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Exode (4) Où commence la vraie liberté

Les sages-femmes d’Égypte/4
Réflexion de Luigino Bruni sur le livre de l’Exode.

Où commence la vraie liberté

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Le ciel de Dieu et des hommes est toujours plus haut que les pyramides.

“Toute ma vie, je dois le confesser, j’ai été poussé par deux forces qui ont agi ensemble. D’abord la colère, l’impossibilité d’accueillir le monde tel qu’il est…  Et puis la lumière. Aujourd’hui je dirais la transparence. Je pourrais dire : la foi”. (Paolo Dall’Oglio, Colère et lumière)

Les empires se sont toujours servis du travail pour éteindre dans l’âme des travailleurs les rêves de liberté, de gratuité, de fête. Justement parce qu’il est le principal ami de l’homme, il est facile de manipuler le travail, de s’en servir contre les travailleurs, d’en faire un ‘allié’. Pouvoir travailler a toujours été pour beaucoup un chemin de libération, et ne pas pouvoir travailler reste une des principales entraves et violences de masse de notre temps. Mais à côté du travail qui libère et ennoblit, il a toujours existé et existe encore un travail dont se servent les pharaons comme instrument d’oppression des pauvres.

Le travail est à la base de notre constitution républicaine, mais il fondait aussi les camps de ‘travail’ nazis : pour comprendre et aimer le travail, il nous faut avoir à l’esprit ces deux ‘entrées’. Aujourd’hui, nous continuons à vivre en travaillant, et à nous éteindre par manque de travail ; mais l’excès de travail et le travail injuste continuent de faire mourir et d’humilier : les nouveaux pharaons qui font travailler tous les jours à longueur de journée, empêchent de penser, de prier et de faire la fête, comme au temps des briqueteries en Égypte.

Après l’écoute de la voix lui parlant du buisson ardent, Moïse descend de la montagne et fit aussitôt une mystérieuse rencontre. Comme l’Ange de Dieu lutta avec Jacob au gué de Yabboq alors qu’il revenait avec sa famille dans la terre de ses pères, Dieu affronte Moïse alors qu’il part en Égypte avec sa femme et son fils. Ce Dieu lui avait à peine révélé son nom (YHWH), et voilà qu’il l’affronte en combat : “Et ce fut en route, à la halte de la nuit, que Yahvé vint à sa rencontre et chercha à le faire mourir” (4, 24). Dieu qui confie au prophète une mission et puis le combat : voilà un thème qui traverse toute la Bible, jusqu’à ce Fils envoyé pour accomplir l’œuvre suprême et qui se retrouve sur le bois de la croix, abandonné d’Elohim (Mc 15, 34). La voix qui t’appelle à parcourir la route du salut, devient celui qui t’arrête et te combat au long du chemin qu’il t’a ouvert. La vocation et la foi-confiance sont données ; mais elles sont aussi lutte, combat aux frontières de la vie et de la mort, que ne peut connaître et aimer que celui qui a écouté ‘une voix’ et l’a vraiment suivie. À la différence de l’épisode du Yabboq que la Genèse décrit avec maints symboles et détails, ici le texte va outre le combat entre Moïse et Dieu pour ne décrire que ce que fait Çippora, son épouse. Pendant cette attaque, elle circoncit le fils, et au sang de ce fils est mystérieusement lié le salut de Moïse (4, 25-26). À l’exemple des sages-femmes d’Égypte, de la mère et de la sœur de Moïse, de la fille du pharaon… c’est encore par une femme que Moïse est sauvé, par la vocation spéciale des femmes à la vie, humbles médiatrices entre le divin et notre condition charnelle.

Moïse continue seul son chemin vers l’Égypte. Son peuple croit aussitôt aux paroles d’Aaron, la ‘bouche’ de Moïse (4, 27), et tous “s’agenouillèrent et se prosternèrent” (4, 30-31). Bien plus difficile et vain est au contraire le dialogue avec le pharaon : « Moïse et Aaron vinrent trouver Pharaon et lui dirent : “Ainsi parle Yahvé, le Dieu d’Israël : ‘Laisse partir mon peuple, qu’il célèbre pour moi une fête dans le désert’”. Pharaon répondit : “Qui est Yahvé pour que j’écoute sa voix et que je laisse partir Israël ? Je ne connais pas Yahvé et, quant à Israël, je ne le laisserai pas partir“. Le pharaon fait aussitôt appeler les surveillants des travaux des hébreux et durcit leurs conditions de travail : “Cessez de leur donner la paille pour mouler les briques ; qu’ils aillent eux-mêmes ramasser la paille qu’il leur faut. Mais imposez-leur la même quantité de briques qu’auparavant, sans rien en retrancher” (5, 7-8).

La réaction du pharaon à la demande de Moïse et Aaron nous offre une puissante description de ce que devient le travail sous les empires d’hier et d’aujourd’hui. La première réponse du pharaon concerne directement Dieu : “Qui est Yahvé ?“, comme pour dire : “Qui le connaît ?“. Toute oppression du peuple et des travailleurs commence par n’admettre aucun autre dieu que ‘pharaon’, par refuser d’admettre qu’il existe un ciel plus haut que leurs pyramides. Le pharaon d’Égypte était une divinité, seul médiateur entre dieu et les hommes. Reconnaître Yahvé et consentir à sa demande, aurait signifié pour le pharaon la mise en question de sa nature divine et la reconnaissance d’autres médiateurs (Moïse et Aaron). Les empereurs ne sont pas athées, ils sont idolâtres : ils ne nient pas Dieu mais font devenir dieu les personnes, les choses (argent, pouvoir), les idées, se façonnant des dieux à leur image, pour leur plus grand confort.

Dans cet épisode un passage est très parlant quant au travail. Au pharaon, dans ce premier entretien,  Moïse et Aaron n’ont pas demandé la libération définitive du peuple, mais seulement qu’il puisse “marcher trois jours dans le désert” (5, 3), pour offrir des sacrifices à leur Dieu, pour prier, pour célébrer une fête. Le pharaon refuse catégoriquement, parce que s’il les avait laissé sortir des camps de travail, ne serait-ce que pour un jour de fête, il aurait reconnu leur qualité de peuple et non plus d’esclaves.  On peut prier en tout lieu, et les prières qui s’élèvent au ciel des camps de prisonniers sont les plus belles et les plus vraies ; mais sortir des camps de travail pour aller prier et faire la fête ensemble n’est pas seulement prière : c’est un acte politique qui, parfois, a amorcé la chute des plus grands empires.  Si le pharaon avait permis au peuple de célébrer dans le désert, il aurait reconnu non seulement une autre religion, mais un droit à la fête, à la gratuité et au non-travail, un droit qu’a seulement l’homme libre et non l’esclave (en souvenir de l’esclavage en Égypte, la Loi d’Israël étendra le Sabbat à tous les vivants). En s’opposant à la demande de YHWH, le pharaon n’a fait que répéter que les fils d’Israël ne sont que des esclaves aux travaux forcés. La manière simple pour les empereurs de nous dire que nous ne sommes que des travailleurs forcés est de nous refuser du temps pour le non-travail, pour le culte, la gratuité, la fête. C’est en priant, en chantant, en faisant fête ensemble, que les peuples ont commencé à se libérer. Les fêtes font plus peur aux empereurs que les protestations des manifestants, parce que la force infinie de la gratuité les anime. Quand ils flairent ‘l’air de la fête’, ils durcissent les travaux forcés.

Chaque fois qu’un entrepreneur fait signer à une femme qu’il embauche une feuille de démission ‘volontaire’ en cas de maternité, ou quand notre capitalisme nie le repos dominical et le temps nécessaire à la fête, nous revenons à la logique des anciens pharaons et des empires. Quand l’entreprise nous demande de travailler à toute heure, tous les jours, pour atteindre les objectifs, ou quand elle nous impose ses fêtes internes en niant les autres, elle se met à ressembler fort aux briqueteries d’Égypte,  et nous fait ressembler aux anciens esclaves, même si nous avons librement signé un contrat et que nous sommes bien payés.

Dans tous les empires on meurt par manque de travail, mais aussi à cause de l’excès ou de l’iniquité du travail, car la personne qui travaille s’éteint quand elle ne fait que travailler. Le travail sans le non-travail est un travail d’esclave. C’est la liberté de mettre une limite au travail qui provoque le saut anthropologique entre nous et le monde des choses, entre Marc et l’ingénieur Lefranc, un saut essentiel à la dignité des choses qu’on produit, et nécessaire pour sauver la dimension spirituelle de notre vie et de celle des autres. Ne l’oublions pas en ce temps où le travail est gravement en crise.  Aujourd’hui nous ne réapprendrons à travailler et à créer du travail que si nous sommes capables de demander aux pharaons actuels du temps pour la gratuité et pour la fête, paroles qui les rebutent parce que subversives et inutiles à la fabrication de leurs briques.

La liberté de culte, la gratuité et la fête sont les premières formes de sursaut anthropologique et de dignité éthique de toute civilisation, parce qu’elles disent aux pharaons et à leurs héritiers actuels : “Vous n’êtes des dieux ni pour moi, ni pour nous, ni pour personne, ni même pour vous-mêmes. Vos fêtes à des fins de profit ne nous satisfont pas, nous voulons d’autres autels où célébrer notre liberté et nos libérations“.

Ces trois jours de marche vers un autel différent auraient été les premiers pas vers la terre promise, la fin de l’esclavage. Le pharaon ne voulut ni ne put les concéder. Mais un jour ils arriveront.

Les jours de marche libre pour célébrer la fête ensemble continuent d’advenir au cours de l’histoire, malgré les empereurs, parce que les très hautes pyramides ne parviennent pas à satisfaire notre désir de ciel, qui s’élève toujours plus haut.

Paru dans Avvenire le 31/08/2014


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