COMBONIANUM – Spiritualità e Missione

Blog di FORMAZIONE PERMANENTE MISSIONARIA – Uno sguardo missionario sulla Vita, il Mondo e la Chiesa MISSIONARY ONGOING FORMATION – A missionary look on the life of the world and the church

Cencini – La vie au rythme de la Parole


LA VIE AU RYTHME DE LA PAROLE
Comment se laisser façonner par l’Ecriture
AMEDEO CENCINI


Lectio 4


Doc Cencini – La vie au rythme de la Parole (A4)
Pdf Cencini – La vie au rythme de la Parole (A4)
Doc Cencini – La vie au rythme de la Parole (A5)
Pdf Cencini – La vie au rythme de la Parole (A5)


INTRODUCTION

La redécouverte de la centralité de la Parole de Dieu et de la nécessité de la formation permanente sont les deux fruits de la féconde et complexe période postconciliaire. Deux fruits, donc, nés du même terrain. Il n’y a pas l’un sans l’autre. La parole de Dieu accompagne la vie, qui est réalisée seulement si on se laisse chaque jour, façonner par la Parole, qui- à son tours- s’accomplit en elle.

Mais cette connexion n’a pas été toujours évidente dans notre vie dans nos plans formatifs, c’est rarement que nous avons assisté au fleurissement de ces deux fruits. Le synode sur «La Parole de Dieu dans la vie e dans la mission de l’Eglise » (5-26 octobre 2008) est une occasion précieuse pour comprendre les raisons de cet accord manqué et reprendre le chemin, en enfonçant les racines de la semence de la Parole dans le tissu vivant de notre existence quotidienne, pour qu’elle-même en soit les entrailles et le fruit, comme la vie de Marie, Parole de l’Eternel.

Ce livre part de ce rêve et cherche d’indiquer certains pas pour que cela devienne réalité.

1. PAROLE DE DIEU ET FORMATION PERMANENTE

Dans ce premier chapitre nous voudrions éclaircir le rapport existant entre la Parole de Dieu et la Formation Permanente, au moins théoriquement.

A Part d’être le sous-titre de cette publication, et représenter donc, son objectif spécifique, l’analyse de tel rapport est fondamental dans la vie de chaque disciple, qui sans cela, risquerait de ne pas comprendre en quoi consiste la Formation continuelle et la priverait de son fondement naturel.

Je voudrais maintenant faire émerger le sens de cette relation stratégique à partir de l’ensemble de cette réflexion, mais peut-être il y a quelque chose que nous pouvons et nous devons déjà dire dès maintenant, au moins au niveau de prémices. Fondamentalement deux: L’idée de formation permanente, ou de formation permanente ordinaire et extraordinaire et le concept du rythme, du rythme de la vie, c’est-à-dire le rapport avec Dieu et avec sa Parole, comme ce qui donne le rythme à notre existence dans ses différentes époques; de celle quotidienne à celle annuelle.

1.1 Formation permanente ordinaire et extraordinaire

Comme nous avons vu dans des publications précédents (1) à propos de la formation permanente (1), il y a deux types de formation permanente ou il y a deux âmes: ordinaire et extraordinaire.

Deux âmes

En synthèse: la première embrasse toute la vie et s’accomplit a chaque instant d’elle, et renvoie à la responsabilité de chacun et à sa disponibilité intelligente et courageuse (= docibilitas) à se laisser former par la vie (par les autres et par les évènements beaux et moins beaux…) durant toute la vie (en chaque âge et saison) et représente en réalité la vraie formation permanente, qui consiste essentiellement en l’action du Père qui façonne en nous l’image du Fils par la puissance de l’Esprit. Justement c’est pour cela, qu’en pensant bien, la formation est continuelle, parce qu’elle se trouve dans les mains du Père, et dans ces mains, les instruments ordinaires et discrets de la vie de chaque jour (en commençant par les personnes avec qui l’on vit) et qui deviennent instrument et médiation formative.

Mais la formation permanente est aussi extraordinaire, c’est-à-dire portée en avant par l’Institution à travers des initiatives particulières et éventuelles, qui visent surtout au recyclage (mise à jour) du croyant, et selon l’âge ou à la reprise de la vie spirituelle. Si pour la première, il est nécessaire la docibilitas de l’individu, pour que fonctionne la seconde c’est suffisant la docilitas (docilité, obéissance, flexibilité…) de celui qui doit participer aux diverses rencontres.

Evidemment l’idéal est que les deux composants soient ensemble, c’est-à-dire que la disponibilité de l’individu se renforce avec les initiatives de l’Institution. Mais il semble que ce n’est pas ce qui se passe aujourd’hui. Au contraire, disons que la formation permanente est encore principalement comprise dans le second sens que nous venons d’illustrer, c’est-à-dire selon une interprétation évidemment partielle (cela n’embrasse pas la vie entière) et vise un objectif partiel (une simple mise à jour) et a de la difficulté a décoller comme projet de renouvellement authentique et de formation continuelle vraie et propre (voir le manque d’intérêt avec lequel souvent les propositions de la formation permanente programmée par la commission chargée sont accueillies).

Mais une autre question s’impose devant cette interprétation : quelle est, à l’intérieur de ce schéma, le rôle de la Parole des Ecritures ?

La Parole de Dieu

Il ne semble pas une question rhétorique à laquelle répondre avec une reconnaissance obligée et quasi rituelle de la centralité de la Parole dans l’économie de la croissance chrétienne. Ce n’est pas suffisant dire cela ; c’est possible et important reconnaître le rôle spécifique que la Parole de Dieu a et pourrait occuper dans le schéma proposé, peut-être comme élément essentiel de la formation ordinaire ; ce qui la rend quotidienne ou comme ce qui fait la différence entre la formation permanente ordinaire et extraordinaire. Justement parce que la Parole de Dieu nous est donnée chaque jour, comme pain quotidien et instrument ordinaire de la croissance.

Ce n’est pas suffisant alors parler de la fonction de la Parole de Dieu en général, mais on devrait parler de la Parole-du-jour, en donnant a cette expression (2) tout le sens théologique qu’ elle possède, comme Parole que le Père a préparé aujourd’hui pour moi, aliment que la Providence me donne, ainsi comme un jour Dieu-Jhwh a préparé la manne au désert pour son peuple, pour que de cela il se nourrisse, Parole que la communauté des chrétiens est appelés à lire et qui conduit à la méditation obligée, parce que « aujourd’hui » cette Parole m’est donnée pour qu’elle s’accomplisse dans mon histoire, comme cette fois là que Jésus a commenté le texte d’Isaïe dans la synagogue ( aujourd’hui s’est accomplie cette écriture » (Lc 4,21)

Par conséquent, en retournant à notre schéma, nous pourrions dire que la Parole-du-jour, justement parce qu’elle revient chaque jour, fait partie d’une manière rigoureuse de la conception ordinaire de la Formation Permanente et c’est ce qui l’accompagne et la rend telle ; elle est ce contenu formatif spécifique et toujours nouveau autours duquel devrait chaque jour s’articuler l’itinéraire de la croissance dans la foi et c’est la référence « autoritaire » qui reconnaît concrètement au Père et non à n’importe quel autre, le rôle de formateur dans le processus éducatif de chacun de ses fils, appelé à se nourrir de chaque parole qui sort de sa bouche. Au contraire, en fait (et souvent), le contenu formatif de la formation Permanente extraordinaire sont différentes sollicitations, même spirituelles qui émergent des nécessités contingentes des personnes ou des groupes en question.

Nous pourrions donc représenter par ce schéma la différence entre la formation permanente ordinaire et la extraordinaire, différence qu’aussi la parole-du-jour contribue à marquer et à rendre significative.

Table. l: Formation permanente ordinaire e extraordinaire

Formation permanente
ORDINAIRE

Formation permanente
EXTRAORDINAIRE

Agent responsable

L’individu

L’institution

Référence temporelle

Quotidienne

Eventuelle

Finalité

Spirituelle-essentielle
(avoir en soi les sentiments du Fils)

Fonctionnelle-opérative
(mise à jour divers)

Domaine formatif

Totalité de la personne
(cœur-pensée-volonté…)

Compétences sectorielles specifiques

Condition intrapsichique

Docibilitas

Docilitas

Contenu formatif

La Parole-du-jour

Contenu e stimulations divers

Reconnaître ce rôle de la Parole en relation à la formation permanente n’est pas peu de chose et n’est pas si évidente, même dans nos Ratio formationis et pratiques éducatives.

Il existe aujourd’hui plusieurs spiritualités avec leurs respectifs chemins, même louables du point de vue de la forme et bien articulée dans la structure pédagogique, mais qui risquent beaucoup de fois de mettre entre parenthèse l’essentiel, ce que sans lequel nos parcours risquent d’être interrompus et déviants, ou d’être du n’importe quoi et banals ou ressembler plus aux parcours de santé ou d’hygiène psychique et non aux processus de conversion vraie et propre.

1.2 Parole de Dieu e rythme de la vie

Dans la vie de l’être humain, il existe divers rythmes. Les rythmes naturels ne sont pas décidés par l’homme, et il doit les respecter pour ses propres intérêts : a partir de celui qui est fondamental, entre jour et nuit (qui en vérité fonde tous les autres), et puis les rythmes naturels et conventionnels ensemble, c’est-à-dire au moins en partie établis par l’homme pour donner une certaine cadence ordonnée a son propre vivre dans le temps (3)

Rythme et rythmes

A part le rythme quotidien, nous avons le rythme hebdomadaire, puis ceux mensuel et annuel (4).

Rythme divers, comme il est facile de le percevoir. Vit bien, celui qui réussit à les vivre tous et à les concilier entre eux, de la manière que aucun ne « querelle » pas avec l’autre ou n’est pas étouffé, afin que chaque rythme ait sa ritualité, c’est-à-dire qu’il puisse s’exprimer d’une manière appropriée et caractéristique, ordonnée et spécifique, en enrichissant la vie et la personne, a partir – comme il a été dit- de ce rythme essentiel et fondant qui est le rythme quotidien.

Mais qu’est-ce c’est en réalité le rythme ?

C’est la cadence constante et régulière qui permet d’ordonner et d’organiser son propre temps (dans l’arc d’un jour, et puis d’une semaine, et d’un mois…) en vue de l’objectif qu’on veut réaliser dans la vie afin que cela soit du fait possible à atteindre. Chaque unité de mesure temporelle (le jour, la semaine, le mois, l’année) a par conséquent son propre rythme: avoir un bon rythme quotidien, par exemple, vaudra dire organiser sa propre journée de manière qu’en lui, il y ait un espace pour ce qui est essentiel, tant essentiel qu’il ne peut pas être négligé, même pas un jour, tant central que tout le reste tourne autour de lui. Avoir un bon rythme hebdomadaire ou mensuel ou annuel signifiera qu’il y a autres choses ou opérations qui ont un autre type d’importance et d’essentialité, ou par nature sont orientées à être accomplies dans un arc de temps plus ample, par exemple, d’une semaine, ou bien d’un mois ou d’un an.

Il en découle que, a partir des intervalles de temps indiqués (jour, semaine, mois…), l’importance du rythme est inversement proportionnelle à l’ampleur de l’arc de temps à laquelle il fait référence: plus petit ou bref est telle limite temporelle, plus relevant est ce rythme dans l’économie générale existentielle. Voilà pourquoi le rythme quotidien est celui qui est plus stratégique et décisif dans la vie d’une personne et dans sa formation permanente.

Il fait partie par nature des autres rythmes, c’est-à-dire continue en eux et l’individu devra toujours fait attention pour repartir de lui, à le respecter et à ne jamais le négliger; Ainsi le rythme hebdomadaire continue dans celui mensuel et annuel etc. Peut-être il ne sera pas toujours facile de combiner entre eux, les différents rythmes de la vie humaine, de les coordonner et les mettre en relation entre eux, tous autours- nous le soulignons- du rythme quotidien. Mais il est important de le faire, parce qu’aucun d’eux se suffit à soi même, mais chacun d’eux est indispensable pour donner le pas juste au cheminement et rendre concrète la possibilité d’atteindre le but qu’on s’est fixé dans la vie.

Trouver ce juste rapport entre les différents rythmes c’est comme passer les marches dans la conduction d’une voiture ou comme passer d’un rapport à l’autre quand on pédale une bicyclette. La formation permanente, en effet, est une lutte de résistance et de longue durée (comme la vie), elle ne se décide pas en une volée ou en un saut à partir d’une haute montagne; elle ne consiste pas en une seule étape, ni en un seul parcours, en une terre plane, mais c’est une épreuve continuelle, qui prévoit tous les types de parcours et d’âpreté, durant lequel il est décisif avoir- toujours en termes cyclistes- le rapport juste, celui qui permet à la pédalée d’être plus fluide et moins coûteuse, et le passage intelligent et toujours plus spontané, donc d’un rapport à l’autre.

Qu’est-ce que veut dire tout cela dans la vie d’un croyant?

Dieu marque les rythmes du monde”

Cela veut dire admettre que ce n’est pas seulement l’homme ou seulement lui a imprimer un rythme a sa propre existence, mais reconnaître que cela est déjà marqué par un rythme fixé par Dieu, ce Dieu immuable et éternel, comme dit la liturgie, qui marque « les rythmes du monde : les jours, les siècles, le temps » (5).

C’est donc entre ce rythme imprimé par Dieu, objectif déjà établi, général et macrocosmique, que devra chercher de s’insérer l’action du disciple qui veut vivre son propre temps comme temps de formation permanente, et non d’évasion permanente et le microcosme de sa vie comme un monde ordonné et rythmé par Dieu, le Créateur des mondes et le Formateur de chaque créature.

Plus en concret ce rythme est cadencé par Dieu à travers la Parole qu’il nous donne chaque jour, c’est exactement cette parole, toujours nouvelle, établie par l’Eglise et pas choisie par l’individu, qui “donne le temps” à toutes nos journées; mais en de différentes manières la Parole de Dieu est aussi ce qui cadence le rythme de la semaine et puis du mois, de l’année, des saisons de la vie et de la mort.

On confirme ainsi aussi sur le plan théologique la centralité du rythme quotidien, l’âme de tous les autres rythmes et donc aussi de la formation permanente; rythme qui tourne autours de la Parole, de la Parole-de-Dieu-du-jour.

C’est justement ce que nous voudrions voir de plus près dans les pages qui suivent, pour découvrir comment la Parole de Dieu entre dans le rythme complexe de la vie et en est le cœur qui bat , la respiration secrète.

2. LECTIO DIVINA: RYTHME QUOTIDIEN

Commençons maintenant avec le rythme quotidien. Etant le fondant et le central nous lui dédierons plus d’espace que les autres rythmes. La formation permanente est liée en grande partie à la capacité du croyant de se laisser former chaque jour par l’épée à deux tranchants qui est la parole de Dieu, et la parole-du-jour, celle qu’en ce jour là se lit dans chaque communauté des croyants, en toutes les parties du monde.

Une telle disponibilité vis à vis de l’Ecriture nous pourrions l’appeler docibilitas biblique (6), comme une forme particulière d’apprentissage de la Parole qui atteint jusqu’à la liberté de se laisser éduquer, former et transformer par elle chaque jour (7).

En effet, aujourd’hui, la Lectio Divina, est avec autorité recommandée (8), on parle beaucoup d’elle, sans aucun doute, plus qu’on la pratique réellement et quotidiennement.

Maintenant nous voudrions offrir quelques suggestions simples sur la nature, c’est-à-dire sur le concept et sur la méthodologie, de cette prière qui ouvre chaque jour notre vie de croyants, pour qu’il la marque profondément.

Nous la verrons à la lumière de cinq caractéristiques : lectio matutina, lectio divina, lectio scripta, lectio continua, lectio nocturna.

2.1 Lectio matutine

La maturité spirituelle ou la syntonie avec les désirs de Dieu naît et croît chaque jour exactement à travers la lecture, par excellence, des Ecritures Saintes dans la vie du croyant, plus en particulier par le biais de la lecture de la Parole-du-jour. On ne pourrait pas avoir une autre source et école, autre contenu et maître, autre rythme quotidien et matinal.

Lectio extraordinaire?

Peut-être ce n’est pas particulièrement originel souligné, ce que nous avons à peine dit, du fait que la Lectio est désormais entrée dans la culture du croyant. Pourtant on a l’impression qu’on n’arrive pas encore à comprendre la nature profonde, a part le fait d’être une pratique de piété, en réalité facultative (9). La méditation de la Parole est ce que normalement ouvre la journée du croyant et du disciple, lequel est tel parce qu’il croit justement en la Parole, se nourrit d’elle et seulement d’elle, selon le menu préparé par le Père chaque jour et donc de la Parole-du-jour celle à laquelle tous les croyants dans toute l’Eglise sont invités à se nourrir. Nature et fonction de la Parole-du-jour est celle d’ouvrir et accompagner la journée, en constituant le pas cadencé, le point de référence de chaque jour de la vie, sans exception et sans pourtant être essentiellement en fonction de son propre ministère, de la catéchèse ou de la prédication ou de l’étude personnelle, presqu’en l’utilisant d’une manière intéressée.

Chaque jour, chaque matin

Pour ce motif, elle ne peut pas être quelque chose de spécial, qu’on fait une fois par semaine ou quand cela nous plaît; elle constitue au contraire ce qui donne le rythme a chaque journée, presque comme son unité de mesure, ce qui la réunit autour d’un centre auquel elle confie un devoir ; elle est quelque chose qui ne peut jamais manquer pour aucun motif que ce soit et est mise rationnellement au début de la journée: chaque vocation, en effet, est matinale. (10), avant que je me réveille et commence les courses quotidiennes, elle est déjà à l’œuvre, déjà pensée et prononcée par l’Eternel, haute et lumineuse comme le soleil qui se lève sur le jour qui est entrain de commencer. Ainsi la Parole-du-jour : est matinale par sa nature, parce qu’elle contient et révèle la vocation de celui qui la lit, parce qu’elle n’ouvre pas seulement la journée, mais a la précédence sur tout le reste, sur mon agenda, sur cette file de pensées qui envahissent ma mémoire, quand je me réveille, voulant chacune avoir la précédence, et qui souvent ont la puissance de devenir immédiatement des préoccupations. La Parole d’aujourd’hui est ce qui donne le sens et l’ordre a ce que je ferai durant la journée, ce qui enfouit l’intelligence a mon être et rend attentif mon agir.

Le bonjour de Dieu

La Parole-du-jour est le bonjour de Dieu à mon réveil, comme un message ponctuel et toujours nouveau, qu’Il ne cesse de me transmettre jour après jour dans son plan d’amour; pour cela, elle ne peut être qu’une lectio amoureuse. Et surtout, sans la lectio du matin, je perds la clé de lecture de ma personne, comme si je suis privé d’intelligence et ignorant ; le jour se préannonce vide et insensé, les engagements deviennent dispersés, les relations humaines superficielles ou ambiguës, les imprévues comme une rupture qui vient rompre le rythme que je prétend avoir imprimé a mon temps, quand l’agitation nerveuse devant les tant de choses à faire prend le devant et me vole la joie (comme en Marthe) ; et comme les choses sont nombreuses et vraiment nombreuses, je dois courir et je ne peux pas rester là a faire de la méditation ou à dédier trop de temps… en plus, Je ne suis pas un novice ! Quelle tristesse quand la méditation devient une simple pratique de piété ou une obligation disciplinaire, et n’est pas cherchée comme don, comme don de Dieu qui m’illumine, comme règle de vie ou ordo qui met de l’ordre dans ma journée, comme une parole d’autorité qui me donne un devoir a accomplir durant la journée, comme geste affectueux de celui qui prend soins de moi, comme amour qui prévient, qui a de la précédence sur tous mes rendez-vous, un oasis qui calme l’empressement et dégonfle l’anxiété.

2.2 Lectio divina

La Lectio s’appelle Divina, justement parce que c’est Dieu l’auteur de cette Parole, c’est Dieu qui me parle à travers elle, c’est l’Eternel qui l’a inspirée, et non un Dieu lointain dans le temps, mais celui qu’aujourd’hui m’adresse cette Parole, et “si l’Esprit a inspiré Isaïe, ce même esprit a choisi aussi ce moment et ce verset, sur lequel je m’arrête…. pour me donner une aide et presque comme une seconde inspiration(11); e si Dieu en est le sujet, il en est aussi l’objet. Il me parle de lui et me révèle le mystère, toujours selon la sage pédagogie qui tient compte de mes capacités limitées ; chaque jour il me révèle un aspect nouveau, inédit, qui répond à mes nécessités réelles du moment, qu’Il connaît beaucoup mieux que moi, “à travers la ration d’une journée” (Ex 16,4), comme la manne et répond aux demandes profondes du cœur en ce précis aujourd’hui de mon existence, celles que Dieu lui-même a mises en moi et que Lui seul connaît.

Théophanie et anthropologie

Dieu ne me parle pas seulement de Lui, mais aussi de moi; ce n’est pas seulement une théophanie qui ouvre ma journée de croyant et de disciple de la Parole, mais une anthropologie. A travers laquelle le Père et le créateur me révèle progressivement mon identité personnelle, ma vocation, ce que je suis appelé à être pour me conformer à son Fils et avoir ses sentiments. Et aussi cette révélation est située dans l’aujourd’hui c’est-à-dire, elle me dit ce qu’aujourd’hui le Seigneur me donne et me demande. Quasi nous pourrions dire qu’il me confie un devoir pour cette journée qui est en train de commencer et que je pourrai accueillir et porter a son terme seulement si je l’accepte de ses mains dans un dialogue d’amour, comme est et doit être la méditation matinale.

Et la chose singulière et mystérieuse, c’est que les deux révélations, d’une certaine manière coïncident, puisque mon identité est dans celle de Dieu, pour ainsi dire, parce que dans la Parole même que Dieu parle, je suis invité à découvrir aussi ma vocation, la manière de lui ressembler, mon projet existentiel, mon nom caché dans le sien. Justement parce qu’elle vient de Dieu et parle du Dieu Eternel et immuable, la Parole-du-jour parle aussi de moi dans l’aujourd’hui de ma vie. Et alors, elle doit être accueillie dans le silence des paroles humaines, dans le recueillement intérieur avec lequel on s’approche du mystère, dans l’attente de celui qui se prépare à recevoir un trésor qui sera mis dans ses mains ; avec la merveille de celui qui connaît l’agir de Dieu et qui est habitué à ses surprises auxquelles on ne s’habitue jamais. En une parole, elle doit être accueillie avec une attitude typiquement mariale.

Comme Marie

Parce que la Parole-du-jour vient à ma rencontre, en réalité, comme l’ange qui est apparu à Marie au jour de l’annonciation et Marie est l’image de l’authentique croyant qui l’accueille, en vérité comme disciple de la Parole, avec toute sa charge de mystère, avec la crainte de qui est conscient qu’il se trouve devant Dieu, devant une Parole qui est douce dans la bouche, mais amère dans les entrailles (cfr. Ap 10,9), mais pourtant toujours devant un projet qui a Dieu pour auteur, et que ce sera Dieu à l’amener a son terme.

Sur le mosaïque du Père Rupnik dans la chapelle de la “Casa incontri cristiani” des pères Déhoniens à Capiago, la scène de l’Annonciation est présentée de telle manière à souligner le trouble humain qui après s’ouvre à la confiance, parce qu’illuminé par la certitude qu’il s’agit d’une initiative divine. Marie, en effet, dans la mosaïque tourne le dos à l’ange qui parle et regarde de l’autre côté. L’ange alors, en est resté surpris, et pour la protéger, allonge son aile, quasi en le couvrant, mais ensemble il déplace son aile, pour ne pas faire du bruit, et faire peur ultérieurement à Marie. Geste d’infinie douceur ! Marie, à ce point, laisse tomber la main et au même moment, elle l’ouvre. C’est encore son trouble, mais aussi son geste de disponibilité.- comment pourrait être?-, mais elle a compris que c’est le Seigneur et cela lui suffit: “je suis ta servante, fais de moi ce qui te plaît”. C’est l’Ecce ancilla, qui rencontre l’Ecce venia de Jesus Gesù (cfr. Eb 10,9), le verbe qui frappe a sa porte(12).

Parole-du-jour et “le jour fait par le Seigneur”

Comment un jour peut-il devenir « jour fait par le Seigneur » (Ps118, 24, comme chante la liturgie du jour de Pâques), mis en acte par Lui pour accomplir le Salut à travers une créature appelée à ce fin, si non en partant de la Parole, accueillie avec une attitude mariale ? Si non grâce à l’attitude de celui qui accueille et lit la Parole comme Lectio Divina, et non humaine, avec tout ce que cela signifie et implique dans le concret pour la conscience du croyant ? C’est seulement comment ça que n’importe quelle journée, fériale et ordinaire, est rachetée de la banalité des jours qui passent en tournant l’un sur l’autre sans laisser aucune trace sur les vivants, “comme le jour que moi j’ai fait » avec ma frénésie, ou avec ma paresse, et se préannonce au contraire comme jour de formation permanente.

C’est Dieu qui me donne le rendez-vous et non moi qui assume une obligation ou qui choisis de faire une chose belle, mais qui est de toutes les façons, optionnelle, que je peux me permettre de faire que quand j’ai envie de la faire, ou quand il y a un texte qui me plaît, ou un texte que je choisis pour moi (ou en ouvrant, pire encore, la Bible par hasard), ou quand et jusqu’au moment où je suis dans la formation initiale et si l’horaire la prévoit, ou peut-être en la comprimant dans le morceau de temps que je peux lui accorder ( Zut ! avec tout ce que j’ai à faire…).

Il ne s’agit pas d’être moralistes (ce n’est pas cela, en général, le problème aujourd’hui), mais au contraire de comprendre, encore, que nous sommes devant un don qui anticipe l’agir humain, que l’initiative est de Dieu, le Père- maître de ma formation permanente, qui jouit chaque jour d’être avec moi, qui chaque jour prend en main mon projet et m’appelle et me propose un pas en avant, un nouvel objectif défini par Lui et par sa Parole, justement parce que ma formation ait un point précis de référence, chaque jour, et ne tourne pas dans le vide. Et que je ne cours pas le risque de devenir un splendide ignorant (l’analphabétisme biblique théologique qui est de retour en beaucoup de consacrés) (13).

Comment pourrais-je ne pas tenir compte de cette invitation, la sous-estimer et la traiter avec autosuffisance ou penser que mon chemin de croissance puisse avoir d’autres points de référence en dehors de sa Parole, dans laquelle moi aussi, comme toutes les choses, j’ai été crée, pensé, aimé ?

2.3 Lectio scripta

Mais pour apprendre à lire la Parole, il faut apprendre a écrire la Lectio. Ainsi comme c’est le cas dans l’apprentissage normal humain, il ne suffit pas de savoir lire, mais nécessaire savoir écrire. Pourquoi il ne suffit pas seulement de savoir lire?

Qualité spirituelle de l’écrit

Parce que c’est justement l’écrit – en général – qui aide à prendre conscience de l’expérience faite, n’importe qu’elle soit ; aussi celle intellectuelle-spirituelle comme est la Lectio : à l’élaborer et la valoriser, à la concrétiser et la personnaliser, à en comprendre mieux le sens objectif et subjectif, à s’impliquer en elle et à retourner sur ce qui a été déjà écrit pour l’enrichir ou à le corriger ou à l’approfondir, sans risquer de l’oublier et à en conserver la valeur, à donner une touche d’irrévocable à sa propre réflexion, et à s’assumer de quelque manière, la responsabilité de la réflexion, mais surtout de la vie ; Et à faire de telle sorte que l’expérience devienne sagesse, c’est-à-dire que l’illumination d’un moment ne disparaisse pas, mais fasse partie, même en le modifiant, de la manière de penser et de lire l’histoire, de percevoir les autres et interpréter la relation, et qu’elle fasse partie de la propre identité, d’une manière stable et définitive. Combien d’inspirations nous avons perdue ou qui sont restées seulement expérience d’un moment sans devenir sagesse, aussi parce que nous n’avons pas eu l’humilité et la patience de les soumettre à l’élaboration complexe de l’écrit (14)!

Oui, parce qu’écrire est la plus haute forme de penser; évidemment pour qui a apprit à ne pas le réduire à l’auto projection inconsciente ou à en faire une opération de chronique générale. Plus encore, pour beaucoup « écrire est nécessaire pour penser. Le fait d’écrire oblige à exprimer ce qu’on a au dedans de nous. Cela nous permet de faire le point et de nous orienter » (15). En tout cas, l’écrit pousse à mettre en mouvement toutes les ressources intellectuelles et émotives, tout l’être pensant et aimant, donc oblige (et consent de) penser plus et mieux et pêcher plus profondément dans le cœur et dans l’intelligence, et à arriver à la conclusion de la réflexion, à choisir certaines paroles pour exprimer une pensée déterminée, et à nous engager avec, même si peut-être, incapables de dire jusqu’au fond tout ce que nous avons dans le cœur. Quelque fois c’est justement l’écrit (ou le devoir écrire) qui fait comprendre combien nous avons encore les idées confuses au sujet d’un certain argument, et combien de fois les idées se clarifient, en écrivant, quand le produit final est très différent de celui du début. Pour cela, peut-être, pour cet effort intérieur l’écrit est peu aimé; écrire sa propre expérience spirituelle, ou telle expérience spirituelle est, et devrait être, la médiation quotidienne de la Parole.

Pourquoi écrire la lectio

Pourtant il y a de bonnes raisons pour soutenir qu’une bonne lectio pourrait et devrait être de quelque manière écrite, de la manière qu’il y a différentes manières concrètes de comprendre cette écriture.

Ecrire la lectio c’est fermer le cycle d’inspiration ou herméneutique, qui a comme début l’Ecriture, œuvre de l’Esprit Saint, qui se poursuit avec l’écoute ou la lecture d’elle de la part du croyant et qui termine maintenant encore avec une écriture, avec laquelle le même croyant fait sien le verbe des Ecritures Saintes, en le faisant descendre dans sa propre existence, quasi comme pour le purifier et le vivifier, ou plonger sa propre existence dans cette Parole, comme immerger sa vie dans l’encre de la Parole. C’est beau penser que l’Esprit, qui a inspiré l’auteur sacré, c’est le même Esprit qui inspire et illumine le lecteur à comprendre le texte biblique et enfin inspire et touche le coeur et la pensée du lecteur écrivain, en partant toujours du texte sacré.

Une chose est certaine : écrire la lectio est une expression ultérieure de la prise de conscience de combien le croyant prend au sérieux ce rendez-vous quotidien matinal avec la Parole, et cherche maintenant, en le mettant sur une feuille, de ne pas en perdre le sens, l’illumination et la nouveauté.

Mais voyons, comment cet écrit est réalisable en concret. Nous avons dit que la Lectio devrait être écrite, d’une manière ou d’une autre, c’est-à-dire que cet “écrit” personnel est possible de différentes manières. Gratry dit qu’on devrait méditer “toujours avec le bic en main » (16). C’est une indication aussi simple que sage; naturellement adressée aux simples et humbles, non “intelligents et sages”, qui non pas besoin de ces suggestions. Voyons certaines de ces manières sans mettre l’accent sur aucune. Chacun a sa calligraphie ou son style d’écrit.

Souligner

C’est déjà un écrit le fait de simplement souligner, comme un premier pas d’un processus de personnalisation qui vise l’écrit. En soulignant une parole ou un verset, en mettant en évidence une phrase-clé ou un geste du Seigneur raconté dans l’Evangile, le lecteur manifeste une particulière relation avec cette parole, qui comme une étincelle de lumière – greffe à son tours une série de réactions: par exemple l’intérêt que la Parole suscite en lui ; la concentration sur elle ; de l’attention du priant pour la faire propre ; la pause méditative devant elle pour la scruter, la creuser, la ruminer, pour découvrir un sens particulier et peut-être inédit et se reconnaître en elle ; la prière personnelle et vraie pour laisser sédimenter au cœur cette parole-là et dialoguer avec. 

Le texte souligné indique exactement le type de lecture du croyant, les zones d’attraction et de majeure provocation ; sa manière personnelle de s’approprier de ce qu’il lit, est le signe de la personnalisation de la lecture. Pour cela l’exercice de souligner doit être utilisé avec critère, c’est-à-dire, il n’aurait cela n’aurait aucun sens souligner tout ou quasi tout, ce serait le signe d’une lecture plate, qui met tout au même niveau. Il y a certains qui souligne simplement, d’autres utilisent le marqueur de texte, peut-être avec des couleurs différentes (justement pour dire les différents degrés de significativité subjective du texte) ; il y a quelqu’un qui reproduit dans le texte un petit schéma résumé en se servant d’images, de flèches, de symboles. Va bien tout ce qui exprime un contact réel, un dialogue commencé et destiné à continuer, une échange qui après continuera durant toute la journée. C’est clair que l’exercice de souligner, pourra être fait aussi à la fin de la journée, en reprenant en main, le texte de la méditation matinale, et mettre en évidence une attention ou une compréhension, peut-être nouvelle, sollicitée par les évènements.

En conclusion, la Bible ou au moins le commentaire quotidien de la Parole-du-jour sur laquelle se fait la réflexion matinale, devrait avoir les signes de la lecture ou de la lutte matinale de la rencontre et de la non rencontre de chaque jour avec elle. Le livre de l’Ecriture devient, alors, comme la chose plus personnelle qu’on possède et est telle dans la mesure où on s’en est approprié et le texte est devenu, vraiment un texte utilisé, jusqu’à être usé à cause de l’utilisation, marqué et souligné à exprimer en quelque sorte la pluralité des sentiments du croyant et vice-versa :l’amour, la peur, la vénération, la fascination, l’inspiration, les lumières, les doutes, les interrogations du moment. Parce que la Bible n’est pas un texte de bibliothèque, beau a être regardé, a conserver intègre et, intact et sans contamination. A quoi servirait-elle, de cette manière ? C’est un texte inspiré seulement, s’il est inspirant; il est sacré seulement s’il est incarné dans les vicissitudes humaines. C’est une page belle seulement si c’est un champ de travail et de bataille ; c’est un ami fidèle et quotidien seulement, si c’est un interlocuteur habituel et franc.

La réflexion personnelle

C’est mieux, si le lecteur va au-delà du simple exercice de souligner et enregistre d’une manière et de l’autre, à côté du texte, les sensations et réflexions que la Parole a déposées et semées dans son cœur: d’un simple commentaire du texte à la prière modulée sur elle, de la mise garde-reproche qui sort de la Parole et lui “crucifie le cœur” (cfr. At 2,37), au verset qui doit l’accompagner durant toute la journée (peut-être écrit sur une feuille exposée), de la décision prise a partir de la Parole à la “traduction” personnelle et application créative du texte biblique, de l’in­tuition subjective à la phrase de l’auteur spirituel, ancien et moderne, qui en est extrait d’une manière originelle le sens. Le lecteur qui ne veut pas perdre tout cela, devient un écrivain qui note avec attention cette richesse dans son commentaire personnel, pour ne pas perdre le fruit. Une telle annotation ferait encore partie de la Lectio, comme sa partie finale, geste priant qui conclue en demandant à Celui qui a semé la Parole, le don de l’amener à la maturation, pour qu’elle s’accomplisse.

Peut-être quelqu’un sourira ou la trouvera comme une chose exagérée et artificielle, mais en réalité qu’est-ce qu’il y a de plus logique et naturel d’avoir une sorte de « journal »  de la Parole-du-jour, comme un compte-rendu quotidien de sa propre Lectio? En fait c’est une manière de protéger le don du Seigneur, ou de le raconter à travers cette manne, dans laquelle, jour après jour, le disciple s’est reconnu. Cette Parole a rythmé sa vie et sa croissance ; formation permanente est aussi “protéger” ce trésor et retourner à lui pour se laisser toujours plus envahi par la puissance de cette Parole.

C’est déconcertant , penser à combien de Paroles de Dieu, semée chaque jour dans nos cœurs et qui rencontrent des terrains arides et pierreux, épineux et de ronces (cfr. Lc 8,4-15) et restent pour cela inaccomplies.

En écrivant de différentes manières la Lectio, entre autre, on l’aide énormément, dans le sens qu’on ne court pas le risque d’oublier (scordare= détacher du cœur) durant la journée, la parole-du-jour, de perdre à travers le temps les inspirations et les lumières reçues durant la méditation; peut-être écrire la Lectio aide la prière du soir, particulièrement au moment de la vérification (évaluation), “soulève et libère du poids le sens de l’inexprimable et de l’ineffable (17), qui quelque fois devient une excuse commode, excusant qui dispense la fatigue de dire en des paroles simples, la richesse de la Parole.

Dans ce sens le fait d’écrire la Lectio devient un des exercices les plus salutaires: il crée l’habitude de raconter la Parole, a soi-même surtout (et après aux autres, et libère de l’illusion de celui qui pense avoir compris tout, tellement tout, a tel point de ne pouvoir ni savoir trouver des paroles pour dire ce qu’il a compris. C’est exactement le contraire: la Parole divine se laisse traduire en paroles humaines. Celui qui ne sait pas écrire, pas seulement, il ne sait pas lire, mais montre en quelque sorte, d’avoir compris peu ce qu’il a lu. Appliqué à notre contexte, celui qui ne se contente pas de paroles humaines, simples et limitées, pour dire le divin, fait l’illusion, peut-être d’être un mystique qui a vue l’indicible (et celui qui craint que la parole humaine gâterait la beauté de ce qu’il a vu et senti), mais en réalité, s’il ne trouve pas des paroles humaines pour communiquer l’expérience, démontre de n’avoir jamais entré en contact avec la Parole de Dieu (18).

2.4 Lectio continuelle

Dans les premiers paragraphes, nous avons indiqué surtout le contenu de notre formation quotidienne, dans le troisième et surtout les deux prochains, nous indiquerons, en particulier, la méthode qui nous amène au même objectif formatif.

La lectio durant la journée

La Lectio est continuelle, quand elle suit d’une manière régulière le même livre de l’Ecriture, sans interruptions ou sauts. Mais ce n’est pas le sens que nous attribuons maintenant à l’expression: la Lectio est continuelle quand l’approche méditative matinale à la Parole-du-jour continue durant toute la journée. C’est-à-dire quand la Parole qui a ouvert la journée accompagne tous les moments de la journée, jusqu’au soir, en s’accomplissant en elle en quelque sort. C’est pour cela, que la Parole a été dite par Dieu, non pas pour une simple consolation spirituelle du lecteur pieux, mais pour s’incarner dans l’histoire, dans la petite histoire de chacun de nous et réaliser le salut. Autrement dit, nous sommes semblables à ce terrain pierreux duquel parle Jésus, qui a accueilli au début, avec enthousiasme la Parole et a fait germer les semences, en les laissant séchées (cf. Lc 8, 6-13). Ce n’est pas suffisant la première adhésion matinale.

La Parole fécondée par les évènements

Cette parole, comme dit le prophète (Is 55,10-11), ne retournera pas au Père de la même manière qu’elle est sortie de sa bouche, mais au contraire plus enrichie de ce qu’elle a opéré dans le cœur du croyant; cela adviendra seulement si la journée du croyant et donc de sa vie, sa personne, ses affections, ses relations, et aussi ses échecs et désillusions, tout, devient comme un ventre, comme le ventre de Marie, qui a chaque jour fait naître une parole toujours nouvelle de Dieu. C’est le schéma rigoureusement biblique de la Parole fécondée par les évènements. La Parole-du-jour est la semence divine, semée par Dieu sur le terrain de nos journée : ce sera seulement la rencontre entre les deux éléments qui consentira à la Parole de se révéler pleinement, d’être comprise dans toute sa richesse, de s’accomplir d’une manière toujours nouvelle et inédite pour le salut. Cet accomplissement ou toutes ces phases qui l’amènent à lui, est notre formation permanente ordinaire.

À quoi sert, en effet, une méditation soignée et conduite selon les règles classiques et modernes de la Lectio, si elle reste confinée à un espace rigoureux? À quoi sert méditer, en passant d’une manière ordonnée et avec une certaine succession à travers Lectio, Meditatio, Oratio, Contemplatio, Discretio, si cela ne continue pas après durant la journée ? Comment, peut-on parler d’unité de vie autour de la Parole, si le croyant ne trouve pas une manière de continuer durant les activités quotidiennes, sa relation avec cette Parole spécifique? Ce serait comme quelqu’un qui se nourrit abondamment (de la Parole), mais qui ne se met pas en mouvement (=il ne fait pas circuler la Parole durant la journée). C’est-à-dire il y a en nous une abondance de connaissance de l’Ecriture, quasi une obésité intellectuelle, mais avec peu de retombée et implication existentielle; la Parole reste stérile dans un disciple stérile, peut-être il ne se rappellera, même pas, durant la journée, de cette parole qui lui a ouverte la journée, et pire encore, il ne fera aucun effort, comme si c’était un souvenir non nécessaire. Quelle expérience pourra-t-il dire d’avoir faite, un tel disciple qui oublie beaucoup, la Parole qui est le rocher de la vie, comme une lampe sur ses pas, comme aliment qui lui donne force?

Je crois qu’une des limites de l’interprétation moderne de la Lectio est celle de reléguer la rencontre avec la Parole a un moment de la journée, le plus dignement géré qu’il soit. En tout cas, c’est une interprétation réductive et faible, qui fait de la Lectio n’importe quelle pratique de piété et ne respecte pas la centralité absolue de la Parole dans la vie du disciple, non pas seulement en théorie ou dans sa tête d’étudiant (quand cela va bien). En particulier dans la vie, ainsi dynamique et complexe de l’apôtre d’aujourd’hui, il est fondamental d’éclaircir ce point, en lequel consiste une bonne partie de ce que nous appelons formation permanente ordinaire et qui donne le rythme à la journée.

C’est indispensable, certainement, l’approche matinale de la Parole-du-jour, mais sans prétendre épuiser en ce moment là, la relation avec la Parole. Ceci est seulement une première approche destinée à marquer la journée et à continuer d’une manière plus intense et articulée durant la journée. De quelle manière ?

Avec certaines attentions méthodologiques a propos du moment spécifique de la méditation et la suite durant la journée.

Garder la parole

Surtout, en concret, il est important que le lecteur sorte de la méditation du matin avec une Parole, un verset, une scène ou une image précise, quelque chose dans lequel, il sent que se concentre le don et l’appel du Seigneur pour cette journée. En effet Bossuet dit, quand on médite et on cueille une vérité importante pour sa propre personne ; il est important de s’arrêter et de ne pas passer d’une pensée à l’autre, d’une vérité à l’autre : “Maintenez une, comprimez-la, jusqu’à ce qu’elle pénètre en vous, attachez en elle votre cœur, extrayez, pour ainsi dire, tout le jus à force de la contempler, fixez-la avec votre attention” (19). La méditation matinale est plus un moment d’accueil que celui de la compréhension, c’est le moment où on laisse la Parole ou une partie d’elle entrer dans son propre cœur, pour y être gardée et conservée durant la journée comme un trésor, même si cela n’a pas été compris dans tout son sens (c’est l’accueil virginal de celui qui, comme Marie, ne fait aucune violence à la Parole, même pas pour la comprendre ou pour la comprendre immédiatement, cf. Lc 2,19.51).

Cette Parole ainsi gardée, assumera toujours plus un rôle actif dans la vie du croyant, et deviendra son gardien “ se tu conserveras et garderas la Parole… de manière qu’elle descende dans le profond de ton âme et pénètre tes affections et des habitudes…, il n y a pas de doute que toi aussi tu seras gardé par elle”, dit, en effet, Saint Bernard. C’est ici que commence la Lectio dans la journée ou durant la journée.

Demeurer dans la Parole

Cette même Parole conservée-gardée devra concrètement durant la journée devenir la racine de chaque geste et pensée, affection et désir, de manière que tout dans l’être et dans l’agir de la personne trouve en elle sa source et sa force, comme si tout était planté en elle exactement comme la branche unie à la vigne (cfr. Jn 15), ou comme si le croyant donnait à chaque circonstance la parole à Jésus, faisant confiance à l’évangile et en allant au-delà du bon sens ou des propres hypothèses. De cette manière là, naît la familiarité profonde et passionnée avec l’Ecriture, quand la Parole “ reste” dans le cœur et la pensée; c’est justement ce rapport constant et vital entre la Parole-du-jour et le croyant qui donne naissance lentement à ce processus d’incarnation de la Parole dans la vie du disciple, processus qui rendra toujours plus compréhensible le mystère.

La formation permanente fait partie et est le fruit de ce processus et est déjà en acte a ce point, en renouvelant la pensée et en la maintenant jeune et créative, comme bien dit Origène: “Notre pensée se renouvelle, a travers l’exercice de la sagesse et la méditation de la Parole de Dieu et la compréhension spirituelle de sa loi, et quelqu’un, dans la mesure où chaque jour, il progresse en lisant l’Ecriture, dans la mesure où il accroît sa connaissance, toujours et quotidiennement, il se renouvelle. Je ne sais pas, si une personne paresseuse peut se renouveler dans sa relation avec les Ecritures divines et dans l’exercice de la compréhension spirituelle, à travers lequel, on peut non seulement comprendre ce qui est écrit mais aussi l’expliquer plus clairement et le révéler avec majeure précision ” (20).

Parier sur la Parole

Le pas successif sur tel cheminement c’est la référence explicite à la Parole-du-jour, quand il y a à prendre une décision durant la journée. Autrement dit, il s’agit de rendre la parole que Dieu, d’une certaine manière, a donnée au croyant, critère de discernement en général et point de référence spécifique de ses propres choix petits ou grands qu’ils soient; et nous savons combien sont les choix et combien ils pourraient être les choix qui remplissent notre journée. La Parole-du-jour est comprise seulement, si et quand chaque projet passe à travers elle, est filtré et purifié dans ses composants impurs et seulement quand cette Parole devienne l’unique motif, l’unique fondement, l’unique explication de la décision.

Là naît le croyant, quand quelqu’un peut dire, comme Pierre cette fois là sur le lac: “ j’ai fait ce choix en m’appuyant seulement sur ta Parole, et non parce qu’une certaine logique humaine pourrait m’amener en cette direction, mais parce qu’il me semble que tu me le demandes a travers cette Parole qui a ouverte aujourd’hui ma journée; un certain critère humain, au contraire, me conduirait ailleurs, mais je veux parier sur cette Parole que tu m’a donnée et justement parce que tu me l’a donnée aujourd’hui, je sais qu’elle a quelque chose à dire à ma journée et peut donner sens et vigueur à mes choix ; je veux croire qu’elle est vraie et ne trompe pas, je veux essayer de voir qu’est-ce que devient ma vie, construite seulement sur ton Verbe. Rigoureusement parlant, celui qui n’a jamais fait ce type de pari, traite la Parole comme un livre intéressant, comme l’est un livre qui parle de Mars et de l’hypothèse de vie sur cette planète. Autrement dit, celui qui n’a jamais fait un pari sur la Parole n’est pas croyant, à la rigueur c’est une hypothèse de croyant, plutôt éloignée.

Accomplir la Parole

Si on a le courage de faire un pari sur la Parole, alors la Parole s’accomplit et aussi la formation permanente s’accomplit, c’est-à-dire devient permanente en n’importe quel jour. La Parole s’accomplit par sa force intrinsèque, comme l’a dit, cette fois là, Jésus dans la synagogue de Nazareth (cfr. Lc 4,21); mais aussi, parce que le croyant l’accomplit, lui donne vie et l’apparence humaine, lui donne visibilité et chaleur en sa personne, lui donne originalité et nouveauté dans l’imprévisibilité de son vécu quotidien. “La personne devient la Parole qu’elle écoute (…).Elle l’assimile comme lait”(21).Elle l’accomplit comme en Marie, se sont accomplis les jours de l’accouchement et qu’elle a donné naissance à Jésus. Retournons encore un moment à la mosaïque du P. Rupnik: Marie y est représentée avec en main un pelote de laine rouge, appuyée discrètement sur le ventre, et le file déjà en partie désenroulé du pelote arrive à l’autre main, la gauche ouverte pour signifier le consentement de la Vierge. Le file rouge qui part du ventre de Marie et va jusqu’à la main en tournant autour des doigts, indique que la décision contenue dans son « Oui » a déjà tissé la chair du Verbe. C’est le mystère de l’incarnation : Mystère grand qui peut être renfermé dans la mesure petite et limitée de chacune de nos journées et de nos choix.

La Parole-du-jour est comme le file rouge qui lie entre eux, tous les instants de la journée, les connecte entre eux, en donnant unité à la vie et à la personnalité du croyant, mais aussi c’est le file rouge avec laquelle chacun de nous tisse la chair du Verbe dans la ventre virginal de sa journée, de chacune de ses journées, avec une vigilance jalouse et une patience têtue, avec sens de responsabilité et un cœur pensant. Sans prétendre, chaque jour trouver, qui sait, une belle broderie, ou qui sait, cette révélation et découverte spéciales mais simplement “en se contentant” de réaliser sa propre vie en cohérence avec la Parole ou accomplir cette Parole dans le tissu de la vie quotidienne.

Dit en d’autres paroles: La formation devient vraiment permanente et “s’accomplit” dans quotidienneté de la vie, grâce au don journalier et toujours nouveau de la Parole, qui trouve son terrain disponible dans le disciple, dans son engagement concret, dans le sérieux comment il accueille la Parole chaque jour, la conserve et la garde en soi comme un trésor. Il demeure en elle, en faisant d’elle, la racine de chaque expression vitale, et le point de référence de chaque choix. C’est comme un tisser et retisser le tissu de la vocation avec le file de la Parole. Ainsi la Parole s’accomplit dans sa vie.

La formation permanente dans sa dimension ordinaire veut dire au fond passer de la conception ancienne de la méditation comme prière du matin à cette logique de la Parole-du-jour qui embrasse toute la journée. Ou autrement dit, la formation initiale est pour la formation permanente ce que la Lectio matinale est pour La lectio continuelle (au sens que nous sommes en train de lui donner maintenant).

2.5 Lectio nocturne

Nous sommes à la fin de la journée. Le rendez-vous avec cette Parole qui a ouvert la journée et qui a continué durant toute la journée, ne cesse pas, mais continue encore. Plus encore c’est toujours cette même Parole, qui a ouvert la journée et qui maintenant la ferme. C’est logique que cela soit ainsi, en théorie et en pratique.

Contemplation gratifiante

En d’autres Paroles, la Lectio continue, continue avec la prière du soir qui est mise au terme de la journée du disciple. Nous pourrions même dire que c’est plus Lectio, celle du soir que celle du matin. Pourquoi ? Parce qu’au terme de la journée le croyant a devant lui non seulement la Parole, mais la Parole plus les évènements dans lesquels la Parole s’est accomplie, donc une Parole plus claire et plus compréhensible, plus évidente dans sa signification, plus belle a contempler et peut-être plus inquiétante, plus vive et vivante. C’est en effet, le moment de la contemplation. De cette cognitio vespertine ou vision nouvelle vespertine, peut-être nocturne, en tout cas, conclusive de la journée, où la lumière s’obscurcit et le soleil disparaît ; les voix se taisent et les tensions se ralentissent et une autre lumière quiète qui illumine les yeux et rend la pensée et le cœur capables de « lire du dedans ».

C’est la contemplation typique de l’apôtre, comme contemplation pleine de gratitude pour tout ce que le Seigneur a révélé de soi, mais aussi une contemplation excavatrice, terre à terre, et pleine d’histoire, d’événements humains et complexes, de demandes, peut-être restées sans réponses, des anxiétés qui se sont renversées dans le cœur de l’apôtre: tout cela est réoffert à Dieu ou remis dans ses grandes mains, au terme de la journée, pour que le Père prenne soins de ses fils, en particulier de ceux qui souffrent, soigne les blessures et console les cœurs brisés ; il intervienne là où l’apôtre a constaté sa propre incapacité ou la disproportion entre nécessité et urgence des problèmes et ses cinq pains et deux poissons. Justement c’est pourquoi tout cela est laissé ouvert à la puissance de la Parole et de la Parole-du-jour, lieu mystérieux de la grâce, pour une révélation pas encore totalement claire, dans un certain sens, opaque, mais suffisant, pour que l’apôtre se rende compte de la semence du Règne qui est en train de venir et les germes du salut qui sont entrain de devenir réalité.

«Bonne nuit, mon Dieu»

Et alors, on peut prier comme Siméon “maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, parce que mes yeux ont vu ton Salut (Lc 2,29-30). Siméon a prié ainsi au terme de sa longue vie, après avoir finalement “vu” le Salut; le disciple de la Parole prie ainsi au terme de la journée, de chaque journée, parce que chaque jour vécu à la lumière de la Parole est pour lui le jour durant lequel s’accomplit le Salut. C’est la maturation et la maturité de la foi, favorisée par l’intelligence des Ecritures : les yeux et tous les sens sont rendus attentifs, cœur et pensée sont toujours plus intelligents, capables de « lire du dedans » le mystère, la personne entière toujours plus docibilis pour se laisser former chaque jour par la Parole-du-jour.

Et ainsi le cantique du vieux croyant qui salue la vie devient semblable à la « Bonne nuit » que le croyant d’aujourd’hui adresse à Dieu avec un cœur plein de gratitude; de la même manière que la lectio matinale est le bonjour de Dieu, ainsi la lectio vespertine ou nocturne est la bonne nuit du disciple. La journée termine justement, traversée par la Parole qui s’est accomplie en elle. La personne est pleine de joie, une joie sereine et détendue qui concilie le sommeil, et prépare une nouvelle journée, durant laquelle une autre Parole s’accomplira.

Paix et distension (relaxation)

L’apôtre qui s’est fatigué durant toute la journée, ne pourrait pas la conclure diversement, il ne pourrait pas trouver autre distension en dehors de celle qui lui est offerte par son retour à cette parole qui a ouvert la journée et maintenant, qu’il voit comme un “étendre” sur toute la journée, en la recueillant et en lui donnant un cœur et presque illuminé par une lumière nouvelle. Ceci, je répète, est détente, a part d’être intrinsèquement formatif, parce que profondément pacifiant, harmonique, divin et humain, linéaire (et rien n’est plus relaxant que la cohérence). L’apôtre qui a vécu la fatigue de l’annonce évangélique aux petits et aux ultimes, aux lointains, a celui qui lui a opposé résistance, a besoin d’une distension, d’une vraie distension, du corps et de la pensée.

Que personne ne dise, qu’il ne fait pas la prière du soir parce qu’il est fatigué, cela signifierait qu’il n’a rien compris à propos de la nature même de la prière du soir, et parce que ce serait contradictoire: justement parce qu’il est fatigué, qu’il a besoin de la prière de la Lectio vespertine et de la paix profonde et relaxante qui peut venir seulement de la Parole. (22).

Il faut être attentif, à ne pas chercher des formes étranges et impropres de distension à la fin de la journée (en donnant une espèce de libre cours plus ou moins transgressif a certaines impulsions et instincts, d’une manière irréfléchie, ou simplement en cliquant et en navigant), forme étranges et impropres dans le sens que, au-delà d’être moralement pertinents, ne seraient pas en ligne avec ton identité et vérité, et donc ne seraient pas capables de te donner ce que tu cherches et qu’elles semblent te promettre ; elles ne pourraient jamais t’assurer la vraie distension de la pensée et du cœur, mais au contraire seulement quelques miettes de gratification des sens, immédiatement brûlées par un contre goût (remords) douloureux, mais prête à se représenter toujours plus exigeante et puissante, jusqu’à te rendre dépendant. Plus que distension, ici petit à petit naissent de nouveaux esclavages.

Une fois encore, au-delà de la vertu ou de la fidélité dans le sens moral, il y a très peu d’intelligence et beaucoup de folie dans la facilité et la légèreté avec laquelle beaucoup ne se rendent pas compte de ces pièges, finissant par vendre dignité et liberté personnelle et par perdre la paix intérieure.

De l’autre côté, c’est pourtant important que l’apôtre dépasse une autre illusion ou prétention, premièrement entrevue, celle de la toute-puissance, qui pousse certains à prolonger- plus follement que héroïquement- l’activité, comme si, le salut dépendait d’eux et qu’ils devraient obligatoirement résoudre tous les problèmes des gens, avec le résultat qu’avant ou après de s’éclater ou de s’épuiser en un bref moment ! Une fois encore, le contact avec la Parole-qui-sauve, c’est l’expérience de la rédemption qui peut venir seulement d’elle ; c’est l’acceptation sereine da sa propre limite, c’est confier tout et tous, en commençant par les personnes qui nous sont confiées, à la puissance de la Parole, exactement comme Paul faisait avec ceux qu’il n’aurait plus vu (cfr. At 20,32) et comme devrait faire chaque prédicateur et semeur de la Bonne Nouvelle, qui ne prétend pas récolter, mais laisse que les autres le fassent.

Vérification devant la Parole

En même temps, la Parole devant laquelle se conclue la journée devient aussi la vérification très réaliste, point de référence pour un examen de conscience ponctuelle. Et c’est logique et cohérent avec ce que nous avons dit : la contemplation de la Parole qui s’est accomplie dans les évènements de la journée, rendra inévitablement plus clair et évident en ces moments de la journée où certaines attitudes du disciple n’ont pas été conformes à la Parole, en ce qui dépende de l’homme, pour la réalisation du salut.

De l’autre côté, cela fait partie de la nature de la Parole: ce n’est pas toi qui la lis et la contemples, mais c’est elle qui te regarde, te fixe, te jette un regard tendre et pourtant sévère, t’accuse et te blesse, te guérit et te sauve, t’appelle et te caresse, te transperce le cœur. Pour cela la Bible appartient à celui qui la lit, parce que chaque lecteur sait que dans un rouleau du libre, il y a quelque chose écrit sur lui et pour lui (cfr. Sal 40,8). Et c’est justement cela, peut-être qu’il sent et découvre plus encore dans la prière du soir.

Et ainsi, l’examen de conscience assume une importance, lui aussi a partir de la Parole-du-jour, parce qu’il ne peut être fait seulement que devant elle, et pour cela, il ne sera jamais répétitif et déterminé (et puis termine par être abandonné comme quelque chose qui n’est pas tant important), mais me fera connaître toujours plus de nouveaux aspects de ma pauvreté et faiblesse. Ainsi la connaissance personnelle, de mon monde intérieur, croît ensemble avec la connaissance de Dieu et de sa Parole ; et en même temps, se réalise un des objectifs de la formation permanente : la capacité de la lecture de la vie à la lumière de l’intelligence des Ecritures. Mais surtout la vie du croyant commence à avoir son rythme fondamental.

AMEDEO CENCINI
Extrait de “LA VITA AL RITMO DELLA PAROLA.
Como lasciarsi plasmare dalla Scrittura” San Paolo 2008

NOTE

[1] voir, en particulier, Il respiro della vita. La grazia della formazione permanente, Cinisello Balsamo 2002, e idem, L’albero della vita. Verso un modello di formazione iniziale e permanente, Cinisello Balsamo, 2005.

[2] Elles ne sont pas trois paroles, mais une unique parole, comme l’indiquent les traits-d’unions.

[3] J’ai approfondi le thème dans A. Cencini, Il respiro, 56-74.

[4] Et Peut-être nous pourrions ajouter le rythme saisonnier, lié aux saisons de la vie, et s’il existe un rythme ordinaire, il y a aussi le rythme extraordinaire, lié à certaines situations critiques de la vie (crise, transfert, changement de rôle, maladie d’une certaine gravité). Dans cette analyse nous nous arrêterons aux quatre rythmes classiques, que nous venons de mentionner.

[5] De l’hymne de l’heure nonne de la Liturgie des heures.

[6] A propos de la docibilitas, voir A. Cencini, Il respiro, 34-39.

[7] Substantiellement, je reprends ce que j’ai exposé dans le volume déjà cité La verità della vita, 312-328, mais avec un ajout d’une caractéristique significative.

[8] Cfr. Benoît XVI, Exhortation Apostolique Post-Synodale “Sacramentum caritatis”, Roma, 2007, 45; Jean Paul II, Exhortation Apostolique Post-Synodale “Vita consecrata”, Rome 1996, 6; 94; 101. Voir aussi dans cette collection, le petit volume de I. Gargano, La lectio divina nella vita dei credenti, Cinisello Balsamo 2008.

[9] Encore plus, en général, il semble licite se demander “ On pratique encore la prière mentale? C’est perçu comme un élément d’une vie spirituelle sérieuse?… Il nous semble plutôt que, en réalité, on se contente de la prière vocale, peut-être aussi liturgique…» (G. Mucci, È passata di moda la preghiera mentale?, dans «La Civiltà Cattolica», 3761 [2007] 430).

[10] Nouvelles vocations pour une nouvelle Europe. Document final du Congrès sur les vocations au Sacerdoce et à la Vie Consacrée en Europe, Rome, 5-10 mai 1997, 26 a).

[11] J. Guitton, 1/ lavoro intellettuale. Consigli a coloro che studiano e lavorano, Cinisello Balsamo 1996,89.

[12] Cfr. L. Guccini, Volgeranno lo sguardo a colui che hanno trafitto,Capiago 2006,13-14.

[13] A la IV Conférence de l’Eglise italienne, célébrée a Vérone, le moine Mosconi a stimulé surtout les prêtres et les consacrés à se demander, quarante ans après le Concile: «Ce temps- que pour la Bible est signe d’une génération entière, combien ont été provoqué et transformé par la Parole? Qu’est-ce que nous avons fait de la Parole ? (F. Mosconi, Meditazione, in «Avvenire», 18.X.2006, 10).

[14] A sujet du sens du passage de l’expérience à la sagesse cfr. A. Cencini, La verità, 401-409.

[15] J. Guitton, Il lavoro, 98.

[16] Antonin-Dalmace Sertillanges, La vita intellettuale, Rome 1998, 182.

[17] J. Guitton, Il lavoro, 98.

[18] «Jean a commencé le prologue de son Evangile avec les paroles: “ Au commencement était le Logos. Logos signifie en même raison et Parole, une raison qui est créatrice et capable de se communiquer (Benedetto XVI, Fede, ragione e università. Ricordi e riflessioni, in «L’Osservatore Romano», 14.IX.2006, 6), si donc Logos signifie capacité communicative, celui qui en fait l’expérience doit savoir “communiquer” avec les paroles, le contact avec une telle Parole.

[19] J. Bossuet, Méditations sur l’Evangile, citato da G. Ravasi, Meditare e masticare, in «Avvenire», 17.V.1997, 1.

[20] Origene, Commento alla Lettera ai Romani, a cura di F. Cocchini, Volume Il, Genova 1986, 95 (In epistulam ad Romanos IX, 1 commento a Rm 12, 1-2).

[21] F. Mosconi, Meditazione, 10.

[22] La tradition orale de mon Institut (les Canossiens) dit que nos premiers pères, frères simples, se consumaient les jours dans le travail humble de l’oratoire juvénile quotidien, et ils arrivaient très fatigués à la fin de leur journée, mais ils ne pouvaient renoncer au rendez-vous vespertine-nocturne avec le Seigneur. Pour ne pas risquer de s’endormir, ils recouraient alors à ce stratagème singulier: ils se baignaient la nuque avec un tissu d’eau froide. Je crois que la prière qui sortait de ces cœurs là, si ce n’était pas particulièrement élevée sur la plan mystique, certainement c’était une prière qui est agrée par Dieu, typique prière de la fin de la journée de l’apôtre qui a dépensé toutes les énergies pour annoncer le Seigneur, et qui maintenant, sent l’exigence de conclure, la journée là où il l’avait commencé, de raconter à son Seigneur le trame du jour passé, de remettre tout a son cœur, pour trouver paix dans ses bras.

 

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Questa voce è stata pubblicata il 01/02/2020 da in Foi et Spiritualité, FRANÇAIS con tag .

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San Daniele Comboni (1831-1881)

COMBONIANUM

Combonianum è stata una pubblicazione interna nata tra gli studenti comboniani nel 1935. Ho voluto far rivivere questo titolo, ricco di storia e di patrimonio carismatico.
Sono un comboniano affetto da Sla. Ho aperto e continuo a curare questo blog (tramite il puntatore oculare), animato dal desiderio di rimanere in contatto con la vita del mondo e della Chiesa, e di proseguire così il mio piccolo servizio alla missione.
Pereira Manuel João (MJ)
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