COMBONIANUM – Formazione e Missione

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Marie, basilique du silence

Marie, basilique du silence
Maurice Zundel

Sainte-Anne et le jeune Vierge Marie. (detail of the Virgin) La basilique Saint-Nazaire


J’ai rêvé d’élever une église au Silence, comme Sainte-Sophie est dédiée à la Sagesse: Hagia sige, [1] qui ne sera sans doute jamais qu’un rêve.

Un cloître l’isole de la rue, dont les ouvertures offrent au regard le refuge paisible d’une pelouse toujours fraîche. De souples avenues où la marche n’éveille point d’écho conduisent aux vantaux élastiques des portes silencieuses. Des tapis monochromes amortissent les pas. Aux fenêtres de la nef, une pierre transparente répand un jour tamisé. Une sobre tenture fait vibrer discrètement les murs de l’abside à la lueur vivante des lampes éternelles.

Dans le sanctuaire surélevé, l’autel est une table d’albâtre qu’une lumière intérieure rend à peine translucide. Le tabernacle est une châsse d’onyx qui s’éclaire de même, avec une intensité plus vive. Le regard, sans effort, trouve là son centre et y demeure suspendu. L’atmosphère vous recueille en l’unique nécessaire.

La liturgie se développe comme le chant du Silence. Rien ne fait de bruit. Les vêtements sans éclat spiritualisent les corps, les gestes sont vécus et les voix intérieures. Une présence invisible est la commune respiration des âmes. Rendue actuelle dans l’oblation mystique, la croix s’élève enfin qui les enveloppe toutes de son étreinte vivifiante, et l’hostie vient en elles comme un divin ferment.

L’action sainte accomplie, chacune s’en va, perdue en Dieu, porter à ses frères un rayon de sa face, dans le silence d’une vie où son Verbe retentit.

Telle était dans mon rêve Hagia Sigè: la basilique du Silence.

N’est-ce pas dans la divine liturgie, aussi bien, que les âmes devraient apprendre à écouter, pour laisser se dire en elles l’unique Parole en qui est toute vérité? Écouter! l’action la plus haute, la plus rare, et pourtant la plus nécessaire.

Les mots sans cesse devancent la pensée et lui imposent le poids de leur matière, tout ce qu’ils contiennent d’erreur et de passion, tout ce qu’ils véhiculent d’impulsions irraisonnées et de suggestions collectives. On juge avant d’examiner, on prend parti avant de savoir. On ne sait pas attendre et rester ouvert en laissant mûrir un problème en la transparence d’un regard libre. Et, s’étant limité soi-même, on entreprend de limiter les autres.

Dans des cas extrêmes, des foules innombrables, des peuples entiers seront victimes d’une pseudo-idée érigée en idole dans une formule voyante, dont la répétition inlassable créera un véritable envoûtement, en installant dans le système nerveux des individus des réflexes explosifs qui réagiront automatiquement au premier appel.

Dès que les valeurs spirituelles cessent d’être prépondérantes, aussi bien, comment éviter l’anarchie sans emprunter aux instincts de la multitude de quoi la soumettre en feignant de l’exprimer, comment se défendre de manœuvrer l’opinion pour lui faire exiger ce qu’on attend d’elle?

Je ne dis pas que tout soit nécessairement mauvais dans ce qu’on lui suggère, mais quel mépris de l’homme dans cette prostitution du verbe, quelle ignorance de l’esprit dans ce magnétisme animal de la parole!

Les mots ne portent plus la lumière de la pensée; extérieurs à l’humanité vraie, faits d’images motrices et chargés uniquement d’impulsion, ils ne tendent qu’à déclencher l’action, en prévenant toute hésitation de la conscience et toute résistance de la liberté.

Ce n’est pas assez d’automatiser les corps dans le même geste, on veut encore raidir les âmes dans le même jugement.

Nous savons assez que cette tendance prévaut infailliblement sous tous les régimes et dans tous les partis dès que, l’esprit ayant perdu sa primauté, la dignité de la personne succombe à l’oppression des individus sous la royauté du nombre.

Et l’esclavage est d’autant plus profond qu’il est plus spontanément accepté, d’autant plus irrémédiable qu’un nombre plus grand d’idées justes soutient une orientation inhumaine.

Il n’y a que le silence qui révèle les abîmes de la vie. C’est pourquoi les ouvriers de la pensée en ont encore plus besoin que les hommes d’action. Educateurs des esprits, ce sont eux normalement qui indiquent le chemin des sources. S’ils n’écoutent pas, s’ils ne deviennent transparents à la lumière, s’ils ne se détournent d’eux-mêmes, ils ne pourront faire « ce saut au-dessus de leur ombre qui les ferait tomber dans leur soleil » Et la vérité prendra leur visage tandis qu’ils feront bénéficier du prestige de la science les interprétations que leur option fondamentale, leur attitude générale devant la vie, superpose à leurs découvertes.

Comme on voudrait, à ce propos, pouvoir constater chez tous les maîtres et dans une plus large mesure encore, chez tous les parents, le respect des esprits qui leur sont confiés, avec l’unique souci d’établir le contact entre eux et la lumière, en s’effaçant devant le mystère de cette rencontre qui est personnelle à chacun.

Un enfant, sans doute, a besoin d’être formé, mais par le développement de sa vie intérieure avant tout, en apprenant à écouter le Maître qui l’enseigne au-dedans. Au lieu de le gronder en exaspérant un système nerveux déjà surexcité, au lieu de le rendre encore plus extérieur à son âme qu’il ne l’est déjà, il faudrait s’efforcer bien plutôt de le ramener à sa vie profonde, en l’investissant de la Présence divine par le rayonnement du silence qui est le facteur essentiel de toute éducation véritable. Il ne s’agit pas, en effet, de se substituer à l’enfant, ni de le rendre semblable à soi, mais de le remettre à son guide intérieur en s’effaçant continuellement en lui.

Que dire alors de la réserve qui s’impose aux théologiens et aux directeurs spirituels, dont c’est la tâche propre d’exposer les mystères divins et d’y proportionner les âmes?

Quel tact leur est nécessaire et quelle humilité, quelle crainte filiale et quel agenouillement devant cette vérité qui est la vie même de Dieu dans le jaillissement de son Verbe; quel sens des limites du discours et de l’impuissance des mots, quelle soif de cet au-delà où ils nous entraînent, de tout l’ineffable qu’ils nous laissent pressentir, de ce plus-être incommensurable à toute formule, où gît « le grand abîme de la divinité ».

Ne serait-ce pas trahir la foi, aussi bien, que d’oublier, fût-ce un instant, le mouvement qui la tend au-delà d’elle-même vers cette connaissance unitive, où les vérités révélées ne sont plus saisies: dispersées dans le discours, mais recueillies dans l’unique foyer de l’éternelle lumière, perçues en Dieu, dans la vie même qu’elles énoncent et qu’elles amorcent en nous, devenues sensibles au cœur par la charité qui nous rend intérieurs à cette vie, sans dissiper pour autant le voile qui la dérobe à nos yeux.

Chacune de ces vérités, en effet, prend alors l’inflexion de l’être aimé, comme une confidence où l’âme savoure la Présence qui établit entre toutes les propositions révélées une mystérieuse circumincession.

C’est cette lumière d’amour où tout est saisi « dans la donation même que Dieu nous fait de soi, se livrant à nous par son Esprit et sa volonté, comme s’il nous apportait son cœur », qui donne au théologien cet instinct du divin indispensable à la perfection de sa science.

C’est dans cette sagesse affective qu’il atteint parfois à la simplicité du regard, où le morcelage des concepts semble une dérision, où l’éminence de la lumière ne souffre plus aucune appréhension distincte, où sa connaissance, enfin, revêt le mode simple de la connaissance divine.

C’est alors qu’il parle de cette « sublime ignorance qui s’accomplit en vertu d’une incompréhensible union », non pour s’être perdu dans quelque chose de vague et d’inconsistant, mais pour avoir perçu une réalité si éblouissante que tout ce qui tient au mode humain de la connaissance n’est plus d’aucun usage.

« A ce moment, tu me demanderas », dit l’auteur du Nuage de l’Inconnaissance a à son disciple, comment puis-je penser à Dieu et qu’est-il, et à cette question je ne pourrai répondre qu’une chose: Je n’en sais rien.

C’est de la même manière que saint Thomas devait interrompre la Somme sur un aveu d’impuissance: « Je ne puis plus; tout ce que j’ai écrit, auprès de ce que j’ai vu ne me semble plus que de la paille. »

Le Docteur et le Mystique étaient trop identifiés en lui pour que le premier pût s’arrêter au discours après que le second l’eut dépassé La Somme ne pouvait s’achever que « par ce saut dans le soleil », en la méditation du Cantique où l’Esprit célèbre le mariage mystique de l’âme avec Dieu. C’est dans cette perspective qu’il convient de la lire, en s’acheminant soi-même vers la théologie qui « expérimente les choses divines » plus qu’elle ne les apprend.

C’est vers ce « je ne sais pas » qu’il faut orienter les commençants: en leur communiquant le sens de l’ineffable qui les empêchera d’appliquer aux choses divines une logique trop matérielle; en leur donnant soif de ce plus-être qu’aucune appréhension distincte ne peut saisir ici-bas, afin que leur théologie soit humblement tendue vers la contemplation infuse comme vers son achèvement; en leur faisant percevoir, enfin, les résonances mystiques d’une doctrine qui porte sur la vie intime de Dieu où l’on ne progresse vraiment qu’en se perdant en lui.

La direction spirituelle aura naturellement la même inflexion: voyant l’âme à travers le mystère divin qui s’accomplit en elle, sachant d’ailleurs avec quel grand respect Dieu dispose d’elle « car c’est à peine si on peut la toucher sans qu’elle saigne », que pourrait vouloir son directeur sinon la désapproprier d’elle-même pour qu’elle soit de plus en plus en la main du Saint-Esprit: en s’effaçant lui-même, comme serviteur de sa vie intérieure, devant l’hôte bien-aimé qui secrètement la conduit?

La direction autant que la théologie requiert l’esprit de pauvreté, le silence qui écoute pour accueillir en soi la vérité comme une personne. C’est une personne en effet, une personne divine, le Fils unique qui est dans le sein du Père :le Verbe silencieux.

Silencieux, parce que tout intérieur à son principe, et n’exprimant que lui dans un dépouillement foncier de soi-même: une note entièrement pure, écho translucide d’une émission virginale, extase de lumière, vivante harmonie où rien ne détonne, clameur subsistante où tout l’être n’est qu’un cri: Abba, Pater! Mais vous, je vous ai appelés mes amis, parce que tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Car c’est ce que j’ai appris de lui que je dis au monde.

L’éternelle Parole est donc bien le Verbe qui écoute le Verbe silencieux.

Et Marie à son tour est disciple du Verbe. Elle garde dans son cœur toutes les paroles de son Fils. Elle écoute, elle adhère, elle se donne, elle se perd dans ses abîmes: Fais-moi entendre ta voix, car ta voix est pleine de douceur. Toutes les fibres de son être retentissent de cet appel où sa vie tout entière donne audience à l’unique vérité: Jésus! Sa chair est le berceau de l’éternelle Parole qui sourd de la « fontaine scellée » de son âme; son Magnificat est l’exultation du Verbe au plus intime de son cœur du trône.

Tandis qu’un profond silence enveloppait toutes choses, et que la nuit parvenait au milieu de sa course, Votre Verbe tout-puissant, Seigneur, descendit des cieux et royal. N’est-ce pas Marie, en effet, ce trône royal, elle dont toutes les puissances résonnent des mystères des clameurs qui s’accomplissent dans le silence de Dieu, elle dans la nuit de l’inconnaissance à l’égard d’elle-même, toute perdue dans la clarté divine de son enfant ?

Elle ne dit rien d’elle-même, elle ne fait rien d’elle-même, elle ne mêle rien d’elle-même. Aucune idée, aucune image, aucune parole ne limite l’ineffable en elle, et la splendeur de la lumière n’y rencontre point d’ombre. Elle ne comprend pas, sans doute, ni ne désire comprendre ce que l’infini peut seul épuiser. Elle offre sa transparence comme aux feux du soleil fait un pur vitrail, et le mystère de Jésus y flambe tout entier.

Les rares occasions où Marie apparaît dans la vie publique du Sauveur ne semblent rapportées que pour manifester la rigueur de son effacement.

On n’a d’elle aucune parole dite à l’Église après le départ de son Fils. Elle apportait un enseignement autrement plus précieux. Tandis que les apôtres parlaient, son silence conduisait les âmes à la Sagesse dont elle est la mère. C’est dans les espaces de son cœur que les premiers fidèles sentaient naître la liberté mystérieuse où ils se reconnaissaient avec bonheur: fils du Père et frères de Jésus.

C’est elle, en effet, le jardin fermé et le parvis solitaire, la nef pacifique et la lampe recueillie, l’abside triomphale et l’autel translucide. Elle, le vivant tabernacle et l’éternel reposoir.

Elle, enfin,la Basilique du Silence.

[1] Prononcer g dur: Haguia Sigué, ce qui veut dire: le Saint Silence, comme Haguia Sophia signifie: Sainte Sagesse.

Article publié dans LE ROSAIRE, à Fribourg, en 1951. Extraits de “Notre Dame de la Sagesse”, chapître IV.

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Questa voce è stata pubblicata il 08/05/2018 da in Foi et Spiritualité, FRANÇAIS con tag , .

San Daniele Comboni (1831-1881)

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