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FP.fr 1/2018 – Pierre, la communauté et la mémoire de la vocation

Pierre, la communauté et la mémoire de la vocation
FP Français 1/2018
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Pietro 4

Pierre et la communauté abattue, Pierre et la communauté bénéficiaire de miséricorde, Pierre et la communauté transfigurée: 
FRANÇOIS AUX
 PRÊTRES ET AUX CONSACRÉS DU CHILI
Santiago du Chili, Mardi 16 janvier 2018

Chers frères et sœurs, bon soir!
Je me réjouis de pouvoir partager cette rencontre avec vous. J’ai apprécié la façon dont le Cardinal Ezzati progressait en vous présentant : ici il y a, ici il y a… les consacrées, les consacrés, les prêtres, les diacres permanents, les séminaristes, ils sont ici… Me vient à la mémoire le jour de notre ordination ou de notre consécration quand, après la présentation, nous disions : « Me voici Seigneur pour faire ta volonté ». Au cours de cette rencontre, nous voulons dire au Seigneur : « nous voici » pour renouveler notre oui. Nous voulons renouveler ensemble la réponse à l’appel qui un jour a secoué notre cœur.

Et pour ce faire, je crois que cela peut nous aider de partir du passage de l’Évangile que nous avons écouté et de partager trois moments connus par Pierre et par la première communauté : Pierre/la communauté abattue, Pierre/la communauté bénéficiaire de miséricorde et Pierre / la communauté transfigurée. Je fais jouer ce binôme Pierre-communauté parce que l’expérience des apôtres relève toujours de ce double aspect, l’un personnel et l’autre communautaire. Ils vont de pair et nous ne pouvons pas les séparer. Nous sommes certes appelés personnellement, mais toujours à faire partie d’un groupe plus grand. Le selfie vocationnel n’existe pas, il n’existe pas. La vocation exige que la photo te soit prise par un autre ; on n’y peut rien ! Les choses sont ainsi.

1. Pierre abattu, la communauté abattue

J’apprécie toujours le style des Évangiles qui ne décore pas ni n’embellit pas les évènements, et ne les dépeint pas plus beaux. Il nous présente la vie comme elle vient et non comme il faudrait qu’elle soit. L’Évangile ne craint pas de nous présenter les moments difficiles, et même conflictuels que les disciples ont traversés.

Recomposons la scène. Ils avaient tué Jésus ; certaines femmes disaient qu’il était vivant (Lc 24, 22-24). Même si elles ont vu Jésus Ressuscité, l’évènement est si fort que les disciples auront besoin de temps pour comprendre ce qui s’est passé. Luc dit : “leur joie était telle qu’ils ne pouvaient pas croire”. Il leur faudra du temps pour comprendre ce qu’il leur est arrivé. Compréhension qui leur viendra à la Pentecôte, avec l’envoi de l’Esprit Saint. L’apparition du Ressuscité prendra du temps pour trouver une place dans le cœur des siens.

Les disciples retournent à leurs lieux d’origine. Ils vont faire ce qu’ils savent faire : pêcher. Non pas tous, seuls quelques-uns. Divisés ? Dispersés ? Nous ne le savons pas. Ce que nous disent les Écritures, c’est qu’ils n’ont rien pêché. Les filets sont vides.

Cependant il y avait un autre vide qui pesait inconsciemment sur eux : le désarroi et le trouble à cause de la mort de leur Maître. Il n’est plus, il a été crucifié. Cependant ce n’était pas seulement lui qui a été crucifié, mais eux aussi, parce que la mort de Jésus a mis en évidence un tourbillon de conflits dans le cœur de ses amis. Pierre l’a renié, Judas l’a trahi, les autres ont fui et se sont cachés. Seule une poignée de femmes et le disciple bien-aimé sont restés. Les autres s’en sont allés. En l’espace de quelques jours, tout s’est effondré. Ce sont les heures de désarroi et de trouble dans la vie du disciple. Dans les moments « où la poussière des persécutions, des épreuves, des doutes, etc. est soulevée par les évènements culturels et historiques, il n’est pas facile trouver le chemin à suivre. Il existe diverses tentations propres à ces moment-là : agiter des idées, ne pas prêter l’attention adéquate au problème, faire trop de cas des persécuteurs… Et il me semble que la pire de toutes les tentations, c’est de rester là à ruminer le chagrin » (Jorge M. Bergoglio, Las cartas de la tribulación, 9, Ed. Diego de Torres, Buenos Aires 1987.). Oui, rester là à ruminer le chagrin. Et c’est ce qui est arrivé aux disciples.

Comme nous le disait le Cardinal Ezzati, « la vie sacerdotale et la vie consacrée au Chili ont traversé et traversent des heures difficiles de turbulences et des difficultés non négligeables. Parallèlement à la fidélité de l’immense majorité, l’ivraie du mal s’est développée avec son cortège de scandale et d’abandon ».

Moment de turbulences. Je connais la douleur qu’ont signifiée les cas d’abus commis sur des mineurs et je suis de près ce que l’on fait pour surmonter ce grave et douloureux mal. Douleur pour le mal et la souffrance des victimes et de leurs familles, qui ont vu trahie la confiance qu’elles avaient placée dans les ministres de l’Église. Douleur pour la souffrance des communautés ecclésiales, et douleur pour vous, frères, qui, en plus de l’épuisement dû à votre dévouement, avez vécu la souffrance qu’engendrent la suspicion et la remise en cause, ayant pu provoquer chez quelques-uns ou plusieurs le doute, la peur et le manque de confiance. Je sais que parfois vous avez essuyé des insultes dans le métro ou en marchant dans la rue, qu’être « habillé en prêtre » dans beaucoup d’endroits se « paie cher ». C’est pourquoi je vous invite à ce que nous demandions à Dieu de nous donner la lucidité d’appeler la réalité par son nom, le courage de demander pardon et la capacité d’apprendre à écouter ce que le Seigneur est en train de nous dire, et ne pas ruminer le chagrin.

J’aimerais ajouter en outre un autre aspect important. Nos sociétés sont en train de changer. Le Chili d’aujourd’hui est bien différent de celui que j’ai connu dans ma jeunesse, quand je me formais. Sont en train de naître de nouvelles et différentes formes culturelles qui ne cadrent pas avec les repères connus. Et il faut reconnaître que, souvent, nous ne savons pas comment nous insérer dans ces nouvelles circonstances. Souvent, nous rêvons des « oignons d’Égypte » et nous oublions que la terre promise est devant, pas derrière. Que la promesse date d’hier mais est faite pour l’avenir. Et nous pouvons donc céder à la tentation de nous enfermer et de nous isoler pour défendre nos approches qui finissent par devenir rien de plus que de bons monologues. Nous pouvons être tentés de penser que tout va mal, et au lieu d’annoncer une « bonne nouvelle », la seule chose que nous annonçons, c’est l’apathie et la désillusion. Ainsi nous fermons les yeux face aux défis pastoraux en croyant que l’Esprit n’aurait rien à dire. Ainsi nous oublions que l’Évangile est un chemin de conversion, non seulement pour « les autres », mais pour nous aussi.

Que cela nous plaise ou pas, nous sommes invités à affronter la réalité telle qu’elle se présente à nous. La réalité personnelle, communautaire et sociale. Les filets –affirment les disciples- sont vides, et nous pouvons comprendre les sentiments que cela génère. Ils reviennent à la maison sans grandes aventures à raconter ; ils reviennent à la maison les mains vides ; ils reviennent à la maison, abattus.

Que reste-t-il de ces disciples forts, enthousiastes, qui se donnaient des airs, qui se sentaient choisis et qui avaient tout quitté pour suivre Jésus ? (cf. Mc 1, 16-20) ; que reste-t-il de ces disciples sûrs d’eux-mêmes prêts à aller en prison et qui iraient jusqu’à donner leur vie pour leur Maître (cf. Lc 22, 33), et qui pour le défendre voulaient faire descendre du feu sur la terre (cf. Lc 9, 54) ; pour lequel ils dégaineraient l’épée et combattraient ? (cf. Lc 22, 49-51), que reste-t-il du Pierre qui apostrophait son Maître sur la manière dont celui-ci devrait gérer sa vie et sur son programme de rédemption ? Le chagrin (cf. Mc 8, 31-33).

2. Pierre bénéficiaire de miséricorde, la communauté bénéficiaire de miséricorde

C’est l’heure de vérité dans la vie de la première communauté. C’est l’heure où Pierre a été confronté à une partie de lui-même. À la partie de sa vérité que tant de fois il n’a pas voulu voir. Il a fait l’expérience de ses limites, de sa fragilité, de son être de pécheur. Pierre, l’homme de tempérament, le chef impulsif et sauveur, avec une bonne dose d’autosuffisance et un excès de confiance en lui-même ainsi qu’en ses capacités, a dû accepter sa faiblesse et son péché. Il était aussi pécheur que les autres, il était aussi démuni que les autres, il était aussi fragile que les autres. Pierre a déçu celui qu’il avait promis de protéger. Heure cruciale dans la vie de Pierre.

Comme disciples, comme Église, la même chose peut nous arriver : il existe des moments où nous ne nous retrouvons pas devant nos exploits, mais devant notre faiblesse. Heures cruciales dans la vie des disciples, pourtant c’est en ces heures que naît l’apôtre. Laissons-nous guider par le texte.

« Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : “Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment plus que ceux-ci ?” » (Jn 21, 15).

Après le repas, Jésus invite Pierre à faire un tour et l’unique parole est une interrogation, une interrogation d’amour : M’aimes-tu ? Jésus ne s’oriente pas vers la réprimande ni vers la condamnation. La seule chose qu’il veut faire, c’est de sauver Pierre. Il veut le sauver du danger de rester enfermé dans son péché, de rester là à ‘‘ruminer’’ le chagrin, fruit de ses limites ; le sauver du risque de laisser s’effondrer, à cause de ses limites, tout ce qu’il avait vécu de bien avec Jésus. Jésus veut le sauver de l’enfermement et de l’isolement. Il veut le sauver de cette attitude destructrice qui consiste à se faire passer pour une victime, ou au contraire, à tomber dans un « toujours le même » et qui, au bout du compte, finit par édulcorer n’importe quel engagement avec le relativisme le plus nocif. Il veut le libérer du fait de considérer celui qui s’oppose à lui comme un ennemi, ou de ne pas accepter avec sérénité les contradictions ou les critiques. Il veut le libérer de la tristesse et spécialement de la mauvaise humeur. Avec cette question, Jésus invite Pierre à écouter son cœur et à apprendre à discerner. Car « ce n’est pas le propre de Dieu de défendre la vérité au détriment de la charité, ni la charité aux dépens de la vérité, ou l’équilibre au détriment des deux, il faut discerner. Jésus veut éviter que Pierre ne devienne un vrai destructeur, ou un menteur charitable ou une personne perplexe paralysée » (cf. Ibid.), comme cela peut nous arriver dans ces situations.

Jésus a interrogé Pierre sur son amour et il a insisté auprès de lui jusqu’à ce qu’il puisse lui donner une réponse réaliste : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime » (Jn 21, 17). C’est ainsi que Jésus l’a confirmé dans sa mission. C’est ainsi qu’il devient définitivement son apôtre.

Qu’est-ce qui consolide Pierre comme apôtre ? Qu’est-ce qui nous maintient apôtres ? Une seule chose : « nous avons été traités avec miséricorde », « nous avons été traités avec miséricorde » (1 Tm 1, 12-16). « Au cœur de nos péchés, de nos limites, de nos misères ; au milieu de nos nombreuses chutes, Jésus Christ nous a vus, il s’est approché, il nous a donné sa main et nous a traités avec miséricorde. Chacun d’entre nous pourrait en faire mémoire, en repensant à toutes les fois où le Seigneur l’a vu, l’a regardé, s’est approché et l’a traité avec miséricorde » (Message Vidéo au CELAM à l’occasion du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde sur le Continent américain, 27 août 2016). Je vous invite à le faire. Nous ne sommes pas ici parce que nous serions meilleurs que les autres. Nous ne sommes pas des superhéros qui, de leur hauteur, descendent pour rencontrer des « mortels ». Mais plutôt, nous sommes envoyés avec la conscience d’être des hommes et des femmes pardonnés. Et c’est la source de notre joie. Nous sommes consacrés, pasteurs à la manière de Jésus blessé, mort et ressuscité. Le consacré – et quand je dis consacrés je veux dire tous ceux qui sont ici – est celui qui trouve dans ses blessures les signes de la Résurrection. Il est celui qui peut voir dans les blessures du monde la force de la Résurrection. Il est celui qui, à la manière de Jésus, ne va pas à la rencontre de ses frères avec le reproche et la condamnation.

Jésus Christ ne se présente pas aux siens sans ses blessures ; précisément c’est grâce à ses blessures que Thomas peut confesser sa foi. Une Église avec des blessures est capable de comprendre les blessures du monde d’aujourd’hui, et de les faire siennes, de les porter en elle-même, d’y prêter attention et de chercher à les guérir. Une Église avec des blessures ne se met pas au centre, ne se croit pas parfaite, mais elle place au centre le seul qui peut guérir les blessures et qui a pour nom : Jésus Christ.

La conscience d’être nous-mêmes blessés nous libère ; oui, elle nous libère du risque de devenir autoréférentiels, de nous croire supérieurs. Elle nous libère de cette tendance « prométhéenne de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un style catholique justement propre au passé » (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.94).

En Jésus, nos blessures sont ressuscitées. Elles nous rendent solidaires ; elles nous aident à détruire les murs qui nous enferment dans une attitude élitiste pour nous encourager à construire des ponts et aller à la rencontre de tant de personnes assoiffées du même amour miséricordieux que seul Christ peut nous offrir. Que de fois « rêvons-nous de plans apostoliques, expansionnistes, méticuleux et bien dessinés, typiques des généraux défaits ! Ainsi nous renions notre histoire d’Église, qui est glorieuse en tant qu’elle est histoire de sacrifices, d’espérance, de lutte quotidienne, de vie dépensée dans le service, de constance dans le travail pénible, parce que tout travail est accompli à la sueur de notre front » (Ibid., n.96). Je vois avec une certaine préoccupation qu’il existe des communautés qui vivent, mues plus par le découragement de ne plus être à l’affiche, par le souci d’occuper les espaces, de paraître et de se montrer, que par celui de se retrousser les manches et de sortir afin de toucher la réalité difficile de notre peuple fidèle.

Qu’elle est lourde d’interrogation, la réflexion de ce saint chilien qui faisait remarquer : « Elles seront, en effet, fausses méthodes toutes celles qui seraient imposées en raison de l’uniformité ; toutes celles qui prétendent nous conduire à Dieu en nous faisant perdre de vue nos frères ; toutes celles qui nous font fermer les yeux sur l’univers, au lieu de nous apprendre à les ouvrir pour tout élever vers le Créateur de tout être ; toutes celles qui rendent égoïstes et nous conduisent à nous replier sur nous-mêmes » (San Alberto Hurtado, Discurso a jóvenes de la Acción Católica, 1943).

Le peuple de Dieu n’attend pas de nous ni nous demande que nous soyons des superhéros, il veut des pasteurs, des hommes et des femmes consacrés, qui aient de la compassion, qui sachent tendre la main, qui sachent s’arrêter devant la personne à terre et, comme Jésus, qui aident à sortir de cette obsession de « ruminer » le chagrin qui empoisonne l’âme.

3. Pierre transfiguré, la communauté transfigurée

Jésus invite Pierre à discerner et, ainsi, commencent à prendre force de nombreux évènements de la vie de Pierre, comme le geste prophétique du lavement des pieds. Pierre, lui qui a résisté avant de se laisser laver les pieds, commence à comprendre que la véritable grandeur passe par le fait de se faire petit et serviteur (« Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous » [Mc. 9,35]).

Quelle pédagogie de la part de notre Seigneur ! Du geste prophétique de Jésus à l’Église prophétique qui, lavée de son péché, n’a pas peur de sortir pour servir une humanité blessée.

Pierre a connu dans sa chair la blessure non seulement du péché, mais aussi de ses propres limites et faiblesses. Pourtant il a découvert en Jésus que ses blessures peuvent être un chemin de Résurrection. Connaître Pierre abattu pour connaître Pierre transfiguré est l’invitation à passer d’une Église de personnes abattues en proie au chagrin à une Église servante des nombreuses personnes abattues qui se trouvent à nos côtés. Une Église capable de se mettre au service de son Seigneur en celui qui a faim, en celui qui est prisonnier, en celui qui a soif, en celui qui est expulsé, en celui qui est nu, en celui qui est malade… (Mt 25, 35). Un service qui ne s’identifie pas à de l’assistanat ou à du paternalisme, mais à une conversion du cœur. Le problème n’est pas seulement de donner à manger au pauvre, ou de vêtir celui qui est nu, ou d’être aux côtés de celui qui est malade, mais de considérer que le pauvre, la personne nue, le malade, le prisonnier, la personne expulsée sont dignes de s’asseoir à nos tables, de se sentir « à la maison » parmi nous, de se sentir en famille. C’est le signe que le Royaume des Cieux est parmi nous. C’est le signe d’une Église qui a été blessée par son péché, a obtenu miséricorde da la part de son Seigneur, et qui est devenue prophétique par vocation.

Redevenir prophétique, c’est renouveler notre engagement à ne pas vouloir un monde idéal, une communauté idéale, un disciple idéal pour vivre ou pour évangéliser, mais c’est créer les conditions afin que chaque personne abattue puisse rencontrer Jésus. On n’aime pas les situations ni les communautés idéales, on aime les personnes.

La reconnaissance sincère, douloureuse et priante de nos limites, loin de nous éloigner de notre Seigneur, nous permet de revenir vers Jésus en sachant qu’il « peut toujours, avec sa nouveauté, renouveler notre vie et notre communauté, et même si la proposition chrétienne traverse des époques d’obscurité et de faiblesses ecclésiales, elle ne vieillit jamais… Chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent des voies nouvelles, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui » (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n.11). Que cela nous fait du bien à nous tous de laisser Jésus renouveler nos cœurs !

Quand je commençais cette rencontre, je vous disais que nous venions pour renouveler notre oui, avec enthousiasme, avec passion. Nous voulons renouveler notre oui, mais un oui réaliste, parce qu’il est soutenu par le regard de Jésus. Je vous invite à faire dans votre cœur, quand vous serez rentrés chez vous, une espèce de testament spirituel, à la manière du Cardinal Raul Silva Henriquez. Cette belle prière qui commence en disant :

« L’Église que j’aime est la Sainte Église de chaque jour… la tienne, la mienne, la Sainte Église de chaque jour…

Jésus Christ, l’Évangile, le pain, l’Eucharistie, le Corps du Christ humble chaque jour. Avec des visages de pauvres et des visages d’hommes et de femmes qui chantaient, qui luttaient, qui souffraient. La Sainte Église de chaque jour ».

Je te demande : Comment est l’Église que tu aimes ? Aimes-tu cette Église blessée qui trouve la vie dans les plaies de Jésus ?

Merci pour cette rencontre. Merci pour l’opportunité de renouveler avec vous le « Oui ». Que Notre-Dame du Carmel vous couvre de son manteau.

Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

miles-de-religiosos

Cherchez le Seigneur dans la mémoire:
PAPE FRANÇOIS AU PÉROU 
RENCONTRE AVEC LES PRÊTRES ET LES CONSACRÉS
T
rujillo, Samedi 20 janvier 2018

Chers frères et sœurs,
Bonsoir!

[Fort applaudissement]. Comme normalement on applaudit à la fin, cela veut dire que j’ai déjà terminé, donc je m’en vais. [Ils crient : Non !]

Je remercie pour les paroles que Monseigneur José Eguren Anselmi, archevêque de Piura, m’a adressées au nom de tous ceux qui sont présents ici.

Vous rencontrer, vous connaître, vous écouter et exprimer l’amour pour le Seigneur et pour la mission qu’il nous a donnée est important. Je sais que vous avez fait un grand effort pour être ici. Merci !

C’est le Collège Séminaire, l’un des premiers créés en Amérique Latine pour la formation de nombreuses générations d’évangélisateurs, qui nous reçoit. Me retrouver ici et avec vous, c’est sentir que nous sommes dans l’un de ces ‘‘berceaux’’ de nombreux missionnaires. Et je n’oublie que cette terre a vu mourir, en mission – pas assis à son bureau -, saint Toribio de Mogrovejo, patron des évêques latino-américains. Et tout cela nous porte à regarder nos racines, ce qui nous soutient tout au long du temps, ce qui nous soutient tout au long de l’histoire pour grandir et donner des fruits. Les racines ! Sans racines, il n’y a pas de fleurs, il n’y a pas de fruits. Un poète disait que ‘‘tout ce qu’a l’arbre de fleuri lui vient de ce qu’il a sous terre’’, les racines. Nos vocations auront toujours cette double dimension : des racines dans la terre et le cœur dans le ciel. Ne l’oubliez pas ! Quand l’un manque, quelque chose commence à aller mal et notre vie peu à peu dépérit (cf. Lc 13, 6-9), comme un arbre sans racines, elle dépérit. Et je vous dis que cela fait de la peine de voir un évêque, un prêtre, une religieuse, ‘‘desséché’’. Et je suis très peiné quand je vois des séminaristes desséchés. C’est très sérieux ! L’Église est bonne, l’Église est mère et si vous voyez que vous ne pouvez pas [aller plus loin], parlez à temps, avant qu’il ne soit trop tard, avant qu’on ne se rende compte que vous n’avez plus de racines et que vous êtes en train de dépérir ; dans ce cas, il est encore temps pour sauver, car Jésus est venu pour cela, pour sauver, et s’il nous a appelés, c’est pour sauver.

J’aime souligner que notre foi, notre vocation fait mémoire ; c’est une dimension deutéronomique de la vie. Elles font mémoire, car elles savent reconnaître que ni la vie, ni la foi, ni l’Église n’ont commencé par la naissance de qui que ce soit parmi nous : la mémoire regarde le passé pour trouver la sève qui a irrigué durant des siècles le cœur des disciples, et ainsi elle reconnaît le passage de Dieu dans la vie de son peuple. Mémoire de la promesse qu’il a faite à nos pères et qui, lorsqu’elle continue d’être vivante parmi nous, est cause de notre joie et nous fait chanter : « Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous, nous étions en grande fête » (Ps 125, 3).

Je voudrais échanger avec vous sur quelques vertus, ou quelques idées, si vous voulez, de ce fait de garder mémoire. Quand je dis ‘‘je voudrais qu’un évêque, qu’un prêtre, une religieuse, un séminariste garde mémoire’’, qu’est-ce que je veux dire ? Et c’est de cela que j’entends vous entretenir.

1. Une dimension, c’est la joie consciente d’elle-même.

Il ne faut pas manquer d’avoir conscience de soi-même, non ! Il faut savoir ce qui se passe, mais avoir une joyeuse conscience de soi.

L’évangile que nous avons écouté (cf. Jn 1, 35-42), nous le lisons de coutume en utilisant la grille de la vocation et ainsi nous nous concentrons sur la rencontre des disciples avec Jésus. Mais je voudrais, d’abord, regarder Jean-Baptiste. Il était accompagné de deux de ses disciples et en voyant Jésus passer, il leur dit : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 36) ; en entendant cela, que s’est-il passé ? Ils ont quitté Jean et ils sont partis avec l’autre (cf. v. 37). C’est surprenant ; ils avaient fréquenté Jean, ils savaient qu’il était un homme bon, mieux, le plus grand parmi ceux qui sont nés d’une femme, comme Jésus le qualifie (cf. Mt 11, 11), mais il n’était pas celui qui devait venir. Jean aussi attendait un autre plus grand que lui-même. Jean savait clairement qu’il n’était pas le Messie mais que simplement il l’annonçait. Jean était l’homme qui faisait mémoire de la promesse et de sa propre personne. Il était une personne célèbre, il avait de la renommée, tous venaient se faire baptiser par lui, on l’écoutait avec respect. Les gens croyaient qu’il était le Messie, mais il gardait mémoire de sa propre histoire et ne se laissait pas tromper par l’encens de la vanité.

Jean exprime la conscience du disciple qui sait qu’il n’est pas, ni ne sera jamais le Messie, mais qu’il est uniquement appelé à indiquer le passage du Seigneur dans la vie de son peuple. Pour ma part, je suis impressionné par la manière dont Dieu permet que cela aille jusqu’aux dernières conséquences : il meurt décapité dans un cachot ; aussi simple que cela ! Nous, consacrés, nous ne sommes pas appelés à supplanter le Seigneur, ni par nos œuvres, ni par nos missions, ni par nos innombrables activités. Quand je dis consacrés, je vous y inclus tous : évêques, prêtres, consacrés et consacrées, religieux et religieuses et séminaristes. Il nous est simplement demandé de travailler avec le Seigneur, coude-à-coude, mais sans jamais oublier que nous n’occupons pas sa place. Et cela ne nous fait pas ‘‘nous ramollir’’ dans la mission d’évangélisation ; au contraire, cela nous galvanise et exige de nous de travailler en nous souvenant que nous sommes des disciples de l’unique Maître. Le disciple sait qu’il passe et passera toujours après le Maître. Et c’est la source de notre joie, la joyeuse conscience de soi-même.

Il nous faut bien savoir que nous ne sommes pas le Messie ! Cela nous évite de nous croire trop importants, trop occupés (c’est courant d’entendre dans certaines régions : ‘‘non, ne va pas à cette paroisse, parce que le Père est toujours très occupé’’). Jean-Baptiste savait que sa mission était d’indiquer le chemin, d’initier des processus, d’ouvrir des espaces, d’annoncer qu’un Autre était porteur de l’Esprit de Dieu. Faire mémoire nous délivre de la tentation des messianismes, de me prendre moi pour le Messie.

Cette tentation se combat de plusieurs manières, mais aussi par le rire. On disait d’un religieux que j’aimais beaucoup – il était jésuite, un jésuite hollandais, mort l’année passée – qu’il avait un tel sens de l’humour qu’il était capable de rire de tout ce qui arrivait, de lui-même, voire de sa propre ombre. Une joyeuse conscience. Apprendre à rire de soi-même nous donne la capacité spirituelle de nous mettre devant le Seigneur avec nos propres limites, nos erreurs et nos péchés, mais aussi avec nos succès, et avec la joie de savoir qu’il est à nos côtés. Un beau test spirituel, c’est de nous demander notre capacité de rire de nous-mêmes. Il est facile de rire des autres, n’est-ce pas ? se critiquer soi-même, rire, mais de nous-mêmes, ce n’est pas facile. Le rire nous sauve du néo-pélagianisme « autoréférentiel et prométhéen de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres » (Exhort. Ap. Evangelii gaudium, n. 94). Ris ! Riez en communauté, et non pas de la communauté ou des autres. Gardons-nous de ces gens si mais si importants que, dans la vie, ils ont oublié de sourire ! ‘‘Oui, mon Père, mais vous n’avez pas un remède, quelque chose pour…’’. Regarde, j’ai deux ‘‘comprimés’’ qui sont très efficaces : le premier, parle avec Jésus, avec la Vierge, la prière, prie et demande la grâce de la joie, de la joie dans la situation réelle ; le second comprimé, tu peux en prendre plusieurs fois par jour si tu en as besoin, autrement une seule fois suffit, regarde-toi dans le miroir, regarde-toi dans le miroir : ‘‘Et celui-là, c’est moi ?, celle-là, c’est moi ? Ha ha ha…’’ Et cela te fait rire. Et ce n’est pas du narcissisme, au contraire, c’est le contraire ; le miroir sert ici comme remède.

En premier lieu, il y avait donc la joie, la joyeuse conscience de soi-même.

2. La deuxième chose, c’est l’heure de l’appel, porter gravée en nous l’heure de l’appel.

Jean l’Évangéliste recueille dans Évangile même l’heure de ce moment qui a changé sa vie. Oui, quand le Seigneur fait grandir chez une personne la conscience de ce qu’est un appel…, elle se rappelle quand tout a commencé : « Il était quatre heures de l’après-midi » (v. 39). La rencontre avec Jésus change la vie, marque un avant et un après. Il faut se rappeler cette heure, ce jour clef pour chacun d’entre nous, où nous nous sommes vraiment rendus compte que ‘‘ce que je sentais’’, ce n’était pas une envie ou une attraction mais que le Seigneur attendait quelque chose de plus. Et là, on peut se rappeler : ce jour-là, je m’en suis rendu compte. La mémoire de cette heure où nous avons été touchés par sa mémoire.

Chaque fois que nous oublions cette heure, nous oublions nos origines, nos racines ; et en perdant ces repères fondamentaux, nous laissons de côté la chose la plus précieuse qu’un consacré puisse posséder : le regard du Seigneur : ‘‘Non, mon Père, moi, je regarde le Seigneur dans le tabernacle’’ -. C’est bien, c’est bien mais assois-toi un moment et laisse-le te regarder et rappelle-toi les fois où il t’a regardé et te regarde. Laisse-le te regarder. C’est la chose la plus précieuse que possède un consacré : le regard du Seigneur. Peut-être n’es-tu pas content de cet endroit où le Seigneur t’a rencontré ; peut-être cela ne répond-il pas à une situation idéale ou que tu ‘‘aurais aimé mieux’’. Mais ce fut là qu’il t’a rencontré et a soigné tes blessures, là. Chacun d’entre nous connaît où et quand : peut-être à un moment caractérisé par des situations complexes, oui ; dans des situations douloureuses, oui ; mais c’est là que le Dieu de la Vie t’a rencontré pour faire de toi un témoin de sa Vie, pour faire de toi une partie intégrante de sa Vie, pour te faire participer à sa mission et pour que tu sois avec lui, que tu sois une caresse de Dieu pour de nombreuses personnes. Il nous faut nous rappeler que nos vocations sont un appel d’amour pour aimer, pour servir. Non pas pour prendre une tranche pour nous-mêmes. Si le Seigneur a jeté sur vous un regard d’amour et vous a choisis, ce n’est pas parce que vous êtes plus nombreux que les autres, car vous êtes le plus petit parmi les peuples, mais c’est par amour (cf. Dt 7, 7-8). C’est ce que dit le Livre du Deutéronome au peuple d’Israël. Ne te vante pas, tu n’es pas le peuple le plus important, tu es l’un des plus pécheurs, mais il est tombé amoureux de cela-même, et, bon ! Que voulez-vous ! Il n’a aucun goût, le Seigneur, mais il est tombé amoureux de ça… Amour venant des entrailles, amour de miséricorde qui remue nos entrailles pour que nous allions servir les autres à la manière de Jésus Christ. Non à la manière des pharisiens, des saducéens, des docteurs de la loi, des zélotes, non, non, ceux-là cherchent leur propre gloire.

Je voudrais m’arrêter sur un aspect que je juge important. Beaucoup d’entre nous, au moment d’entrer au Séminaire ou dans la maison de formation, ou au noviciat, nous avons été encouragés par la foi de nos familles et de nos voisins. Là, nous avons appris à prier, auprès de la maman, de la grand-mère, de la tante… et après la catéchiste nous a préparés… Et c’est ainsi que nous avons fait nos premiers pas, soutenus souvent par les manifestations de la piété et de la spiritualité populaires, qui au Pérou ont pris les formes plus exquises et pris racine dans le peuple fidèle et simple. Votre peuple a manifesté un grand attachement à Jésus Christ, à la Vierge ainsi qu’aux saints et aux bienheureux à travers de nombreuses dévotions que je n’ose pas énumérer de peur d’en omettre. Dans ces sanctuaires, « beaucoup de pèlerins prennent des décisions qui marquent leur vie. En ses murs sont inscrites beaucoup d’histoires de conversion, de pardon et de dons reçus, que des millions de personnes pourraient raconter » (5èmeConférence générale de l’Episcopat Latino-américain et des Caraïbes, Document d’Aparecida, 29 juin 2007, n. 260). Peut-être beaucoup de vos vocations sont-elles même gravées dans ces murs. Je vous exhorte, s’il vous plaît, à ne pas oublier, encore moins à mépriser, la foi fidèle et simple de votre peuple. Sachez accueillir, accompagner et encourager la rencontre avec le Seigneur. Ne devenez pas des professionnels du sacré, oubliant votre peuple, d’où le Seigneur vous a pris, derrière le troupeau – comme dit le Seigneur à son élu [David] dans la Bible -. Ne perdez pas la mémoire et le respect envers qui vous a appris à prier.

Il m’est arrivé – durant des réunions avec des maîtres et des maîtresses de noviciat ou avec des recteurs de séminaire, des pères spirituels de séminaire – d’entendre la question : ‘‘Comment allons-nous enseigner à prier à ceux qui entrent ?’’. Donc, on leur donne quelques manuels pour apprendre à méditer – on m’en a donné quand je suis entré – : ‘‘ou fais ceci ici’’, ou ‘‘cela non’’, ou ‘‘en premier lieu, tu dois faire ceci’’, ‘‘après tel autre pas’’…. Et en général, les hommes et les femmes les plus sensés qui ont cette responsabilité de maître des novices ou de père spirituel ou de recteur de séminaire font ce choix : ‘‘Continue à prier comme on te l’a appris chez toi’’. Et après, peu à peu, ils les font progresser dans un autre genre de prière. Mais, ‘‘continue à prier comme te l’a enseigné ta mère, comme te l’a enseigné ta grand-mère ; ce qui par ailleurs est le conseil que saint Paul donne à Timothée : ‘‘La foi de ta mère et de ta grand-mère, c’est la foi que tu as ; garde-la’’. Ne méprisez pas la foi mûrie à la maison, car elle est la plus forte. Se souvenir de l’heure de l’appel, faire mémoire, avec joie, du passage de Jésus Christ dans notre vie, cela nous aidera à dire cette belle prière de saint François Solano, grand prédicateur et ami des pauvres : « Mon bon Jésus, mon Rédempteur et mon ami. Qu’ai-je que tu ne m’aies donné ? Que sais-je que tu ne m’aies appris ? »

Ainsi, le religieux, le prêtre, la consacrée, le consacré, le séminariste sont des personnes qui font mémoire, une mémoire joyeuse et reconnaissante : triade à former et à garder comme des ‘‘armes’’ face à tout ‘‘camouflage’’ vocationnel. La conscience reconnaissante élargit le cœur et nous incite au service. Sans reconnaissance, nous pouvons être de bons exécuteurs du sacré, mais il nous manquera l’onction de l’Esprit pour devenir serviteurs de nos frères, surtout des plus pauvres. Le peuple de Dieu a du flair et sait distinguer entre le fonctionnaire du sacré et le serviteur reconnaissant. Il sait faire la différence entre celui qui fait mémoire et celui qui oublie. Le peuple de Dieu est endurant, mais il reconnaît celui qui le sert et le soigne avec l’huile de la joie et de la gratitude. En cela, laissez-vous conseiller par le peuple de Dieu. Parfois, dans les paroisses, il arrive que lorsque le prêtre dévie un peu et oublie son peuple – je parle d’histoires réelles, n’est-ce pas ? – que de fois la vieille de la sacristie – comme on la désigne, ‘‘la vieille de la sacristie’’ – ne dit-elle pas ! ‘‘Mon Père, depuis quand vous n’avez pas rendu visite à votre maman. Allez, allez voir votre maman, quant à nous, pendant une semaine, nous nous arrangerons en disant le Rosaire’’.

3. La joie contagieuse. La joie se communique quand elle est authentique.

André était l’un des premiers disciples de Jean-Baptiste, qui avaient suivi Jésus ce jour-là. Après être resté avec lui et avoir vu où il vivait, il est allé dans la maison de son frère Simon Pierre et lui a dit : « Nous avons trouvé le Messie » (Jn 1, 41). Sur place, il a été saisi. C’est la plus grande nouvelle qu’il puisse lui annoncer, et il l’a conduit à Jésus. La foi en Jésus se communique. Et s’il y a un prêtre, un évêque, une religieuse, un séminariste, un consacré qui ne ‘‘contamine’’ pas, est aseptique, est propre comme dans un laboratoire, qu’il sorte et se salisse un peu les mains et là il va commencer à transmettre l’amour de Jésus. La foi en Jésus se communique, elle ne peut ni se confiner ni être enfermée ; et l’on voit ici la fécondité du témoignage : les disciples nouvellement appelés attirent, à leur tour, d’autres à travers leur témoignage de foi, de la même manière que dans le passage de l’évangile, Jésus nous appelle à travers d’autres personnes. La mission jaillit spontanément de la rencontre avec Jésus. André commence son apostolat par les plus proches, par son frère Simon, presque comme quelque chose de naturel, en rayonnant de joie. C’est le meilleur signe que nous avons ‘‘découvert’’ le Messie. La joie contagieuse est une constante dans le cœur des apôtres, et nous le constatons dans la force avec laquelle André confie à son frère: “Nous l’avons trouvé !”. Car « la joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 1). Et elle se transmet.

Cette joie nous ouvre aux autres, c’est une joie à ne pas garder, mais à transmettre. Dans le monde divisé dans lequel nous vivons, qui nous pousse à nous isoler, nous avons le défi d’être des artisans et des prophètes de communauté. Vous le savez, personne ne se sauve seul. Et à ce sujet, je voudrais être clair. La division ou l’isolement n’est pas quelque chose qui se produit ‘‘à l’extérieur’’ comme si ce n’était qu’un problème du ‘‘monde’’. Chers frères, les divisions, les guerres, les isolements, nous les vivons également dans nos communautés, dans nos presbytères, dans nos conférences épiscopales. Et que de mal elles nous font ! Jésus nous envoie porter la communion, l’unité, mais souvent, il semble que nous le fassions désunis et, pire, souvent en nous faisant des crocs-en-jambe les uns aux autres, ou bien je me trompe ? [Ils répondent : Non !]. Baissons la tête et que chacun mette dans sa poche ce qui lui revient. On nous demande d’être des artisans de communion et d’unité ; ce qui ne revient pas à penser tous de la manière, à faire tous la même chose. Cela signifie valoriser les apports, les différences, le don des charismes dans l’Église en sachant que chacun, avec ses qualités y met du sien, mais a besoin des autres. Seul le Seigneur a la plénitude des dons, lui seul est le Messie. Et il a voulu partager ses dons de telle manière que nous puissions tous offrir le nôtre en nous enrichissant avec celui des autres. Il faut se garder de la tentation du ‘‘fils unique’’ qui veut tout pour lui, car il n’a personne avec qui partager. Mal élevé, le garçon ! À ceux à qui il revient d’assumer des missions dans le service de l’autorité, je demande, s’il vous plaît, de ne pas devenir autoréférentiels ; essayez de prendre soin de vos frères, faites en sorte qu’ils se sentent bien ; car le bien se communique. Ne tombons pas dans le piège d’une autorité qui devient autoritarisme parce qu’elle oublie que, avant tout, elle est une mission de service. Que ceux qui ont cette mission d’être une autorité fassent très attention ; dans les armées, il y a assez de sergents, il n’est pas nécessaire d’en avoir dans nos communautés.

Avant de terminer : garder mémoire et les racines. Je considère qu’il est important que dans nos communautés, dans nos presbytères, se maintienne vivante la mémoire et qu’ait lieu le dialogue entre les plus jeunes et les plus anciens. Les plus anciens gardent mémoire et nous offrent de la mémoire. Nous devons aller la recevoir, ne les abandonnons pas seuls. Parfois, ils ne veulent pas parler, d’autres se sentent un peu abandonnés… Faisons-les parler, surtout vous les jeunes ! Ceux qui sont chargés de la formation des jeunes, envoyez-les parler avec les prêtres âgés, avec les moniales âgées, avec les évêques âgés – on dit que les religieuses ne vieillissent pas, car elles sont éternelles – envoyez-les parler avec eux. Il faut que les yeux des anciens brillent de nouveau et qu’ils voient que dans l’Église, au presbytère, au sein de la Conférence épiscopale, au monastère, il y a des jeunes qui font progresser le Corps de l’Église. Qu’ils les écoutent parler, que les jeunes les interrogent et leurs yeux vont commencer à briller et ils vont commencer à rêver. Faites rêver les anciens ! La prophétie de Joël, 3, 1. Faites rêver les anciens ! Et si les jeunes font rêver les anciens, je vous assure que les anciens feront prophétiser les jeunes.

Aller aux racines. Je voudrais, à ce sujet – je suis déjà sur le point de terminer – citer un Pape, mais je n’y parviens pas, mais je vais citer un Nonce Apostolique. Il me rapportait, à ce propos, un proverbe africain qu’il a appris quand il était là-bas – parce que les Nonces Apostoliques sont nommés d’abord en Afrique et là ils apprennent beaucoup de choses – et le proverbe, c’était : ‘‘Les jeunes marchent rapidement – il faut qu’ils le fassent – mais ce sont les anciens qui connaissent le chemin’’. Est-ce juste ?

Chers frères, de nouveau, merci, et que cette mémoire deutéronomique nous rende plus joyeux et plus reconnaissants afin que nous soyons des serviteurs de l’unité au sein de notre peuple. Laissez le Seigneur vous regarder, cherchez le Seigneur, là, dans la mémoire. Regardez-vous dans le miroir de temps à autre. Et que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge Sainte vous protège ! Et de temps en temps – comme on le dit à la campagne – faites quelques prières pour moi. Merci !

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Questa voce è stata pubblicata il 25/01/2018 da in Article mensuel, FRANÇAIS, Vocation et Mission.

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