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L’hospitalité

L’HOSPITALITÉ
selon Jacques Derrida

1. Deux hospitalités.

L'hospitalitéA l’égard d’un visiteur, j’ai deux attitudes possibles : l’invitation si je le reçois en fonction des règles en usage chez moi; la visitation si je laisse ma maison ouverte. Dans le premier cas, l’hospitalité est conditionnelle; dans le second elle est inconditionnelle, ou “pure” , ou absolue. L’étranger de la visitation, qu’on appelle aussi arrivant absolu, est indéterminé. Ce peut être n’importe qui. Pour l’accueillir, l’hôte lève les barrières immunitaires avec lesquelles il se protégeait. Il accepte de s’exposer à ce visiteur dont les lois et les comportements sont imprévisibles, de se transformer en fonction de ce qui arrive, au risque de perdre son identité. Il accepte que le visiteur fasse la loi chez lui, même si ce “chez soi” devient impossible à vivre.

L’hospitalité pure n’est pas un programme, ni une règle de conduite, ni une notion politique ou juridique. Elle ne relève pas de la morale, mais plutôt de la culture en tant qu’elle implique une manière d’être chez soi et avec les autres, un style, un éthos. Jacques Derrida en propose une définition stricte, conceptuelle. Son hospitalité inconditionnelle (ou visitation) est un principe à maintenir, un concept liée à la structure de messianité qui caractérise l’expérience humaine de la croyance : nous sommes irréductiblement exposés à la venue de l’autre.

2. Le principe de l’hospitalité pure, ses sources.

L’hospitalité n’est pas un choix, une décision, c’est une loi, celle qui ouvre la possibilité de l’accueil. L’accueil ne se fait pas à partir d’un chez-soi déjà établi, mais à partir d’un “oui” de l’autre qui n’est pas acquis, mais promis. C’est ce “oui” de l’autre, pré-originel (une arkhè d’avant même le commencement), qui ouvre la possibilité d’un “oui” à l’autre – d’un accueil hospitalier. Le sujet ne peut répondre qu’à un autre qui l’aura déjà accueilli. Cet accueil est irréductible, sans cause : il faut commencer par répondre.

L’hospitalité n’est pas le produit d’un raisonnement, on ne la démontre pas, on la déclare. C’est un coup de force, un axiome, l’invention d’un nouveau langage qui peut s’inscrire dans des traditions ou des fidélités mais les déborde, comme il déborde la pensée purement politique ou la langue courante. Tout commence donc par la paix, même si, dès le départ, cette paix, confrontée au tiers, peut être oubliée, rejetée, transformée en guerre, en hostilité.

Emmanuel Lévinas a fait de ce temps d’ouverture de l’éthique, d’accueil absolument originaire, un trait féminin. Mais selon Derrida, la préséance de l’accueil, y compris dans sa propre maison, n’a rien de naturel. On ne peut pas la réduire à la figure d’une altérité féminine construite à partir de l’androcentrisme classique. L’exigence d’hospitalité pure, excessive, intenable, inconditionnelle, qui est (toujours selon Derrida reprenant une formule de Lévinas) l’éthicité même, le tout et le principe de l’éthique, oblige à l’égard de tout autre. Ce rapport ne s’instaure pas par accident, mais par une séparation radicale, dans un quasi-moment, “pré-originaire”, où l’hôte-otage ne se pose pas encore comme sujet. Dans ce mouvement de subjectivation, le chez-soi ne procure ni sol stable, ni fondement, ni enracinement. Avec l’ouverture à l’étranger, c’est un événement unique, à peine pensable, qui est chaque fois réitéré.

3. Notre responsabilité, entre le conditionnel et l’inconditionnel.

Les deux hospitalités sont hétérogènes, mais indissociables. L’hospitalité inconditionnelle, inacceptable en pratique, est incontournable conceptuellement. Elle transcende les institutions et s’impose comme l’altérité de l’autre. Même dans l’athéisme le plus radical, même si Dieu nous abandonne, ce désir d’altérité, laisser venir l’autre, réside en moi et aussi dans la langue, qui ne peut ni éviter d’accueillir des hôtes incompréhensibles, ni s’opposer aux transformations, aux marques externes qui viennent modifier sa syntaxe et son lexique.

On ne sait jamais ce qui arrivera, ni de quoi l’hospitalité sera faite. Toujours conditionnée, médiatisée par un tiers : l’institution, la justice, l’Etat, etc., elle n’est jamais pure. Nous avons la responsabilité d’inventer un lieu de rencontre, de compromis, d’émergence poétique, qui lui laisse une place chaque fois unique, dans le droit et au-delà du droit. Il n’y a pas d’éthique sans rapport au tiers, et le tiers peut se révéler dangereux, menaçant, risqué, voire pire. L’hospitalité ne va pas sans hostilité (hostipitalité), mais elle permet de conjurer une autre menace, aussi grave, celle de l’insuppléable ou de l’irremplaçable. En effet si l’ipséité était la loi, si l’identité se stabilisait définitivement, nous deviendrions fous.

4. Les figures de l’hospitalité : paix, tolérance, accueil des réfugiés, etc..

Ce qui se dit de l’hospitalité peut aussi se dire de la tolérance. Alors que la tolérance d’inspiration chrétienne est avant tout charitable (j’accepte de supporter l’autre, bien que nous n’ayions pas la même appartenance, mais je garde le contrôle sur mon chez moi), l’autre tolérance est pensée comme scrupule, respect devant l’altérité infinie ou l’hétérogénéité de l’autre. Elle est intenable, incontrôlable, mais incontournable.

Le principe d’hospitalité ne prescrit aucune règle précise de comportement, mais il n’est pas non plus sans effet. Son inscription dans le discours conduit à proposer de nouveaux concepts, ou à donner d’autres sens à des concepts anciens. Exemples :

– Kant a proposé le concept de paix perpétuelle. Mais il ne s’agit que d’une paix instituée, qui dépend d’une négociation politique. Aussi cosmopolitique soit-elle, elle reste conditionnelle.

– la ville-refuge, qui renouvelle le droit d’asile (mais le concept n’est pas nouveau, il remonte à de très anciennes sources bibliques),

– le métissage des cultures, qui expose à l’étranger,

– et aussi, plus radicalement, devant la multiplication des réfugiés, émigrés, exilés, déplacés, expulsés et des crimes contre l’hospitalité, une mutation, une conversion éthique du concept de politique.

5. Au-delà de l’humanisme.

Si la loi d’hospitalité est infinie, elle ne vaut pas seulement pour l’humain, mais aussi pour l’enfant, l’animal, le végétal, pour tout vivant et aussi pour tout non-vivant (la pierre, le minéral). Qu’il s’agisse de manger ou de vivre en un lieu, elle se pose en termes de respect, de don dans le rapport à l’autre.

Dire “Viens” à l’autre, penser l’événement dans sa différence incalculable, imprévisible, c’est ouvrir un espace  messianique. Le Viens” ne doit pas enfermer l’autre dans un désir, un ordre ou une demande de type religieux. Il doit rester abstrait, désertique, indéterminé, sans contenu. Humain, animal, spectre ou Dieu, on ne connaît pas l’arrivant. On peut le craindre, mais aussi le chasser ou le conjurer. Hospitalité et exclusion vont de pair.

https://www.idixa.net
Source: Pierre Delain – “Les mots de Jacques Derrida”, Ed : Guilgal, 2004-2017,
Page créée le 1er avril 2006

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Questa voce è stata pubblicata il 09/05/2020 da in Actualité, Société, Culture, FRANÇAIS con tag .

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Combonianum è stata una pubblicazione interna nata tra gli studenti comboniani nel 1935. Ho voluto far rivivere questo titolo, ricco di storia e di patrimonio carismatico.
Sono un comboniano affetto da Sla. Ho aperto e continuo a curare questo blog (tramite il puntatore oculare), animato dal desiderio di rimanere in contatto con la vita del mondo e della Chiesa, e di proseguire così il mio piccolo servizio alla missione.
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