COMBONIANUM – Formazione Permanente

UNO SGUARDO MISSIONARIO SUL MONDO E LA CHIESA Missionari Comboniani – Formazione Permanente – Comboni Missionaries – Ongoing Formation

Maurice Zundel: L’ESPRIT DE PAIX

L’ESPRIT DE PAIX
Maurice Zundel

« Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent, l’adorent en esprit et en vérité ». Cette parole fonde pour jamais la Religion de l’Esprit : le Royaume de Dieu est au dedans de nous.

Toute la grandeur de l’homme tient dans cet appel. Il est esprit puisqu’il est capable d’adorer en esprit Celui qui n’est qu’Esprit.

Il est esprit, c’est-à-dire qu’il peut s’affranchir de toute limite temporelle et spatiale. Non pas toutefois en méprisant la durée mobile et l’étendue divisible où son être physique est engagé, mais en faisant, du déploiement quantitatif et temporel, l’expression, le symbole et comme le sacrement de l’Esprit.

Tout le mystère de l’Art est là : extase de la matière dans l’ivresse de l’au-delà qui aimante son flux, en laissant sur ses ondulations, planer l’esprit.

Un tableau, n’est pas un paquet de couleurs, mais une vision intérieure, un regard illuminé. Et nous ne donnons pas la main à nos amis pour prendre leur température, mais pour leur communiquer, autant que nous en sommes capables, le mystère de notre être en échange du mystère du leur. Ce n’est pas leur coeur de chair que nous voulons atteindre – ce ne serait qu’un muscle sanglant entre nos mains – mais ce coeur spirituel qui est le foyer immatériel de l’Amour.

Il en est toujours ainsi, l’homme ne se contente pas d’empoigner la matière avec ses mains ; il veut aussi la saisir d’une étreinte sentimentale avec son coeur. La matière l’affole et le possède, si elle ne l’épure et le sanctifie. La vie n’est si difficile et si dangereuse, – et si belle aussi et si sacrée – qu’à cause de ce Mystère qui est l’attrait de tout.

« L’Homme ne vit pas seulement de pain ». Le pain est nécessaire pour soutenir l’organisme, pour tendre les cordes de la lyre – mais la vie commence avec le chant.

Aussi bien le droit de propriété dont la pensée chrétienne établit la légitimité n’est-il que celui qui sent la liberté de l’esprit. Il s’agit d’être assez à l’abri des exigences et des limites corporelles pour être capable de vivre humainement.

Et parce que le christianisme reconnaît la dignité personnelle de tout être humain – de l’enfant même encore dans le sein de sa mère – il veut étendre à tous les hommes le droit de propriété et sa réalisation effective. Il faut que tout homme puisse vivre humainement, avec assez de sécurité pour échapper au cri de ses entrailles, et assez de loisir pour réaliser qu’il est esprit.

Quand la propriété ne sent plus l’esprit, quand elle rend inhumaine la vie d’un grand nombre, elle cesse d’être un droit – et peut devenir un crime. Alors il faut réviser les valeurs et opérer une nouvelle répartition.

Qu’on m’entende bien, il ne s’agit pas de rendre ceux qui possèdent esclaves de leurs esclaves, pour recommencer les mêmes excès sous un autre nom ; l’injustice changerait simplement de côté et l’humanité continuerait d’être inhumaine.

Il s’agit uniquement de nous désolidariser avec autant de force d’un capitalisme matérialiste, rapace et jouisseur, que d’un communisme matérialiste, absurde et tyrannique. Le Christianisme est l’ennemi de l’un et de l’autre parce qu’il est la Religion de l’Esprit : toute noblesse et toute humanité, toute liberté et toute sainteté.

On s’abuse d’une étrange façon quand on pense que le christianisme souffre qu’on parle de charité, quand on n’a pas même commencé de vouloir la justice. La charité, ce n’est pas de laisser tomber les miettes de sa table pour les chiens et pour les pauvres, – c’est de s’agenouiller devant le Fils de Dieu qui Se donne à nous dans l’âme des plus petits, et de traiter nos frères comme Il mérite d’être reçu.

Il importe donc d’exprimer aussi clairement que possible notre pensée : tant qu’il se trouve sur la Terre un seul homme incapable de vivre humainement, c’est-à-dire privé malgré tous ses efforts du bien-être nécessaire à son esprit – sans que d’ailleurs cet homme se soit mis lui-même au ban de la société – il y a là une injustice que nous avons tous le devoir de réparer.

La première de toutes les valeurs, c’est la vie, et le premier de tous les droits, c’est de vivre. Un homme qui vit humainement, en se conformant sans cesse aux exigences de l’esprit, honore assez l’humanité pour mériter d’autrui sa subsistance matérielle, s’il est incapable d’y pourvoir lui-même.

Vie d’abord. Et non point l’argent !

L’homme « considéré » jusqu’ici, c’est l’homme qui concentre en ses mains un certain nombre d’intérêts évaluables à prix d’argent : l’homme qui est « arrivé » et qui vous aidera à « parvenir » – c’est-à-dire à rendre les autres esclaves, puisque la richesse est sans pouvoir, à moins que quelqu’un n’exécute ses volontés. Mais cette exécution même suppose que l’instrument dont on se sert trouve lui-même, chez un autre, un besoin à satisfaire, qui le livre entre ses mains. Et ainsi indéfiniment.

Mais cela ne peut durer éternellement. Le nombre des hommes est limité et la somme de leurs besoins matériels l’est également. Ceux qu’on suscite artificiellement trouvent un appui dans les besoins naturels. On ne peut d’ailleurs les éveiller en tous, qu’en en rendant la satisfaction impossible.

Impossible à tous « d’arriver » par cette voie, impossible à tous d’être riches au sens bassement matériel où on l’entend aujourd’hui. Ce n’est même possible au petit nombre qu’en ruinant les autres et soi-même.

Nous en sommes là aujourd’hui. Il faut revenir au critère de la vie.

La production matérielle doit se régler sur les besoins naturels du corps, j’entends sur les besoins qu’approuve l’esprit : ceux dont la satisfaction rend le corps parfaitement souple à son empreinte. La surproduction entraîne le chômage, la guerre, l’injustice, et la misère.

Beaucoup d’activités doivent être rendues à l’art, à la science, à la prière, à la vie de l’esprit, car de ce côté les besoins sont inépuisables et les possibilités infinies.

Non plus l’argent, avec son étalage d’oripeaux et son cortège de luxure, mais l’esprit, avec sa noblesse intérieure et sa liberté divine.

L’industrie doit s’humaniser ! La première valeur d’une entreprise, c’est l’homme. Le travail de l’homme, le bonheur de l’homme. La Révolution qui monte n’est que le sursaut affolé d’une humanité dont on a foulé aux pieds la dignité spirituelle : ruines sur des ruines.

La cité doit se spiritualiser ! Les Etats modernes sont, la plupart, des conglomérats d’intérêts privés, des faisceaux d’égoïsmes solidaires, et leurs parlements trop souvent des assemblées de marchands soucieux avant tout de leurs propres affaires.

Combien se doutent que la politique est une science et une vertu, et que le premier devoir de l’homme d’Etat est d’établir et d’affermir le primat de l’esprit. Que restera-t-il à l’homme, traité comme une machine à l’usine, et refoulé dans son élan spirituel par la rue, sinon d’écouter en lui les appels de la bête ?

Le patriotisme doit s’universaliser ! La patrie est un devoir et non pas une divinité. Elle doit reproduire dans le domaine social le règne de l’esprit, qui constitue la véritable personnalité des individus. La patrie n’est sacrée qu’à ce titre. Elle n’est plus qu’une caverne de voleurs, quand elle se retourne contre l’esprit.

Les patries sont contingentes. Elles méritent d’être dans la mesure où elles procurent la perfection de la vie humaine. Elles ne sont éternelles qu’autant qu’elles servent l’Eternel.

Là aussi, il faut réviser les valeurs et les titres de propriété. Il n’y a pas de traité qui tienne pour ou contre une nation qui s’oblige ou est obligée à une vie inhumaine.

Toutes les patries sont soumises à l’Esprit ! C’est là leur gloire et leur suprême garantie, leur indépendance et leur commun patrimoine. Qu’elles rivalisent sans cesse pour Le posséder mieux et Le faire rayonner davantage : l’Esprit ne s’épuise point. Toutes les patries sont soumises à l’Esprit : c’est Lui qui doit être leur arbitre – la Justice, le Droit, non dans des textes, mais dans une Présence aimée devant qui tout genou fléchit.

La guerre – au moins d’un côté, sinon des deux – est un crime ! La force ne peut déterminer le droit. Elle risque surtout de le compromettre et de le souiller. Les Chrétiens doivent constituer un front unique pour la Paix – et contre la guerre. On ne peut pas dire sincèrement : « Notre Père » et reconnaître le Christ en tout homme, et admettre le massacre de millions d’êtres jeunes et sains, comme un moyen normal de régler les litiges contingents.

Comment ne pas sentir qu’il y va de l’honneur de Dieu, et que la Croix est le grand Anathème de l’Amour à la violence et à la haine ? Il faut désarmer, mais dans une volonté sincère de soumission à l’Esprit.

Nous avons tous péché ! Chaque faute morale, même la plus secrète, est un acte de guerre. C’est donc devant Dieu que tous, individus et peuples, doivent s’humilier – et c’est seulement devant Lui qu’ils le peuvent. On ne peut s’abaisser devant ses égaux.

Tout deviendrait possible dans une atmosphère d’humilité. Il faut que tous cèdent à l’Esprit. Autrement l’Europe peut passer la main à l’Asie et signer la fin de la Chrétienté.

Il ne faut pas chercher ailleurs les raisons de notre désarroi et les garanties de la Paix. Nous avons péché contre l’Esprit, nous ne serons sauvés qu’en revenant à l’Esprit.

Cela n’ira pas sans sacrifices ! Si nous n’y consentons, ils nous seront arrachés dans une vague de sang.

Mais pourquoi n’y consentirions-nous pas ? Tous les hommes se rendent compte, au moins confusément, que la vie est un mystère, et qu’elle est toute frémissante d’un au-delà que les mains ne peuvent saisir, et qui en fait tout le prix. S’honorant tous de le reconnaître ou de l’exprimer dans l’Art, pourquoi refuseraient-ils de le reconnaître et de l’exprimer dans leur vie ?

L’Evangile ne nous demande pas autre chose que d’être et de vivre selon les exigences et la dignité de l’esprit. Il faut redire au monde ce message d’Amour, et lui montrer la douceur du Visage de Fête du Christ-Jésus.

C’est nous qui sommes les plus coupables – ou les plus malheureux – puisque nous n’avons pas su faire régner l’Amour.

Mais il est toujours temps de nous soumettre à son empire, pour qu’Il rayonne dans nos vies, et qu’Il apparaisse comme le Sauveur de tous. Il faut que tous consentent à un appauvrissement matériel, c’est-à-dire en vérité, à un certain affranchissement de la matière, pour garder les richesses de l’Esprit.

La Politique de l’Evangile est la seule politique réaliste : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et Sa Justice, et le reste vous sera donné par surcroît ».

Car la réalité humaine est esprit d’abord !

Maurice Zundel
Bulletin Catholique International, n° 75 (Novembre 1932)
Reproduit dans Le Courrier de Genève, lundi 7 novembre 1932


 

Annunci

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione / Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione / Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione / Modifica )

Google+ photo

Stai commentando usando il tuo account Google+. Chiudi sessione / Modifica )

Connessione a %s...

Informazione

Questa voce è stata pubblicata il 04/06/2017 da in Foi et Spiritualité, FRANÇAIS con tag , .

San Daniele Comboni (1831-1881)

Inserisci il tuo indirizzo email per seguire questo blog e ricevere notifiche di nuovi messaggi via e-mail.

Segui assieme ad altri 1.336 follower

Follow COMBONIANUM – Formazione Permanente on WordPress.com
giugno: 2017
L M M G V S D
« Mag    
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

  • 127,537 visite

Disclaimer

Questo blog non rappresenta una testata giornalistica. Immagini, foto e testi sono spesso scaricati da Internet, pertanto chi si ritenesse leso nel diritto d'autore potrà contattare il curatore del blog, che provvederà all'immediata rimozione del materiale oggetto di controversia. Grazie.

Tag

Aborto Advent Advento Africa Alegria Ambiente America Amor Amore Amoris laetitia Anthony Bloom Arabia Saudita Arte Arte cristiana Arte sacra Asia Bibi Ateismo Avent Avvento Bellezza Benedetto XVI Bibbia Bible Biblia Boko Haram Book of Genesis Bruno Forte Capitalismo Cardinal Newman Carême Chiamate in attesa Chiesa China Chrétiens persécutés Church Cibo Cina Cinema Confessione Contemplazione Cristianesimo Cristiani perseguitati Cristianos perseguidos Cristãos perseguidos Cuaresma Cuba Cultura Curia romana Daesh Dialogo Dialogo Interreligioso Dialogue Dio Diritti umani Domenica del Tempo ordinario (A) Domenica del Tempo Ordinario (C) Domenica Tempo ordinario (C) Donna Ecologia Economia Ecumenismo Enciclica Enzo Bianchi Epifania Estados Unidos Eucaristia Europa Evangelizzazione Fame Famiglia Famille Family Família Fede Fondamentalismo France Gabrielle Bossis Genesi Gianfranco Ravasi Giovani Giovedì Santo Giubileo Gregory of Narek Guerra Guglielmo di Saint-Thierry Gênesis Henri Nouwen Iglesia India Iraq ISIS Islam Jacob José Tolentino Mendonça Kenya La bisaccia del mendicante La Cuaresma con Maurice Zundel La Madonna nell’arte La preghiera giorno dopo giorno Laudato si' Le Carême avec Maurice Zundel Lectio Lectio della Domenica - A Lectio Divina Lent LENT with Gregory of Narek Le prediche di Spoleto Libia Libro del Génesis Libro della Genesi Litany of Loreto Litany of Mary Livre de la Genèse Livro do Gênesis Madonna Magnificat Maria Martin Lutero martiri Matrimonio Maurice Zundel Medio Oriente Migranti Misericordia Mission Missione Morte México Natale Navidad Nigeria Noël October Oración Oração Pace Padre Cantalamessa Padre nostro Padri del Deserto Paix Pakistan Papa Francesco Papa Francisco Pape François Paraguay Paul VI Paz Pedofilia Perdono Persecuted Christians Persecution of Christians Persecuzione anti-cristiani Persecuzione dei cristiani Pittura Pobres Pobreza Politica Pope Francis Poveri Povertà Prayers Preghiera Profughi Quaresima Quaresima con i Padri del Deserto Quaresma Quaresma com Henri Nouwen Radcliffe Raniero Cantalamessa Rifugiati Rosary Sacramento della Misericordia Santità Scienza Sconfinamenti della Missione Settimana del Tempo Ordinario Silvano Fausti Simone Weil Sinodo Siria Solidarietà Spiritualità Stati Uniti Sud Sudan Synod Terrorismo Terrorismo islamico Testimoni Testimonianza Thomas Merton Tolentino Mendonça Turchia Uganda Vatican Vaticano Venerdì Santo Viaggio apostolico Violenza Virgin Mary Von Balthasar
%d blogger hanno fatto clic su Mi Piace per questo: