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P. Cantalamessa – Cinquième prédication de carême 2018

P. Raniero Cantalamessa
“Revêtons-nous des armes de la lumière”
La Pureté chrétienne


Q5


Vatican, vendredi 23 Mars 2018

Dans notre commentaire à la parénèse de la Lettre aux Romains, nous voici arrivés à l’endroit où il est dit:
“La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche. Rejetons les œuvres des ténèbres, revêtons-nous des armes de la lumière. Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie, mais revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ ; ne vous abandonnez pas aux préoccupations de la chair pour en satisfaire les convoitises.” (Rm 13, 12-14).
Saint Augustin, dans ses Confessions, nous évoque la place que ce texte a eue dans sa conversion. Désormais il avait atteint une adhésion quasi totale à la foi. Mais il y avait une chose qui le retenait: la peur de ne pouvoir vivre chaste. Comme nous le savons, il vivait avec une femme sans être marié.
Il se trouvait dans le jardin de la maison dont il était l’hôte, en proie à cette lutte intérieure, les yeux baignés de larmes, lorsqu’il entendit, venant d’une maison voisine, une voix comme de garçon ou de fillette, qui répétait: « Tolle, lege! » (« Prends, lis! Prends, lis! »). Il interpréta ces paroles comme une invitation divine et, ayant à portée de la main le livre des épîtres de saint Paul, il l’ouvrit au hasard, décidé à considérer comme volonté de Dieu la première phrase sur laquelle son regard tomberait. La parole sur laquelle son regard tomba fut, précisément, celle de la Lettre aux Romains que nous venons de rappeler. Une paix lumineuse se répandit au-dedans de lui (lux securitatis), dissipant toutes les ténèbres de son incertitude. Il savait désormais, qu’avec l’aide de Dieu, il pourrait être chaste .
Ce que l’Apôtre, dans ce texte, appelle, « les œuvres de ténèbres », c’est ce qu’il désigne ailleurs par « désirs, ou œuvres de la chair » (cf. Rm 8, 13; Ga 5, 19), et ce qu’il appelle « les armes de lumière », c’est ce qu’il appelle ailleurs « les œuvres de l’Esprit » ou « les fruits de l’Esprit » (cf. Ga 5, 22). Parmi ces œuvres de la chair, deux termes (koite et aselgeia) renvoient à la débauche sexuelle, à laquelle est opposée l’arme de lumière qui est la pureté.
L’Apôtre ne s’attarde pas ici sur cet aspect de la vie chrétienne; mais d’après la liste des vices, placée en tête de la lettre (cf. Rm 1, 26 s.), nous savons quelle importance celui-ci revêtait à ses yeux. S’il ne traite pas ici, explicitement, de la pureté, du moins, nous fait-il entendre que c’est bien l’endroit où il faudrait le faire.
Saint Paul établit un lien très étroit entre pureté et sainteté et entre pureté et Esprit Saint:
“La volonté de Dieu, c’est que vous viviez dans la sainteté, en vous abstenant de la débauche, et en veillant chacun à rester maître de son corps dans un esprit de sainteté et de respect, sans vous laisser entraîner par la convoitise comme font les païens qui ne connaissent pas Dieu. Dans ce domaine, il ne faut pas agir au détriment de son frère ni lui causer du tort, car de tout cela le Seigneur fait justice… En effet, Dieu nous a appelés, non pas pour que nous restions dans l’impureté, mais pour que nous vivions dans la sainteté. Ainsi donc celui qui rejette mes instructions, ce n’est pas un homme qu’il rejette, c’est Dieu lui-même, lui qui vous donne son Esprit Saint.” (1 Ts 4, 3-8).
Tachons donc de recueillir cette dernière « exhortation » de la Parole de Dieu, en approfondissant ce fruit de l’Esprit qu’est la pureté.

1. Les motivations chrétiennes de la pureté

Dans la lettre aux Galates saint Paul écrit: « Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22). Le terme grec originel, que nous traduisons par « maîtrise de soi » est enkrateia. Il possède une gamme très vaste de significations ; en effet, on peut exercer la maîtrise de soi dans le manger, dans le parler, en refrénant sa colère, etc. Mais ici, comme d’ailleurs presque toujours dans le Nouveau Testament, il désigne la maîtrise de soi dans un domaine bien précis de la personne, c’est-à-dire par rapport à la sexualité. Nous le déduisons du fait, qu’un peu avant, en désignant « les œuvres de la chair » l’Apôtre appelle porneia, c’est-à-dire impureté, ce qui s’oppose à la maîtrise de soi (il s’agit du même terme dont dérive « pornographie »!).
Dans les traductions modernes de la Bible, ce terme porneia est traduit tantôt par prostitution, tantôt par impudicité, tantôt par fornication ou adultère et tantôt par d’autres mots encore. Toutefois, l’idée de fond contenue dans ce terme est celle de « se vendre », aliéner son propre corps et donc se prostituer. (pernemi, qui signifie en grec « je me vends ! ») En employant ce terme pour indiquer à peu près toutes les manifestations de désordre sexuel, la Bible nous dit que tout péché d’impureté est, en un certain sens, une manière de se prostituer, de se vendre.
Donc, les termes utilisés par saint Paul nous disent que deux attitudes opposées, envers notre propre corps et notre sexualité, sont possibles, l’une est fruit de l’Esprit et l’autre est œuvre de la chair; l’une est vertu, l’autre est vice. La première attitude consiste à conserver la maîtrise de soi et de son corps ; la seconde, au contraire, consiste à vendre ou à aliéner son corps, c’est-à-dire à disposer de la sexualité à loisir, à des fins utilitaires et autres que ceux pour lesquels elle a été créée; faisant de l’acte sexuel un acte vénal, même si le « profit » n’est pas toujours constitué par de l’argent, comme dans le cas de la prostitution proprement dite, mais par le plaisir égoïste, recherché comme but en soi.
Lorsqu’on parle de pureté ou d’impureté en simples listes de vertus ou de vices, sans approfondir le sujet, le langage du Nouveau Testament ne diffère pas beaucoup de celui des moralistes païens. Les Stoïciens et les Epicureens exaltaient eux aussi la maîtrise de soi, la enkrateia, mais uniquement en fonction de la quiétude intérieure, de l’impassibilité (apatheia), de la maîtrise de soi; pour eux, la pureté était gouvernée par le principe de la « droite raison ».
En réalité, à l’intérieur de ces anciens mots païens, il y a désormais un contenu totalement nouveau, découlant, comme toujours, du kérygme. Cela est déjà visible dans notre texte, où à la débauche sexuelle est opposée, de manière fort significative, comme son contraire, au fait de « se revêtir du Seigneur Jésus-Christ ». Les premiers chrétiens étaient en mesure de saisir ce nouveau contenu, car en d’autres contextes, celui-ci était l’objet de catéchèses spécifiques.
Examinons à présent une de ces catéchèses spécifiques sur la pureté, afin de découvrir le vrai contenu et les vraies motivations chrétiennes de cette vertu qui découlent de l’événement pascal du Christ. Il s’agit du texte de 1 Corinthiens 6, 12-20. Il semble que les Corinthiens – en dénaturant peut-être une phrase de l’Apôtre – s’appuyaient sur ce principe : « Tout m’est permis », pour justifier même les péchés d’impureté. Dans la réponse de l’Apôtre est contenue une motivation absolument nouvelle de la pureté, qui jaillit du mystère même du Christ. Il n’est pas permis – dit-il – de se livrer à l’impudicité (porneia), il n’est pas permis de se vendre, ou de disposer de soi à son gré, et ce, pour le simple fait que nous ne nous appartenons plus, que nous ne sommes pas à nous, mais au Christ. Nous ne pouvons disposer de ce qui n’est pas à nous. « Ne savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ?… et que vous ne vous appartenez pas ? » (1 Co 6, 15.19).
En un certain sens, la motivation païenne est renversée ; la valeur suprême à sauver ce n’est plus la maîtrise de soi, mais la « non-maîtrise de soi ». «Le corps n’est pas pour la fornication; il est pour le Seigneur » (1 Co 6, 13): et donc, la motivation ultime de la pureté, c’est que « Jésus est le Seigneur! ». En d’autres termes, la pureté chrétienne consiste moins à établir la maîtrise de la raison sur les instincts, qu’à établir la domination du Christ sur toute la personne : raison et instincts.
Cette motivation christologique de la pureté est rendue plus impérieuse encore par ce que saint Paul ajoute dans ce même texte : nous ne sommes pas seulement « du » Christ, de manière générique, comme sa propriété ou sa chose, nous sommes le corps même du Christ, ses propres membres ! Cela rend tout immensément plus délicat, car cela veut dire que, en commettant l’impureté, je prostitue le corps du Christ, j’accomplis une sorte d’odieux sacrilège ; je fais « violence » au corps du Fils de Dieu: «Vais-je donc prendre les membres du Christ pour en faire les membres d’une prostituée ? » (1 Co 6, 15.)
À cette motivation christologique, s’ajoute la motivation pneumatologique, c’est-à-dire celle relative à l’Esprit Saint: «Ne le savez-vous pas ? Votre corps est un sanctuaire de l’Esprit Saint, lui qui est en vous » (1 Co 6, 19). Abuser de son propre corps c’est donc profaner le temple de Dieu; mais si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira (cf. 1 Co 3, 17). Commettre l’impureté c’est « contrister l’Esprit Saint de Dieu » (cf. Ep 4, 30).
Aux motivations, christologiques et pneumatologiques, l’Apôtre ajoute aussi une motivation eschatologique, qui se réfère quant à elle à la destinée dernière de l’homme : «Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi » (1 Co 6, 14). Notre corps est destiné à la résurrection; il participera un jour, à la béatitude et à la gloire de l’âme. La pureté chrétienne n’est pas fondée sur le mépris du corps, mais au contraire sur une grande estime de sa dignité. L’Évangile, disaient les Pères de l’Église dans leur lutte contre les gnostiques, n’annonce pas que nous sommes sauvés « de la » chair, mais « avec » la chair. Ceux qui considèrent le corps comme « un vêtement étranger » destiné à être abandonné ici-bas, n’ont pas les raisons qu’a le chrétien de le conserver immaculé.
L’Apôtre achève sa catéchèse sur la pureté par cette invitation passionnée : « Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps! » (1 Co 6, 20). Le corps humain est donc pour la gloire de Dieu et il exprime cette gloire lorsque l’homme vit sa propre sexualité et sa corporéité tout entière dans une obéissance amoureuse à la volonté de Dieu, ce qui revient à dire : dans l’obéissance à la signification même de la sexualité, à sa nature intrinsèque et originaire qui n’est pas « de se vendre », mais « de se donner ». Cette glorification de Dieu à travers notre propre corps n’exige pas nécessairement de renoncer à l’exercice de la sexualité. Dans le chapitre suivant, c’est-à-dire 1 Co 7, saint Paul explique, en effet, que cette glorification de Dieu s’exprime de deux manières et par deux charismes différents : à travers le mariage, ou à travers la virginité. La vierge ou celui qui n’est pas marié rend gloire à Dieu dans son corps, mais celui qui se marie lui rend gloire aussi, pourvu que chacun vive les exigences de son propre état.

2. Pureté, beauté et amour du prochain

Dans la nouvelle lumière jaillie du mystère pascal et que saint Paul nous a illustrée jusqu’ici, l’idéal de la pureté occupe, dans chacune des synthèses de la morale chrétienne du Nouveau Testament, une place privilégiée. On peut dire qu’il n’y a pas une lettre de saint Paul, dans laquelle ce dernier ne lui consacre une place, lorsqu’il décrit la vie nouvelle dans l’Esprit (cf. par exemple, Ep 4, 17 – 5, 33; Col 3, 5-12). Cette exigence fondamentale de pureté se précise, tour à tour, selon les différents états de vie des chrétiens. Les épîtres pastorales nous montrent ce que doit être la pureté chez les jeunes, les femmes, les époux, les personnes âgées, les veuves, les prêtres et les évêques ; elles nous présentent la pureté sous ses différentes faces : chasteté, fidélité conjugale, sobriété, continence, virginité, pudeur.
Dans son ensemble, cet aspect de la vie chrétienne détermine ce que le Nouveau Testament – et de manière spéciale les épîtres pastorales – appelle la « beauté » ou le « beau » de la vocation chrétienne, qui, ne faisant qu’un avec l’autre trait, celui de la bonté, forme l’idéal unique de la « bonne beauté », ou de la « belle bonté » (en Grec, kalokagathia). La tradition chrétienne, en appelant la pureté la « belle vertu », a recueilli cette vision biblique, qui exprime malgré les abus et les accentuations trop unilatérales passées, quelque chose de profondément vrai. En effet, la pureté est en effet beauté !
Plus qu’une simple vertu, cette pureté est un style de vie. Elle renferme une gamme de manifestations qui va bien au-delà du domaine proprement sexuel. Il y a une pureté du corps, mais il y a aussi une pureté du cœur qui exclut, non seulement des actes, mais même des pensées et des désirs « mauvais » (cf. Mt 5, 8.27-28). Il y a aussi une pureté des lèvres qui consiste, au sens négatif, à s’abstenir des paroles obscènes, de la grossièreté et des fadaises (cf. Ep 5,4; Col 3, 8) et, au sens positif, dans la sincérité et la franchise du langage, à dire : « oui, oui » et « non, non », à l’imitation de l’Agneau immaculé « dans la bouche duquel il ne s’est pas trouvé de mensonge » (cf. 1 P 2, 22).
Il y a enfin une pureté ou limpidité des yeux et du regard. La lampe du corps – disait Jésus – c’est l’œil; si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux (cf. Mt 6, 22 s. ; Lc 11, 34). Saint Paul utilise une image très suggestive pour décrire ce nouveau style de vie : il dit que les chrétiens nés de la Pâque du Christ, doivent être des « azymes de pureté et de vérité » (cf. 1 Co 5,8). Le terme utilisé ici par l’Apôtre – eilikrinéia – a en soi l’image d’une « transparence solaire » . Dans notre texte il parle de la pureté comme d’une « arme de lumière ».
De nos jours, il y a une certaine tendance à opposer entre eux les péchés contre la pureté et les péchés contre le prochain et on tend à ne considérer comme vrai péché que celui contre le prochain; parfois, on ironise sur le culte excessif accordé, dans le passé, à la « belle vertu ». Cette attitude s’explique en partie ; la morale, dans le passé, avait mis l’accent de manière trop unilatérale sur les péchés de la chair, jusqu’à créer, parfois, de véritables névroses, au détriment de l’attention aux devoirs envers le prochain et au détriment de la vertu même de pureté qui, de cette manière, était appauvrie et réduite presque uniquement à une vertu négative, la vertu de savoir dire non. Mais à présent, on est passé à l’excès opposé et l’on tend à minimiser le péché contre la pureté ; à l’avantage (souvent uniquement verbal) de l’attention due au prochain.
L’erreur de fond consiste à opposer ces deux vertus. La Parole de Dieu, en revanche, loin d’opposer pureté et charité, les unit étroitement entre elles. Il suffit de lire la suite du texte de la Première Lettre aux Thessaloniciens que j’ai cité au début, pour se rendre compte de l’interdépendance qui existe, selon l’Apôtre, entre les deux (cf. 1 Th 4,3-12). L’unique but de la pureté et de la charité est de pouvoir mener une vie « pleine de dignité », c’est-à-dire intègre dans toutes ses relations, aussi bien dans la relation à soi-même que dans la relation aux autres. Dans notre texte, l’Apôtre résume tout cela par l’expression: « se comporter honnêtement comme en plein jour » (cf. Rm 13, 13).
Pureté et amour du prochain sont liés entre eux comme le sont maîtrise de soi et dévouement aux autres. Comment puis-je me donner, si je ne m’appartiens pas, mais que je suis esclave de mes passions? C’est une illusion de croire que l’on peut concilier un authentique service des frères, qui réclame toujours sacrifice, altruisme, oubli de soi et générosité, et une vie personnelle désordonnée, tout occupée à se satisfaire soi-même et ses propres passions. On aboutit inévitablement à « instrumentaliser » ses frères, comme on le fait pour son propre corps. Il ne saura pas dire des « oui » à ses frères, celui qui ne sait pas dire « non » à soi-même.
Une des « excuses » qui contribue le plus à favoriser le péché d’impureté, dans la mentalité du monde, et à le décharger de toute responsabilité c’est, qu’après tout, il ne fait de mal à personne, il ne viole pas les droits ni la liberté d’autrui, à moins – dit-on – qu’il ne s’agisse d’un cas de violence charnelle. Mais à part le fait qu’elle viole le droit fondamental de Dieu de donner une loi aux hommes, cette « excuse » est fausse même par rapport au prochain. Ce n’est pas vrai que le péché d’impureté se limite à celui qui le commet. Il y a une solidarité entre tous les péchés. Tout péché, où qu’il se commette et quel qu’en soit l’auteur, contamine et souille l’environnement moral de l’homme ; cette contamination, Jésus l’appelle « le scandale » et il la condamne par des paroles qui sont parmi les plus terribles de tout l’Évangile (cf. Mt 18, 6 s. ; Mc 9, 42 s. ; Lc 17, 1 s.). Même les pensées mauvaises qui stagnent dans le cœur, Jésus dit qu’elles souillent l’homme et donc le monde: «Car c’est du cœur que proviennent les pensées mauvaises : meurtres, adultères, inconduite, vols, faux témoignages, diffamations. C’est cela qui rend l’homme impur » (Mt 15, 19-20).
Tout péché produit une érosion des valeurs et tous ensembles ils créent ce que Paul définit comme « la loi du péché », dont il nous décrit le terrible pouvoir sur tous les hommes (cf. Rm 7, 14 s.). Dans le Talmud juif on lit un apologue qui illustre bien cette solidarité dans le péché, et le préjudice que tout péché, même personnel, cause à autrui: « Plusieurs personnes étaient à bord d’une barque. L’une d’elles prit une perceuse et commença à faire un trou à la place où elle se trouvait. Voyant cela, les autres passagers lui dirent : « Que fais-tu là ? » Elle répondit : « que vous importe ? Est-ce que je ne fais pas ce trou sous mon propre siège ? » mais ils répliquèrent : « Oui, mais l’eau va rentrer et nous nous noierons tous ! » La nature elle-même a commencé à nous envoyer des signaux sinistres de protestation contre certains abus et excès modernes dans le domaine de la sexualité

3. Pureté et renouvellement

En étudiant l’histoire des origines chrétiennes, on voit clairement que l’Église put transformer le monde païen d’alors à l’aide de deux instruments principaux: le premier, ce fut l’annonce de la Parole, le kérygme, et le second, le témoignage de vie des chrétiens, la martyria; et l’on voit comment, dans le domaine du témoignage de vie, ce furent également deux réalités surtout qui étonnaient et convertissaient les païens : l’amour fraternel et la pureté des mœurs. Déjà la première lettre de Pierre fait allusion à l’étonnement du monde païen en face du genre de vie si différent des chrétiens. Il écrit:
« Il a assez duré, le temps passé à faire ce que veulent les gens des nations, quand vous vous laissiez aller aux débauches, aux convoitises, à l’ivrognerie, aux orgies, aux beuveries et aux cultes interdits des idoles. À ce propos, ils trouvent étrange que vous ne couriez plus avec eux vers les mêmes débordements d’inconduite. » (1 P 4,3-4).
Les apologistes – c’est-à-dire les auteurs chrétiens qui écrivaient pour la défense de la foi, aux premiers siècles de l’Église attestent que le genre de vie pur et chaste des chrétiens était, pour les païens, quelque chose d’« extraordinaire et d’incroyable ». Ce fut surtout l’assainissement de la famille qui eut un impact extraordinaire sur la société païenne; les autorités du temps voulaient la réformer, mais elles étaient impuissantes à en freiner la décomposition. Un des arguments sur lesquels le martyr saint Justin base son Apologie, adressée à l’empereur Antonin le Pieux, est celui-ci: les empereurs romains sont préoccupés d’assainir les mœurs et la famille et s’efforcent, à cette fin, de promulguer des lois opportunes qui, cependant, se révèlent insuffisantes. Eh bien, pourquoi ne pas reconnaître ce que les lois chrétiennes ont été capables d’obtenir auprès de ceux qui les ont accueillies, et l’aide qu’elles peuvent apporter à la société civile elle-même ?
N’allons pas croire que la communauté chrétienne était exempte de désordres et de péchés en matière sexuelle. Saint Paul eut même à réprimander un cas d’inceste dans la communauté de Corinthe. Mais ces péchés étaient clairement reconnus comme tels, dénoncés et corrigés. On n’exigeait pas en cette matière, pas plus que dans les autres, que l’on fût sans péché, mais on demandait aux chrétiens de lutter contre le péché.
Faisons maintenant, un saut des origines chrétiennes à nos jours. Quelle est la situation du monde d’aujourd’hui, par rapport à la pureté ? La même que celle d’alors, si ce n’est pire ! Nous vivons dans une société qui, en fait de mœurs, est retombée en plein paganisme et en pleine idolâtrie du sexe. L’effarante description que saint Paul fait du monde païen, au début de la lettre aux Romains, s’applique, point par point, au monde actuel, surtout dans la société dite du bien-être (Rm 1, 26-27.32).
De nos jours aussi, non seulement on fait ces choses et d’autres pires encore, mais on essaie également de les justifier, c’est-à-dire de justifier toute licence morale et toute perversion sexuelle, pourvu – dit-on – qu’elle ne fasse pas violence aux autres ni ne lèse la liberté d’autrui. On détruit des familles entières et on dit: quel mal y a-t-il ? Il n’y a pas de doute que certains jugements de la morale sexuelle traditionnelle avaient besoin d’être revus et que les sciences modernes de l’homme ont contribué à mettre en lumière certains mécanismes et conditionnements du psychisme humain qui ôtent ou diminuent la responsabilité morale de certains comportements considérés, à une époque, comme peccamineux.
Mais ce progrès n’a rien à voir avec le pansexualisme de certaines théories pseudo-scientifiques et permissives qui tendent à nier toute norme objective en fait de morale sexuelle, réduisant tout à une question d’évolution spontanée des mœurs, c’est-à-dire à une question de culture. Si nous examinons de près ce qui est appelé la révolution sexuelle d’aujourd’hui, nous nous apercevons, avec effroi, qu’elle n’est pas simplement une révolution contre le passé, mais, souvent aussi, une révolution contre Dieu et parfois aussi contre la nature humaine.

4. Purs de cœur

Mais je ne veux pas m’attarder trop longtemps à décrire la situation actuelle autour de nous, que tous, d’ailleurs, nous connaissons bien. Il m’importe davantage, en effet, de découvrir et de transmettre ce que Dieu veut de nous, les chrétiens, dans cette situation. Dieu nous appelle à la même entreprise à laquelle il appelait nos premiers frères dans la foi: « Nous opposer à ce torrent de perdition ». Il nous appelle à faire resplendir à nouveau aux yeux du monde la « beauté » de la vie chrétienne. Il nous appelle à faire encore resplendir la «beauté» de la vie chrétienne aux yeux du monde. Il nous appelle à lutter pour la pureté. À lutter avec ténacité et humilité ; non pas nécessairement à être parfaits, tous et aussitôt.
Aujourd’hui il y a quelque chose de nouveau que l’Esprit Saint nous appelle à faire : il nous appelle à témoigner au monde de l’innocence originaire des créatures et des choses. Le monde est tombé très bas ; le sexe – a-t-on écrit – nous est monté à la tête, à tous. Il faut quelque chose de très fort pour rompre cette sorte de narcose et d’ivresse du sexe. Il faut réveiller en l’homme cette nostalgie de l’innocence et de la simplicité qu’il porte comme un désir ardent au fond de son cœur, même si bien souvent elle est recouverte de boue. Non d’une innocence naturelle, de création, qui n’existe plus, mais d’une innocence baptismale, de rédemption, qui nous a été redonnée par le Christ et qui nous est offerte dans les sacrements et dans la Parole de Dieu. Saint Paul nous indique ce programme lorsqu’il écrit aux Philippiens : « Faites tout sans récriminer et sans discuter ; ainsi vous serez irréprochables et purs, vous qui êtes des enfants de Dieu sans tache au milieu d’une génération tortueuse et pervertie où vous brillez comme les astres dans l’univers, en tenant ferme la parole de vie. » (Ph 2, 15 s.). C’est ce que, dans notre texte, l’Apôtre appelle « revêtir les armes de lumière ».
Il ne suffit plus d’avoir une pureté faite de peurs, de tabous, d’interdictions, de fuite réciproque entre l’homme et la femme, comme si, plutôt qu’une « aide ». Dans le passé, parfois, du moins en pratique, la pureté était réduite précisément à cet ensemble de tabous, d’interdictions et de peurs, comme si c’était à la vertu d’avoir honte face au vice et non, au contraire, au vice d’avoir honte face à la vertu. Grâce à la présence en nous de l’Esprit, il nous faut aspirer à une pureté qui soit plus forte que le vice contraire ; une pureté positive et pas seulement négative, qui soit en mesure de nous faire expérimenter la vérité de cette parole de l’Apôtre : « Tout est pur pour les purs! » (Tt 1, 15) et de cette autre parole de l’Écriture : « Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde » (1 Jn 4,4).
Il nous faut commencer par assainir la racine qu‘est notre « cœur », car c’est de là que sort tout ce qui souille vraiment la vie d’une personne (cf. Mt 15, 18 s.). « Heureux les cœurs purs – dit Jésus – parce qu’ils verront Dieu! » (Mt 5, 8). Ils verront vraiment, c’est-à-dire qu’ils auront des yeux neufs pour voir Dieu dans le monde, des yeux limpides qui sauront découvrir ce qui est beau et ce qui est laid, ce qui est vérité et ce qui est mensonge, ce qui est vie et ce qui est mort. Des yeux, enfin, comme ceux de Jésus ; avec quelle liberté Jésus pouvait parler de tout: des enfants, de la femme enceinte, de l’accouchement… Des yeux comme ceux de Marie. La pureté ne consiste plus alors à dire « non » aux créatures, mais à leur dire « oui » ; oui en tant que créatures de Dieu, qui étaient, et demeurent « très bonnes ».
Ne nous faisons aucune illusion, pour pouvoir dire ce « oui », il faut passer par la croix, car après le péché, notre regard sur les créatures est troublé ; la concupiscence s’est déchaînée en nous ; la sexualité n’est plus paisible, elle est devenue une force ambiguë et menaçante qui nous entraîne contre la loi de Dieu en dépit de notre volonté même. Dans la première méditation de ce Carême, nous avons insisté sur un aspect particulièrement actuel et nécessaire de la mortification: celui des yeux. Un jeûne sain à partir des images est plus important aujourd’hui que le jeûne de la nourriture et des boissons.
Terminons en rappelant l’expérience de St. Augustin évoquée au commencement. Après cette expérience de libération il prit l’habitude de prier pour la chasteté d’une manière nouvelle. « Seigneur, disait-il, tu me commande d’être chaste ; et bien donne-moi ce que tu me commande et puis commande-moi ce que tu veux ». Une prière que nous pouvons tous faire notre, en sachant que dans ce domaine comme en tous les autres, sans la grâce de Dieu nous ne pouvons rien faire.
_______________________________
Traduit en Français par les Frères Mineurs Capucins de Lourdes

1.S. Augustin, Confessions, VIII, 11-12.

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