,19).

Un tel souhait, exprimé en termes aussi ardents, peut étonner sous la plume de saint Bernard, qui entre dans l’histoire de la spiritualité avant tout comme le témoin des sommets de l’expérience mystique. Il est cependant emprunté a l’un de ses chefs-d’œuvre, précisément son œuvre mystique par excellence : le Commentaire sur le Cantique des Cantiques. Chantant les douceurs de l’union de l’âme avec le Verbe, Bernard ne peut s’empêcher de chanter en même temps ce qu’il croit être les atouts de l’humaine faiblesse.

Vocabulaire

Pour designer celle-ci, il emprunte l’un de ses termes favoris à la Bible latine se servant de la racine infirmus et ses dérivés. L’usage relativement fréquent que la Vulgate en fait lui a permis de s’en emparer pour en faire le plan de la stratégie spirituelle qu’il élaborera à son sujet. Fragilitas et miseria sont souvent synonymes d’infirmitas mais, si ce dernier terme revêt une signification quasi technique sous sa plume pour designer la déchéance actuelle de la nature humaine blessée par le péché, aucun des deux premiers ne semble lui rappeler des réminiscences scripturaires suffisamment denses pour qu’il leur confie le même rôle dans son vocabulaire. C’est donc plutôt avec celles que la racine infirmus évoque pour lui, qu’il va décrire un processus qui, à ses yeux, est essentiel et inéluctable dans tout progrès spirituel.

Aux paroles de Jésus lui-même, Bernard emprunte la brève sentence avec laquelle celui-ci, aux prises avec sa tentation décisive dans le jardin de Gethsémani, décrit le tiraillement intérieur qu’elle produit : « L’esprit est prompt, mais la chair est faible » (Mt 26, 41). Il rappelle fréquemment comment l’Esprit de Dieu vient au secours de la faiblesse (Rm 8, 26) au cœur du combat. Le début de la première lettre aux Corinthiens lui procure l’une de ses citations préférées, ou Dieu est dit avoir choisi ce qui est faible aux yeux du monde pour confondre ce qui prétend être fort (1 Co 1, 25-27). La deuxième lettre aux Corinthiens lui en offre une autre, dans le célèbre « Hymne à la faiblesse » (2 Co 12, 5-10), ou l’Apôtre se glorifie de ses faiblesses, afin que la force du Christ habite en lui, la faiblesse étant ainsi devenue pour lui le lieu ou cette force peut déployer toutes ses virtualités, de sorte que, conclut-il, c’est quand je suis faible que je suis fort.

Une expérience

Les accents qui sont les siens lorsqu’il en fait l’éloge laissent entrevoir que Bernard parle d’expérience. Et d’abord dans un corps infirme. Nous savons par ses biographes, en particulier par Guillaume de Saint-Thierry, qu’il a dû supporter pendant toute sa vie les séquelles d’une maladie grave dont les premiers symptômes étaient apparus dès le noviciat, et qui s’aggrava soudainement au début de son abbatiat. On craignit alors quelque maladie incurable, et même la mort. Une intervention pressante de son ami, l’évêque de Chalons-sur-Marne, auprès du Chapitre Général, lui obtint un régime d’exception. Une année durant, Bernard habita, pour fin de santé, une cabane en dehors du cloître et des limites du monastère, ou il fut entièrement libéré non seulement de la discipline régulière, mais encore de toute responsabilité pastorale et matérielle à l’égard de sa communauté. Cette année de « congé », passée en marge du monastère face à un avenir incertain, a dû le marquer en profondeur. Provisoirement revigorée, la santé de Bernard exigera cependant toujours un régime d’exception, dont son biographe n’arrive pas a dissimuler qu’il pesait parfois sur les frères comme une bien triste […] nécessité.

Les soucis de sa charge et ceux qu’il assumait en dehors d’elle, les incessants voyages, les déboires aussi, n’arrangèrent rien, et sa correspondance, l’âge avançant, laisse de plus en plus entendre des plaintes sur sa mauvaise santé. Souvent il se dit souffrant d’une grave maladie. Un jour, il se verra même contraint d’interrompre le Chapitre et de renvoyer la suite au lendemain: Ma faiblesse me dit de marrêter, confie-t-il à ses auditeurs, comme cela marrive souvent.

En plus de cette infirmité physique, une crise morale s’était au même moment abattue sur lui. Elle fut à la fois psychologique et spirituelle, et affectait les relations de Bernard avec ses frères. Une incompréhension réciproque s’était installée, qui compromettait la qualité de leurs échanges. Lorsque Bernard enseignait, ses frères se sentaient dépassés par son propos. Plus grave, lorsque ceux-ci se confiaient à leur abbé, Bernard ne parvenait pas a saisir ce qu’ils souhaitaient partager avec lui. Guillaume de Saint-Thierry s’est efforcé d’interpréter l’incident par son coté le plus édifiant. Selon lui, quittant les hauteurs d’une très sublime contemplation, Bernard se serait exprimé devant ses frères dans la langue des anges. Et lorsque ces derniers s’ouvraient à lui de leurs faiblesses, celles qui sont le lot de tout mortel, Bernard n’aurait pu accepter des confidences qu’il jugeait trop humaines chez des êtres qu’il croyait être des anges.

Quoi qu’il en soit de l’interprétation bienveillante de Guillaume, le fond de l’incident est sans doute historique, et touche a notre sujet. Si Bernard, à un moment donné, eut l’infortune de faire peur a ses frères, c’est que ses exigences et ses discours reflétaient encore un idéal spirituel quelque peu exacerbé et irréel. Cette crise lui fut salutaire pour apprivoiser sa propre faiblesse et celle des autres. Elle lui apprit une compréhension plus particulière du misérable et du pauvre, du pêcheur pénitent qui implore le pardon. C’est désormais à cette œuvre de miséricorde qu’il se consacrera. Aussi énorme que put être la faute d’un de ses moines, jamais ses entrailles de père ne se fermeront devant lui. Pour Bernard, la miséricorde sera à ce point irrésistible que si, par impossible, elle était un péché, il avoue ne pas pouvoir se retenir de le commettre. Et l’accent inoubliable avec lequel il a dû souvent la commenter au chapitre s’est condensé dans un souvenir à son sujet, une affirmation forte que le Grand Exorde lui prête, a savoir que même Judas, s’il s’était fait moine, aurait trouvé miséricorde auprès de lui.

La faiblesse découverte auprès de ses frères a du lui rappeler la sienne propre. Dans sa biographie de l’abbé de Clairvaux, on l’a vu, Guillaume de Saint-Thierry s’est efforcé d’accréditer l’image d’un Bernard à tel point innocent et préservé de toute éclaboussure du péché, que les premières ouvertures de ses frères le jetèrent dans un profond désarroi. Toutefois plusieurs confidences de l’intéressé en personne autorisent à nuancer ce tableau. D’un coté, Bernard remercie Dieu de ce qu’il lui a épargné de nombreux péchés dans sa jeunesse, grâce à une saine affectivité qui n’a pas permis que certaines tentations l’effleurent.

Mais ailleurs il confesse ne pas avoir conservé intact le vêtement de son baptême, avoir commis des péchés sans nombre et mérité l’enfer, sans qu’il soit possible de discerner jusqu’où sa fougue oratoire l’entraîne dans de tels aveux. En tout cas, il reconnaît avoir expérimenté la violence brutale de tentations auxquelles il fut bel et bien sur le point de céder. On peut d’ailleurs le croire sur parole lorsqu’il affirme être plus expert pour décrire les glissements qui amènent le moine progressivement jusque dans l’abîme de l’orgueil, que pour exposer les grâces qui le font monter jusqu’au sommet de l’humilité. Certaines de ses analyses très pénétrantes ne peuvent être que la transcription de ce qu’il a éprouvé dans son propre cœur.

Dans l’histoire du salut

Cet état présent de faiblesse n’est pas celui qui était à l’origine dans le dessein de Dieu ; il n’est pas originel, mais fait suite à la chute d’Adam. Bernard aime en détailler les funestes conséquences: l’homme est devenu menteur, misérable, impuissant, incapable de se sauver ou de sauver les autres. Il s’en lamente : « Hélas ! quel triste et douloureux changement. Celui qui était invité au ciel, seigneur de la terre, citoyen d’en haut, familier du Seigneur des armées, frère des esprits bienheureux, cohéritier des Puissances célestes, le voilà qui se retrouve soudain changé en un animal d’étable, ressemblant au bétail, nécessitent du foin, et enchaîné à une crèche ». Les suites de ce changement sont toujours présentes: « désormais, nous souffrons de la soif, de la faim, nous avons mal, nous sommes accables de maladies, et nous finissons par mourir ». Même si le libre arbitre lui demeure, l’homme n’est plus désormais qu’un roseau pliant sous le vent des tentations, incapable de discerner entre le bien et le mal ni d’obéir à une loi, quelle qu’elle soit. Le palais de son cœur est devenu insensible à la saveur des choses de Dieu et ignore la douceur du joug du Christ. Ses puissances affectives sont corrompues, la fine pointe de son esprit est affaiblie. Même les hommes bons tombent souvent, entraînés au péché, sept fois le jour.

Malgré ce tableau peu reluisant, si souvent confirmé par des faits tout aussi peu glorieux, Bernard invite inlassablement son lecteur à ne pas se laisser décourager ni écraser par cette faiblesse, à ne pas être sans cesse obnubilé par elle et à toute heure prêt a faire le récit des souffrances qu’elle lui inflige, […] disposé a tomber dans le désespoir, en proie a l’angoisse. Davantage même, cette faiblesse peut se changer en une chance extraordinaire de croissance spirituelle. Il va jusqu’à l’appeler bonne, utile, puisque seul celui qui se sait malade appelle le médecin ; c’est donc très salutairement qu’elle est faiblesse, puisque seul Dieu pourra en administrer le remède. L’amour peut ainsi se servir de la faiblesse en vue du salut, au moins pour l’instant. Il n’est donc pas nécessaire de la dissimuler : au contraire, il importe de la connaître et de la regarder paisiblement en face. Tout effort pour la cacher, à ses propres yeux ou aux yeux des autres, serait suspect, et ne pourrait que servir de voile habilement jeté sur la présomption d’une perfection qui ne correspondrait à aucune réalité. Aux yeux de Bernard, une telle présomption, prétendant ignorer la faiblesse, constituerait le premier degré d’une descente inexorable dans le relâchement et dans la chute.

De tout cela la raison est simple: dans la pédagogie de Dieu, c’est a partir de la faiblesse que l’on apprend à faire des progrès, à l’exemple de Jacob lors de son combat inégal avec l’ange, passage biblique important sur lequel nous aurons à revenir. Mais surtout à l’exemple du Christ dont l’existence terrestre devait précisément épouser toute la faiblesse humaine, afin d’y insérer la puissance de Dieu. La force pédagogique que Bernard attribue à la faiblesse trouve sa source dans la faiblesse humaine que le Christ est venu assumer lors de son Incarnation. Celle-ci se prolonge ici-bas dans la vie et la mort des croyants qui, par le baptême, ont été greffés sur le Christ pour reproduire successivement toutes les étapes de sa vie terrestre. Bernard met dans la bouche de l’Homme-Dieu ces paroles adressées à chacun de nous: [Tout cela s’est produit] pour que ma conception purifie la tienne, que ma vie instruise ta vie, que ma mort détruise ta mort, que ma résurrection devance ta résurrection, que mon ascension prépare ton ascension, enfin, pour que l’Esprit vienne au secours de ta faiblesse.

En se montrant faible comme nous, le Christ a voulu se rendre plus proche de nous, plus facile à aimer, puisque sa toute-puissance était provisoirement voilée et que l’éclat de sa majesté se trouvait accommodé a nos yeux infirmes, douce consolation pour les malades que nous sommes. Mais il y a davantage : le Christ a voulu être beaucoup plus qu’un simple exemple. Prenant sur lui nos infirmités, il les a pénétrées pour en faire lui-même l’expérience effective. Il a voulu les connaître d’expérience, précise Bernard, devenir capable de véritable compassion, ressentir dans son propre corps l’expérience de notre infirmité et de notre corruption, plus particulièrement lors de ses tentations qui le couvrirent littéralement de la honte de notre misère. Il est ainsi en toute vérité devenu celui qu’Isaïe prédit comme un homme de douleur et familier de la faiblesse.

Son expérience de la faiblesse ne s’achève pas là. Si le Christ est venu la traverser, c’est pour, selon le dessein de Dieu, en ressurgir plus fort que jamais. Cette infirmité – la notre!- lui fut à proprement parler utile, elle devait se transformer en infirmitas roborans, en une infirmité fortifiante. Car elle recelait en elle une force, appelée à déployer toute sa puissance à travers l’abaissement de la Passion et la gloire de la résurrection. C’est dans la Paque du Christ que la faiblesse a été mystérieusement transformée en gloire. C’est là qu’il s’est dépouillé de tout ce qu’il y avait de faible en lui, pour se ceindre de force, et pour fouler au pied la mort humaine que la faiblesse de sa chair lui avait fait contracter. Sa faiblesse extrême, clairement manifestée dans l’angoisse et le dégoût qui l’envahirent lors de son agonie, fut bien plus glorieuse que la bravoure avec laquelle il aurait pu l’affronter, à l’instar des héros de l’antiquité. C’est bien le lieu de sa faiblesse qui paradoxalement devint pour lui le lieu de sa gloire.

Un long itinéraire

Le parcours du chrétien ne sera pas différent. Pour lui aussi, l’expérience de la faiblesse deviendra un jour à la fois inéluctable et hautement salutaire. Y aurait-il d’ailleurs un chemin différent pour s’approcher de Dieu ? Bernard ne le croit pas. Un autre parcours, ou un autre circuit comme il l’appelle, serait extrêmement long et exigerait des labeurs et des sueurs sans fin.

Le premier endroit où Bernard confesse avoir éprouve sa faiblesse a été la monotonie toute banale de la vie claustrale de tous les jours, et la sécheresse qui en résulte d’ordinaire : Une langueur a envahi mon ame, mon esprit s’est fait obtus et j’éprouve une inertie inhabituelle. Je courais si bien. Et voilà qu’une pierre d’achoppement s’est trouvée sur ma route. Je m’y suis heurté et je me suis écroulé. […] Je ne goûte plus aucun psaume, lire ne me dit plus rien, plus aucune joie dans la prière […]. Ou donc s’en est allée cette ivresse de l’Esprit? Où sont […] la paix et la joie dans l’Esprit Saint? Me voilà paresseux au travail manuel, somnolent aux vigiles, rapide à m’enflammer de colère, tenace dans mes rancunes.

Voici donc Bernard réduit à sa plus simple expression face à Dieu.

Pour se concilier la grâce, une seule voie est sûre : s’abaisser, se faire tout petit, épouser sa faiblesse. Bernard devra l’apprendre progressivement. Car c’est là un secret, écrit-il, qui n’a été confié qu’à des amis. Bien sûr, le Seigneur est élevé, sublime, mais ce n’est pas sous cette forme-là qu’il nous est proposé. Sa grandeur est objet de louange, mais celle-ci ne peut être imitée […]. Si c’était la grandeur qui nous était proposée, que ne feraient les hommes pour monter jusque-là. Ils se bousculeraient, ils se piétineraient cruellement. Ils ramperaient sans pudeur par terre, ils joueraient des mains et des pieds pour se hisser en haut et pour marcher sur la tête des voisins. Mais ce n’est pas un tel combat que le Seigneur attend de nous. Tout est infiniment plus simple. Jésus nous demande d’apprendre une seule chose de lui : qu’il est doux et humble de cœur. Et saint Bernard de conclure son expose avec une de ces formules bien frappées qui se gravent a jamais dans la mémoire du lecteur : Humiliare et apprehendisti. Abaisse-toi donc, fais-toi tout petit, et tu l’as déjà attrapé!

Tout effort spirituel sera donc irrémédiablement imprégné par l’expérience d’une certaine dose de faiblesse, sans laquelle il serait non seulement irréaliste, mais encore étranger a l’esprit de l’évangile. Commentant dans son traite De lhumilité et de lorgueil l’échelle que saint Benoît a dressée dans sa Règle à l’usage de ses moines, Bernard commence par se sentir en proie au découragement: Je vois déjà le Seigneur, écrit-il, qui d’en haut se penche vers moi. J’exulte en entendant sa voix. Il m’a appelé, je veux lui répondre. Toi, Seigneur, tu tendras ta main à ta créature […], mais moi je suis un grimpeur lent, un voyageur paresseux, je cherche des détours […]. Priez pour moi, – il s’adresse maintenant à ses moines- vous qui partagez mes progrès, […] priez le Tout-puissant de fortifier mon pied paresseux.

Cette échelle de l’humilité lui rappelle celle qui apparut en songe à Jacob (Gn 28,12). Or Jacob, on s’en souvient, après avoir lutté toute une nuit contre un ange mystérieux, avait triomphé dans la lutte, mais non sans avoir été auparavant blessé à la hanche, ni sans en garder le handicap pour le restant de ses jours (Gn 32, 26-33). Aux yeux de l’abbé de Clairvaux, cette blessure à la hanche, qui nous rend infirmes devant Dieu, constitue plutôt une chance. Il est convaincu que notre progrès dans l’expérience de Dieu dépend, non pas de nos forces, mais plutôt de cette faiblesse loyalement confessée: Oh! puisse l’ange toucher et dessécher le nerf de ma hanche, afin que je me mette peut-être enfin à faire des progrès a partir de cette infirmité, moi qui ne peux que défaillir lorsque j’agis à partir de ma force. J’ai bien lu chez Paul:

Ce qui est infirme pour Dieu est plus fort que les hommes (1 Co 1,24). Et le même Apôtre s’est plaint du nerf de sa hanche que l’Ange de Satan avait frappé. Et il reçut comme réponse : Ma grâce te suffit (2 Co 12, 9). Et voici maintenant, toujours sous la plume de Bernard, la description pittoresque, mais spirituellement très dense, de sa montée le long de l’échelle, image suggestive d l’effort humain toujours défaillant dans son dialogue avec la grâce: En m’appuyant fortement sur le pied de la grâce, et en traînant doucement derrière moi mon pied malade, je monterai avec assurance l’échelle de l’humilité […] jusqu’a déboucher dans les larges espaces de l’amour. […] C’est ainsi […] qu’on monte cette raide échelle un pied après l’autre, et que, d’une façon étonnante, on débouche plus sûrement en boitant, bien que plus paresseusement. On débouche plus sûrement en boitant, c’est a dire en prenant en compte un pied infirme qui a sans cesse besoin d’être guéri par la grâce.

Si la tentation est le lieu ou chacun est douloureusement confronté avec sa faiblesse, celle-ci n’est pas assumée à l’aide de nos propres forces, mais par la seule miséricorde de Dieu, selon le dessein de son amour particulier pour chacun. Ainsi, la miséricorde parfois épargne l’épreuve à notre faiblesse, et ailleurs donne la force d’y résister; c’est elle encore qui, en de rares cas, la guérit entièrement, de sorte qu’aucune tentation ne peut plus la troubler. Laissée à elle-même, notre faiblesse n’est pas en état de vaincre la tentation. Dès que celle-ci l’effleure, il lui faut donc sans tarder invoquer le secours de l’Esprit avec des gémissements, des soupirs et des larmes. Même s’il n’existe aucune fatalité par laquelle nous devrions y succomber, l’âme ne peut lui résister qu’à condition de se mettre a crier au secours avec le psalmiste: Guéris-moi et je serai guéri. La tentation devient ainsi le lieu d’ou jaillit la prière. En la permettant, Dieu ne poursuit pas d’autre but que celui de nous acculer à nous tourner vers lui, afin que nous nous sentions chaque fois de nouveau secourus par lui. C’est ainsi que nous pourrons nous habituer progressivement à un Dieu bon et miséricordieux, et finir par l’aimer à cause de lui-même: Si l’épreuve se présente fréquemment, l’ame se tournera aussi fréquem­ment vers Dieu, et sera fréquemment libérée par lui. De la sorte, à plusieurs reprises amollie et, pour ainsi dire, attendrie au contact de la grâce de celui qui la libère, […] elle finira par aimer Dieu, non plus a cause d’elle-même, mais a cause de lui.

Il n’y a donc pas lieu de s’affoler à cause de sa faiblesse si souvent éprouvée. Au moine guetté par le découragement à chaque expérience cuisante de sa pauvreté et qui se découvre serviteur inutile, Bernard conseille de se réfugier de la justice dans la miséricorde.

Ailleurs, commentant la parabole des ouvriers de la onzième heure, il s’adresse en ces termes à ceux de la première heure: Accumulez donc les mérites tant que vous voudrez, mettez en avant vos sueurs, mais la miséricorde vaut bien davantage. […] Je le confesse: pour ma part, je n’ai pas supporté le poids du jour et de la chaleur, mais je supporte un joug bien plus doux et léger, grâce à la bienveillance du Père de famille. Mon travail n’a duré qu’une heure, et si d’aventure j’ai travaille davantage, je ne l’ai pas senti parce que je travaillais par amour.

La conclusion s’impose. Si nos mérites sont vraiment des mérites, ils sont le fruit de notre faiblesse soulevée par la miséricorde: Tout mon mérite sera la miséricorde du Christ, dira-t-il encore, ajoutant: Je ne suis pas privé de mérites aussi longtemps que lui n’est pas privé de miséricorde. Si les miséricordes du Seigneur sont nombreuses, mes mérites le sont tout autant. Même si je suis conscient d’avoir beaucoup péché, il reste que là où le péché a abondé, la grâce a surabondé. Ailleurs, il récidive en confessant à la fois son péché et la miséricorde de Dieu: J’ai commis un grand péché, gémit-il, ma conscience est troublée, mais pas jusqu’à perdre cœur, car […] ce qui me fait défaut par moi-même, je m’en empare, plein de confiance, à partir des entrailles du Seigneur qui débordent de miséricorde et qui peuvent la répandre à travers les ouvertures dont elles disposent. Ces ouvertures, pour Bernard, ce sont les plaies du Seigneur, qui sont comme des fentes à travers lesquelles il peut sucer le miel du rocher et l’huile de la pierre dure, c’est à dire goûter et voir combien le Seigneur est doux.

Plein de confiance malgré son péché, vient de dire Bernard : fidenter, plein de foi. Pour lui aussi, ce sont la foi et la confiance absolues dans la miséricorde qui sauvent l’homme. Sola fides, répétera-t-il même, créant ainsi la formule que Luther reprendra après lui – il est vrai, dans un contexte théologique différent – et il insiste encore: Même lorsque la sagesse nous fait défaut, que notre justice ne suffit plus et que tous nos mérites de sainteté ont succombé, c’est à dire lorsque la faiblesse semble s’être définitivement installée en nous. Car la miséricorde est la bonne odeur qui se dégage du Christ et, commentant un verset du Cantique des Cantiques (1, 3), Bernard ajoute: Entraînez-nous donc tous: nous courons à l’odeur de tes parfums. Les pauvres et les faibles de la Bible y accourent a sa suite, et de citer pêle-mêle: David, Nicodème, Marie-Madeleine, Pierre et le publicain. C’est bien à cause de ta douceur que nous courons après toi, Seigneur Jésus, sachant que tu ne méprises pas les pauvres, que tu n’as pas en horreur le pécheur. Tu n’as pas honni le larron qui se confessait, ni la pécheresse qui pleurait […], ni la femme surprise en adultère […], ni le publicain qui te priait, ni le disciple qui te renia […], ni ceux-la mêmes qui te mirent en croix. C’est à leur parfum que tous nous courons a ta suite.

La bonne façon de pécher

C’est là la situation paradoxale du pécheur; s’il n’y a pas d’autres mérites que la miséricorde du Seigneur, que l’on soit juste ou pécheur, la différence ne compte plus guère. En un certain sens même, les plus faibles et les plus pauvres se trouvent dans une situation privilégiée, car c’est en eux que Dieu renouvelle de préférence les merveilles de son amour. C’est dans cet esprit qu’il faut lire un passage surprenant ou l’abbé de Clairvaux détaille ce que l’on pourrait appeler un « Manuel du bon pécheur ». Nous le trouvons dans la deuxième homélie qu’il consacre au psaume 90. C’est que, selon saint Bernard, qui fut sûrement l’un des analystes les plus pénétrants de la psychologie du peche et du repentir, il existe deux façons de commettre le péché: l’une qu’il appelle mauvaise, et l’autre, à notre étonnement, qui serait la bonne façon, ou du moins une meilleure façon. Il signale d’abord deux façons qu’il qualifie de mauvaises. En tombant dans le péché, certains tombent au même moment dans la honte et dans une culpabilité morbide; ou bien, au contraire, d’autres tombent dans l’impudence et dans l’effronterie. Le premier cas est celui du scrupuleux qui s’accuse sans fin, mais en vain; le second, celui du pécheur public qui affiche et va jusqu’à défendre son péché.

La « bonne façon » de pécher, s’il est permis de parler ainsi à la suite de Bernard, est toute différente. L’abbé de Clairvaux l’explicite en commentant une qualité que le psaume 90 attribue a Dieu: Dieu y est dit le Susceptor de l’homme, c’est à dire celui qui l’accueille, même au moment du pèche. A ce titre de Dieu, Bernard relie le verset 24 du psaume 36: « Si le juste trébuche, il ne tombe pas », quia Dominus supponit manum suam; littéralement: « parce que le Seigneur entend sa main sous lui ». En trébuchant, il importe donc de viser les mains de Jésus, entendues en dessous de nous, pour nous remettre sans crainte a lui, même au moment de la chute: C’est lui le Susceptor, – celui qui nous accueille – de sorte que, même si nous tombons, nous ne sommes pas écrasés, car lui-même entend la main au-dessous de nous […]. Prenons soin que la main du Seigneur nous reçoive au moment de notre chute. Il faut bien que chacun de nous tombe de temps à autre […]. Mais il y en a qui, en tombant, se font écraser, et d’autres non, parce que le Seigneur a étendu la main au-dessous d’eux […], c’est pourquoi ils se relèvent plus forts […]. Ils tombent dans les mains du Seigneur et, pour eux, le péché lui-même coopère à leur sainteté. Car nous savons que pour ceux qui aiment Dieu, tout coopère a leur bien (Ro 8,28). Est-ce que cette chute-là ne coopère pas à leur bien, si elle les rend plus humbles et plus avertis? Et Bernard de conclure : c’est dans la tentation, au moment ou chacun éprouve sa faiblesse, que l’on peut en toute vérité s’adresser a Dieu comme à son Susceptor: Car il est tellement prêt à accueillir celui qui tombe […] qu’il donne l’impression d’avoir abandonné tous les autres pour ne s’occuper que de lui.

L’image et le commentaire qu’en fait Bernard semblent audacieux. Il n’en est cependant pas l’inventeur. Le titre de Susceptor appliqué à Dieu, il l’a trouvé sous la plume de saint Augustin qui l’utilise largement, en particulier dans son commentaire du psaume 90. Mais l’application du psaume 36, verset 24, au pécheur qui se laisse tomber dans les mains de Dieu ne se rencontre que dans deux passages de saint Jean Cassien dont l’œuvre était chaque soir écoutée par tous les moines au chapitre. Ils ont dû frapper saint Bernard qui s’en sert dans un contexte très voisin de celui de sa source. Dans le premier cas, Cassien parle aussi du moine qui tombe sans être écrasé par sa chute. Pourquoi? se demande-t-il. Parce que Dieu a étendu sa main au-dessous de lui. Et il commente: Cela veut dire clairement qu’aucun juste n’est capable par lui-même d’acquérir la justice, à moins que la divine miséricorde n’étende à chaque instant la main au-dessous de lui, pour l’appuyer lorsqu’il chancelle, afin que, gisant par terre, il ne périsse pas entièrement, lorsqu’il est jeté a terre à cause de la faiblesse de son libre arbitre. Dans le second passage, Cassien traite a nouveau du juste qui est tombe, mais dont la chute ne le trouble pas, car il ne cesse pas d’être saint après sa chute, s’il reconnaît qu’il ne peut pas être justifié en mettant sa confiance dans ses œuvres, et s’il croit ne pouvoir être libéré des nombreuses chaînes du péché que par la seule grâce du Seigneur, répétant sans cesse avec l’Apôtre: malheureux homme que je suis ! Qui me libérera de ce corps de mort?

Le secret de cette faiblesse qui tourne en force gît dans l’humilité qu’elle fait naître dans l’âme. Non pas l’humilité au sens plus tardif du mot, de la piètre opinion que l’on peut avoir de soi, mais l’humilité qui correspond a une situation matérielle ou spirituelle réellement humble et abaissée. Notre faiblesse nous l’apprend jour après jour.

Sous la plume de Bernard, l’humilité est d’ailleurs tout simplement synonyme d’infirmité. C’est ainsi qu’il commente le célèbre texte de Paul: « La puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9), c’est à dire dans l’humilité, ajoute-t-il. Davantage, celle-ci est elle-même la force qui rendra la faiblesse spirituellement efficace, parce qu’elle s’identifie à la puissance qui était à l’œuvre dans le Christ. Car en lui aussi, elle était une vertu appelée à devenir parfaite dans l’abaissement.

Tout comme le Christ, le moine ne pourra progresser qu’en faisant l’expérience de sa propre infirmité. Mais à elle seule, cette prise de conscience ne suffit pas. Tant de personnes ont dû traverser des humiliations sans devenir humbles pour autant, sans transformer l’humiliation en véritable humilité et pouvoir dire avec le psalmiste : « Il est bon pour moi que tu m’aies humilie » (Ps 118, 71). Autre citation biblique particulièrement appréciée par Bernard, et qu’il doit peut-être aussi à sa lecture de Jean Cassien qui la met explicitement en relation avec l’expérience de la faiblesse. Pour ce dernier, l’expérience que fait l’homme de se sentir abandonné par Dieu peut devenir pour lui une chance si elle lui permet de ressentir enfin sa faiblesse et de pouvoir se dire: « Il est bon que tu m’aies humilié ».

Bernard insiste même: c’est toujours avec joie, cum hilaritate, qu’il convient de répéter le même verset du psautier. Et aussi, de faire de sa faiblesse un motif de rendre grâces: Il faut rendre grâces des péchés. Voilà la faiblesse devenue un passage vers Dieu, une véritable Pâque, et le péché, une occasion d’action de grâces! Celle-ci rejoint l’allégresse de la nuit de Pâques où la liturgie latine ose chanter, par la bouche de saint Léon, la felix culpa, la « bienheureuse faute », et même le « peche absolument nécessaire d’Adam »!

Pour autant, la faiblesse, si elle n’enlève pas la liberté, comme nous l’avons vu, si elle peut parfois justifier une observance monastique moins rigoureuse, ne doit jamais devenir un prétexte pour céder effrontément aux tentations. Défendre impudemment son péché serait l’autre façon « non-chrétienne » de pécher, aussi funeste que celle de se laisser écraser par un sentiment excessif de culpabilité.

Bernard s’est senti obligé de le souligner, afin d’ôter toute ambiguïté dans l’esprit de ses lecteurs, en raison de ses louanges répétées au sujet de la faiblesse, d’autant plus que Pierre Abelard s’était alors fait le défenseur d’un péché de faiblesse, qu’il avait semblé justifier, au moins d’après ce que Bernard avait cru comprendre ou avait entendu dire, ce qu’en son temps il avait fermement dénoncé auprès de l’autorité ecclésiastique.

Rejoindre Dieu dans sa faiblesse

Oser regarder sa faiblesse en face, sans peur mais aussi sans témérité, n’est pas un réflexe spontané, même chez les saints. Dans le sermon 34 sur le Cantique, Bernard dresse une liste impressionnante de figures bibliques qui se sont méprises en un premier moment, en visant spontanément un degré trop élevé d’intimité avec Dieu, et que la pédagogie divine a doucement rabrouées, humiliées, réduites au tout premier degré par lequel, écrit-il, il aurait fallu commencer : Moise, Job, David, l’Epouse du Cantique, les deux fils de Zébédée, la Cananéenne, Marie-Madeleine; et même, et non pas le moindre, Simon-Pierre en personne. Rien de plus normal, commente l’abbé de Clairvaux : Car celui qui ambitionne des choses élevées doit d’abord ressentir sa faiblesse. […] Toi donc, s’il te semble qu’on t’humilie, prends-le comme un signe favorable, comme la preuve que la grâce approche.

Un tel abaissement, même pris en charge par Dieu, demeure cependant douloureux. C’est une curatio, un traitement médical, explique Bernard, et un traitement pénible. Comment faire pour survivre a l’événement en portant du fruit? Ne court-on pas des risques à se vouloir pauvre et petit? Comment s’abaisser sans péril pour soi, se demande-t-il. Une seule solution: Il faut que l’homme s’attache à ce Dieu qui l’abaisse, et qu’il ne cache pas l’humiliation à ses yeux, mais qu’il collabore avec Dieu qui est en train de l’abaisser, avec toute la tendresse de son amour de fils. Collaborer avec Dieu qui nous rend tout-petits dans la faiblesse, accepter amoureusement la douleur de l’abaissement parce qu’elle est causée par un père qui nous aime infiniment, voilà ce que le pécheur endurci ne sait pas encore faire; mais ce que ne sait pas faire non plus le juste endurci, si j’ose dire, qui voile sa faiblesse à ses propres yeux, et échappe au même moment à cet amour.

D’un cœur ainsi brisé par l’humiliation de sa faiblesse, Dieu se fait d’ailleurs particulièrement proche. Bernard le rappelle en ayant recours au premier verset du Livre de la Sagesse, qui lui est cher : Sentite de Domino in bonitate (Sg 1, 1). Si vous ressentez votre humiliation, ressentez aussi la bonté du Seigneur, comme vous pouvez le lire chez le Sage. Et il commente : Ecoute donc comment Dieu en personne adoucit l’amertume d’un cœur brisé, comment il rappelle de l’abîme du désespoir celui qui se décourage, comment il console par le miel d’une promesse douce et loyale celui qui est triste, comment il relève celui qui a perdu confiance.

Finalement, c’est à la fin de sa vie et sur le point de laisser inachevée son analyse des voies mystiques que constituent les dernières pages de son commentaire sur le Cantique des Cantiques, que Bernard explicitera, en des termes particulièrement audacieux, comment aucune faiblesse, aucune humiliation, aucun péché même, ne doivent jamais enlever à l’épouse l’espoir d’être un jour admise à l’intimité des épousailles divines. Il tient à l’affirmer une dernière fois solennellement, dans un texte ou il laisse libre cours a son lyrisme oratoire : l’union mystique est offerte à tous, même au plus faible et au plus misérable des pécheurs. Toute ame même chargée de péchés, empêtrée dans le vice, attrapée par les séductions, captive dans l’exil, emprisonnée dans un corps, collée à la boue, enfoncée dans la fange, prisonnière de ses membres, dévorée de soucis, distraite par les affaires, repliée sur ses angoisses, affligée de douleurs, égarée dans l’erreur, angoissée par les préoccupations, inquiète et soupçonneuse, et, en plus, étrangère en pays ennemi et qui, selon le prophète, pourrit déjà en compagnie des morts et se trouve renvoyée avec ceux qui sont en enfer, toute âme, dis-je, même damnée et en proie au désespoir, toute âme peut trouver en elle non seulement de quoi respirer dans l’espoir de pardon et de miséricorde, mais encore de quoi oser aspirer aux noces du Verbe, de quoi ne pas craindre de conclure avec Dieu un pacte de communion, et de porter avec le Roi des anges le joug suave de l’amour.

Texte éblouissant d’audace mystique, de confiance amoureuse et aveugle aussi, ou l’on serait tenté de se demander si la plume de Bernard, emportée par sa fougue, n’a pas quelque peu dérapé – lorsqu’il ouvre même les portes du shéol en faveur des « damnes »! – mais où l’abbé de Clairvaux rejoint, peut-être à son insu, l’intuition de plusieurs Pères de l’Eglise parmi les plus grands, qui se sont toujours refusés à mettre des limites à la miséricorde toute-puissante de Dieu.

André LOUF, ocso
In Collectanea Cistercensia 65 (2003) 5-20


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Questa voce è stata pubblicata il 12/03/2017 da in Article mensuel, Foi et Spiritualité, FRANÇAIS con tag , , .

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