COMBONIANUM – Formazione Permanente

UNO SGUARDO MISSIONARIO SUL MONDO E LA CHIESA Missionari Comboniani – Formazione Permanente – Comboni Missionaries – Ongoing Formation

FP.fr 7/2017 Du coeur au coeur (1)

Formation Permanente – Français 7/2017
Word FP.fr 2017-7 Zundel – Du coeur au coeur
pdf     FP.fr 2017-7 Zundel – Du coeur au coeur

Du coeur au coeur
Maurice Zundel

Si l’injustice semble triompher souvent dans le domaine matériel, si l’ordre établi consacre tant d’iniquités, si l’intérêt d’un petit nombre, avec la complicité, hélas ! de tous nos égoïsmes secrets, rend presque impossible l’instauration d’une économie vraiment humaine, il y a pourtant une justice qui se réalise ici-bas, dans le témoignage que le coeur rend aux valeurs véritables.

Nous sommes très souvent dupes du succès, éblouis par les galons, flattés par les titres, subjugués par l’argent. Nous nous grisons de paroles, nous quêtons les compliments, nous nous empressons auprès des gens arrivés pour qu’ils nous fassent la courte échelle.

Mais tout cela demeure extérieur à nous. Notre âme en sent le vide dès qu’elle se souvient d’elle-même. Ce qu’elle ne fait jamais aussi bien qu’en rencontrant dans un être un élan de véritable bonté. Quel mystérieux baptême sont ces larmes que nous refoulons à peine, quand un visage d’amour traverse notre regard, en nous révélant le monde que nous croyions peut-être aboli, et auquel nous sentons maintenant que nous appartenons par toutes les fibres de notre être : le monde de l’esprit et de la qualité, du silence et de la clarté.

Nous étions là comme d’autres jours, engagés dans les mêmes gestes, esclaves des mêmes attitudes, et cette lumière a passé, faisant surgir au-delà de cet automatisme opaque, au-delà des routines vulgaires, une Présence encore voilée, mais aussitôt reconnue en l’émoi qu’elle suscitait en nous. C’était comme un lever d’aube dans la nef d’une cathédrale, quand les vitraux sortent de la nuit, en laissant voir, dans la matière diaphane, tout un peuple divin qui chante le Cantique du Soleil.

Cette expérience, tous ceux qui l’ont vécue le savent, est indépendante de toute condition de race, de culture, de milieu, d’âge ou de sexe.

Tout être est capable de nous faire ce don merveilleux qui nous découvre l’humanité vraie. Et ceux qui nous l’ont fait sont à jamais nos bienfaiteurs, quand bien même nous ne les aurions aperçus qu’une seule fois sur la route, car la seule chose qui compte vraiment en nous, c’est ce fonds lumineux dont chacune de ces rencontres a augmenté la richesse.

D’autres peuvent avoir apparemment plus de titres à notre reconnaissance, qui sauraient bien nous les rappeler au besoin. C’est pourtant ainsi que le véritable discernement s’accomplit.

Notre estime et notre enthousiasme vont spontanément à ceux dont la bonté toute gratuite nous a appris ce que c’est qu’être homme. Les autres admirations sont de commande ou de surface, celle que nous leur vouons coule de source et ne tarit point. Ils constituent pour nous la grande révélation : celle qui s’atteste comme lumière de vie en la transparence d’un être où le divin Visage resplendit.

Comment ne dirais-je pas ici tout ce qu’un prêtre reçoit des âmes qui viennent auprès de lui chercher la Parole d’un Autre, et qui voit tous ces mots qu’il prononce devenir vivants de leur vie.

Aucun contact ne nous apprend mieux combien sont inexistantes les barrières de classes, et superficielles les barrières de peuples ; aucune rencontre ne fait saisir plus vivement l’universalité de l’Église : comment ne pas voir les enfants d’un même Père en tous ces visages tendus vers la même Lumière ?

Une humanité spirituelle existe déjà, en vérité, et, dans l’écroulement de toutes les hiérarchies humaines, l’Esprit de Dieu ne cesse de susciter l’aristocratie silencieuse des âmes, qui attestent que pour être, il faut se donner. C’est par là que les iniquités sociales, sans cesser d’être crimes, sont mystérieusement annulées : par l’action rayonnante de la vie intérieure, qu’il est aussi impossible de contrefaire qu’il est impossible de l’arrêter.

Les hommes célèbres deviennent le plus souvent personnages de l’histoire, les saints, pour toujours, appartiennent au présent. C’est ainsi que se manifeste dès ici-bas la vraie justice qui est l’ordre de l’amour. Ce que l’on fait n’importe pas, mais ce que l’on est : la qualité d’être ne pouvant d’ailleurs se maintenir en dehors d’une certaine qualité d’action où sa valeur s’exprime.

Qu’y aurait-il de changé dans le monde si je venais à disparaître, disent les découragés, ma vie n’est utile à personne ? Mais alors, pourquoi Dieu vous la donne-t-Il aujourd’hui, dans les circonstances où vous êtes, Lui qui les connaît mieux que vous, si vous n’êtes nécessaire à l’équilibre de l’univers, si chacun des battements de votre coeur n’est indispensable à l’accomplissement de sa vocation divine.

Si vous ne pouvez plus rien faire, si vous êtes infirme et seul, si l’on vous a remplacé par une machine comme on le ferait d’un outil, vous demeurez toujours capable de l’action qu’une âme vivante peut seule accomplir, et sans laquelle toute notre civilisation matérielle n’est qu’une immense barbarie : aimer.

A quoi sert que les hommes puissent communiquer d’un pôle à l’autre en l’espace d’un éclair, s’ils n’ont plus rien d’essentiel à se dire, s’ils sont également vides de l’unique nécessaire ?

Et quel avantage à ce qu’ils disposent tous de la même technique s’il n’en doit résulter qu’une concurrence plus meurtrière et une misère plus générale ?

Il n’y a que l’esprit de pauvreté qui use bien de la richesse, il n’y a que le désintéressement de l’amour qui rend clairvoyant.

Pourvus d’instruments merveilleux qui pourraient être l’expression d’une communion universelle, nous les avons employés à construire la cage où nous sommes inexorablement enfermés, pour avoir voulu sauver l’argent plutôt que l’homme. En fait, rien n’est plus tragiquement certain, nous avons renié l’homme. En mettant une énergie farouche à sauvegarder les appuis matériels de la vie, nous sommes devenus indifférents à sa vie. Et des millions de jeunes gens demain – (Ceci était écrit avant le mois d’octobre 1935 !) – périront peut-être, pour assurer ce Pain dont ils ont pu manquer déjà, et qu’ils ne mangeront plus.

Nous avons renié l’homme, nous n’avons pas pris au sérieux les richesses de son esprit et de son coeur, qui sont les seules valeurs proprement humaines. Mais Dieu, Lui, ne renie jamais ceux auxquels Son amour ne cesse de donner l’être, et Il a promulgué ce commandement unique qui vise au plus haut de nous-mêmes, et qui situe au-dedans toute notre noblesse et toute notre grandeur :

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme, et de tout ton esprit, et tu aimeras ton prochain comme toi- même. »

N’est-ce pas là toute la religion : Dieu est Amour, il faut L’aimer et le faire aimer, en aimant ? Quand l’Église, au XVIIIe siècle, voulut répondre aux arguments des Encyclopédistes qui prétendaient mesurer au compas de leur logique les mystères de l’éternel Amour, elle promulgua le culte du Sacré-Coeur, comme pour ramasser en ce symbole ineffable, tout ce que l’on peut savoir de Dieu : Dieu est un cœur – Dieu est tout cœur – Dieu n’est qu’un cœur°

Il était impossible de donner de l’Évangile une traduction plus émouvante, et de résumer plus simplement tout à la fois ce que nous devons croire de Dieu et ce que nous devons faire pour nous approcher de Lui. Le seul péché, au fond, n’est-ce pas de ne pas l’aimer, et ne sommes-nous pas virtuellement livrés à tous les désordres dès que nous ne sommes plus sous la garde de Sa présence ?

Nous sommes généralement beaucoup plus honteux des transgressions qui éclatent au dehors ou qui s’inscrivent dans la chair. Et pourtant, ce ne sont là que les conséquences et les symptômes de cette faute qui est le principe de toutes les autres : le refus d’amour qui nous sépare de Dieu. C’est ce défaut de transparence au centre qui produit le trouble à la périphérie. Aussi bien le premier mouvement d’une âme qui prend conscience de ses défaillances doit-il être un élan d’amour vers le Père qui l’attend, et dont la présence est son Pardon. (Il est lui-même le pardon des péchés.)

Le péché n’est pas une dette inscrite dans un livre. C’est nous-mêmes en état de refus. La lumière nous envahira aussitôt que nous nous ouvrirons.

Nous ne pourrons sans doute jamais aimer autant que nous sommes aimés. Nous pouvons, du moins, aimer chaque jour davantage, en nous efforçant d’être toujours plus sincèrement tout coeur pour Dieu et tout coeur pour nos frères. « Là où il n’y a pas d’amour, mettez l’amour, et vous extrairez l’amour », dit saint Jean de la Croix. Il n’y a pas de maxime plus chrétienne, il n’y a pas de programme plus beau.

L’humanité peut encore être sauvée, et elle le sera, dans la mesure où nous estimerons la vie plus que l’argent, et le coeur plus que l’action, et Dieu plus que tout. La route sera longue, mais nous pouvons commencer, en essayant de vivre à plein l’instant présent, pour rendre plus fécond celui qui suivra, le regard fixé sur la Lumière qui nous conduit :

Lead kindly light amid the encircling gloom,

chantait Newman, sûr de son amour mais incertain de ses voies :

Conduis-moi, ô très douce Lumière,

Dans les ombres qui m’environnent,

Conduis-moi,

La nuit est sombre et je suis loin de mon foyer,

Conduis-moi,

Je ne demande pas à voir les horizons lointains,

Un seul pas à la fois, c’est assez pour moi,

Conduis-moi,

ô très douce Lumière.

Maurice Zundel, L’Évangile Intérieur,  ch. XV, Éd. Saint-Augustin


 

Annunci

Rispondi

Inserisci i tuoi dati qui sotto o clicca su un'icona per effettuare l'accesso:

Logo WordPress.com

Stai commentando usando il tuo account WordPress.com. Chiudi sessione / Modifica )

Foto Twitter

Stai commentando usando il tuo account Twitter. Chiudi sessione / Modifica )

Foto di Facebook

Stai commentando usando il tuo account Facebook. Chiudi sessione / Modifica )

Google+ photo

Stai commentando usando il tuo account Google+. Chiudi sessione / Modifica )

Connessione a %s...

Informazione

Questa voce è stata pubblicata il 22/06/2017 da in Article mensuel, Foi et Spiritualité, FRANÇAIS con tag , .

San Daniele Comboni (1831-1881)

Inserisci il tuo indirizzo email per seguire questo blog e ricevere notifiche di nuovi messaggi via e-mail.

Segui assieme ad altri 1.373 follower

Follow COMBONIANUM – Formazione Permanente on WordPress.com
giugno: 2017
L M M G V S D
« Mag   Lug »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
2627282930  

  • 151,581 visite

Disclaimer

Questo blog non rappresenta una testata giornalistica. Immagini, foto e testi sono spesso scaricati da Internet, pertanto chi si ritenesse leso nel diritto d'autore potrà contattare il curatore del blog, che provvederà all'immediata rimozione del materiale oggetto di controversia. Grazie.

Tag

Aborto Advent Advento Adviento Africa Afrique Alegria Ambiente America Amor Amore Amoris laetitia Anthony Bloom Arabia Saudita Arte Arte cristiana Arte sacra Asia Bibi Ateismo Avent Avvento Bellezza Benedetto XVI Bibbia Bible Biblia Boko Haram Book of Genesis Bruno Forte Cardinal Newman Carême Chiamate in attesa Chiesa China Chrétiens persécutés Church Cibo Cina Cinema Colombia Confessione Contemplazione Cristianesimo Cristiani perseguitati Cristianos perseguidos Cuaresma Cuba Cultura Curia romana Daesh Dialogo Dialogo Interreligioso Dialogue Dio Diritti umani Domenica del Tempo ordinario (A) Domenica del Tempo Ordinario (C) Domenica Tempo ordinario (C) Donna Ecologia Economia Ecumenismo Enciclica Enzo Bianchi Epifania Estados Unidos Eucaristia Europa Evangelizzazione Fame Famiglia Famille Family Família Fede Fondamentalismo France Gabrielle Bossis Genesi Gianfranco Ravasi Giovani Giovedì Santo Giubileo Gregory of Narek Guerra Guglielmo di Saint-Thierry Gênesis Henri Nouwen Iglesia India Iraq ISIS Islam Italia Jacob José Tolentino Mendonça Kenya La bisaccia del mendicante La Cuaresma con Maurice Zundel La Madonna nell’arte La preghiera giorno dopo giorno Laudato si' Le Carême avec Maurice Zundel Lectio Lectio della Domenica - A Lectio Divina Lent LENT with Gregory of Narek Le prediche di Spoleto Libia Libro del Génesis Libro dell'esodo Libro della Genesi Litany of Loreto Litany of Mary Livre de la Genèse Livro do Gênesis Madonna Magnificat Maria Martin Lutero martiri Matrimonio Maurice Zundel Medio Oriente Messico Migranti Misericordia Mission Missione Morte México Natale Nigeria Noël October Oração Pace Padre nostro Padri del Deserto Paix Pakistan Papa Francesco Papa Francisco Pape François Paraguay Paul VI Paz Pedofilia Perdono Persecuted Christians Persecution of Christians Persecuzione anti-cristiani Persecuzione dei cristiani Pittura Pobres Pobreza Politica Pope Francis Poveri Povertà Prayers Preghiera Profughi Quaresima Quaresima con i Padri del Deserto Quaresma Quaresma com Henri Nouwen Raniero Cantalamessa Rifugiati Rosary Sacramento della Misericordia Santità Scienza Sconfinamenti della Missione Settimana del Tempo Ordinario Silvano Fausti Simone Weil Sinodo Siria Solidarietà Spiritualità Stati Uniti Sud Sudan Synod Terrorismo Terrorismo islamico Testimoni Testimonianza Thomas Merton Tolentino Mendonça Turchia Uganda Vatican Vaticano Venerdì Santo Viaggio apostolico Violenza Virgin Mary Von Balthasar

Categorie

%d blogger hanno fatto clic su Mi Piace per questo: