COMBONIANUM – Spiritualità e Missione

Blog di FORMAZIONE PERMANENTE MISSIONARIA – Uno sguardo missionario sulla Vita, il Mondo e la Chiesa MISSIONARY ONGOING FORMATION – A missionary look on the life of the world and the church

FP.fr 1/2021 Dolores Aleixander – Chercheurs de puits et de chemins

Formation Permanente – Français 1/2021

CHERCHEURS de PUITS et de CHEMINS
Deux icônes pour une Vie religieuse ‘samaritaine’
Dolores Aleixander rscj

Dans un petit musée de Nazareth est conservé un curieux chapiteau d’une église très ancienne : une figure féminine (la Foi?) avec une couronne de reine, ayant en main un sceptre surmonté d’une croix, avance tenant par la main un autre personnage (Pierre? un apôtre?) qui, avec une attitude vacillante, est conduit, à contre cœur, dans une direction vers laquelle il ne semble pas vouloir aller.

Les deux figurent évoquent des attitudes très différentes : la “conductrice” apparaît revêtue de sûreté, elle s’appuie sur la croix comme sur une crosse et, recevant d’elle sa force, elle prend l’initiative de saisir la main de l’autre personnage afin de le forcer à la suivre. Ce dernier a un port voûté, il semble résister et craindre : sa main droite, soutenue par la main gauche de l’autre figure, a perdu son pouvoir social et il marche conduit par la Foi; de sa main gauche il retient son manteau, comme s’il craignait de rester nu devant les autres. Ce n’est pas Lui qui étreint la Foi, mais c’est la Foi qui le saisit, comme une proie, sans le lâcher. Un détail particulier du chapiteau c’est que, alors que le visage de la figure “conduite” se distingue clairement, celui de la “conductrice” semble indéfini. Nous pouvons deviner ce qui est derrière, mais le point final est ouvert et nous ne pouvons que l’imaginer.

Cette image m’est venue à la mémoire en commençant cette réflexion touchant les icônes de la Samaritaine (Jn 4,1-42) et du Samaritain (Lc 10,25-37). Je vous propose que ce soient eux qui donnent un visage concret à la figure qui n’en a pas, celle qui conduit l’autre en la tenant par la main, et que nous nous sentions identifiés à cette seconde. En elle nous pouvons nous sentir représentés, nous hommes et femmes qui avons embrassé, dans l’Eglise, cette forme particulière d’amour que le Père a laissé entendre à quelques-uns et que nous appelons “Vie Consacrée”. Une fois encore, nous nous trouverons face à la surprise que le fait de suivre les pas du Seigneur lui-même conduit aux réalisations les plus diverses.

Nous allons permettre que ces deux personnages évangéliques, également sans nom dans les textes, (peut-être pour que nous qui les regardons puissions y lire le nôtre), nous prennent par la main et soient les mystagogues qui nous guident dans notre suite du Seigneur Ressuscité afin que la parole qui résonne en eux puisse nous envelopper et nous conduire au delà du lieu où nous pouvons être en ce début de millénaire. Ce n’est pas à nous qu’il appartient de savoir clairement où nous sommes conduits : ce qui nous regarde c’est de consentir à l’élan donné et de nous laisser conduire, sans prétendre dominer la fin du parcours.

Per tuas semitas duc nos quo tendimus: “Par tes chemins conduis-nous vers le lieu où nous tendons”, demande une hymne ancienne de l’Eglise. Evitons, dès le départ, le danger de partir de nous-mêmes et de notre réponse : c’est l’amour premier d’un Dieu qui nous aime passionnément qui peut exercer sur nous son attraction au moyen de ces deux icônes. Ce qui est nôtre viendra ensuite en forme de “passion pour Lui, passion pour l’humanité” et comme réponse à cet amour.

Comme dans les récits de la création de la Genèse, nous allons assister à un drame en trois actes : partant d’une situation initiale de carence, chaos et vide, nous contemplerons l’action créatrice du Seigneur sur les personnages et nous verrons leur transfiguration à la fin des récits. Bien que notre attention se centre sur les deux icônes de la Samaritaine et du Samaritain, nous nous laisserons interpeller également par un troisième personnage : le Scribe qui dialogue avec Jésus dans le récit de Luc et qui apparaît sous le signe de l’ambiguïté : apprendra-t-il à trouver “vie éternelle” là où la Samaritaine de la parabole l’a trouvée? Se laissera-t-il modeler “à son image et ressemblance” selon la proposition de Jésus? Luc ne nous révèle pas quelle a été sa réaction, et cette indétermination qui laisse ouverte la fin nous permet, aujourd’hui, de nous sentir reflétés en lui, avec notre liberté mise au défi par le même impératif que celui qu’il a écouté de la bouche de Jésus : “Va et fais de même”.

Nous regarderons aussi d’autres personnages secondaires des deux scènes : les pharisiens que Jean présente comme étant la cause de la décision de Jésus de quitter la Judée et de se diriger vers la Galilée en passant par la Samarie ; les disciples, qui apportent de la nourriture à Jésus et sont déconcertés de le voir parler avec une femme ; les samaritains conduits jusqu’à Jésus par le témoignage de cette dernière ; l’homme assailli par les bandits et à demi mort ; le prêtre et le lévite qui sont passés à bonne distance de lui ; l’aubergiste qui a accepté de prendre le blessé en charge et de le soigner.

Nous n’allons pas nous situer en spectateur devant chacun d’eux, mais nous les regarderons comme étant de nos contemporains, conscients que leur histoire, leurs attitudes et leurs réactions peuvent être les nôtres. Et nous accueillerons la bonne nouvelle que l’œuvre de création que nous contemplons en eux nous invite, aujourd’hui, à nous laisser modeler nous aussi par les mains créatrices de Celui qui a réalisé en eux son œuvre de transfiguration. (…)

Après l’excursion contemplative dans les deux textes évangéliques, nous pouvons faire un pas de plus et nous demander vers où “nous entraînent” ces personnages, dans quelle direction ils paraissent nous conduire.

Tenant la main de la Samaritaine

Si la femme samaritaine nous prenait par la main, que nous dirait-elle et où nous conduirait-elle?

Elle nous proposerait certainement de l’accompagner jusqu’au puits de Jacob et nous raconterait comment elle est arrivée là avec son seau vide de ses carences et dispersions, mais que cela n’a constitué aucun obstacle pour que l’homme qui l’attendait réalise son œuvre en elle. Et que si elle a appris, là, quelque chose de Jésus, c’est que lui ne s’arrête pas devant nos résistances et nos entêtements mais que, comme Fils qui agit comme il l’a vu faire à son Père (Cf. Jn 5,19), il cherche en nous ce “point de fracture” duquel émerge notre soif la plus profonde, comme s’il était convaincu que seul un désir plus grand peut relativiser les petits désirs. Peut-être est-ce pour cela qu’il l’a laissée exprimer ses préjugés, ses résistances, ses craintes, jusqu’à ce que vienne à la surface le désir de vie caché dans son cœur, alors il “se servit” de ce désir : “Si tu connaissais le don de Dieu…” Sans le premier, elle ne serait pas arrivée à reconnaître ses insatisfactions ; sans le second, il l’aurait laissé repartir avec son seau plein d’une eau incapable d’étancher sa soif.

Si nous l’interrogeons au sujet de la transformation de son désir, elle nous inviterait à ne jamais permettre que rien ni personne n’étouffe ou ne nous distrait des désirs qui ont été à l’origine de notre option de suivre Jésus dans la Vie Religieuse, mais de les maintenir toujours éveillés et insatisfaits parce que c’est en eux que se cache notre meilleure “réserve d’humanité” et ce qui nous permet de rester ouverts et en attente devant ce Don que nous n’arrivons jamais à connaître complètement.

Quant à son expérience missionnaire avec ceux de son peuple, elle pourrait nous parler de ses stratégies pour les conduire vers Jésus : elle avait aussi appris de Lui à être experte en humanité, à entrer en contact avec les désirs endormis au fond de chacun et à chercher “des points de fracture” capables de laisser passer la grâce, parce que c’est là où déjà le Seigneur est au travail. Mais que, pour cette mission, il vaut mieux que se retirent les “individualitées-réalisées-professionnellement et occupées-en-engagements-spirituellement-inoffensifs” parce que seuls les “chercheurs de puits” capables de s’approcher, de “toucher”, de perdre du temps et de percer les apparences, peuvent en aider d’autres à faire naître la source qui les habite.

Elle essaierait de nous convaincre de l’importance de nous accompagner les uns les autres et de nous soutenir dans la foi, apprenant ensemble à relire la vie et à permettre que chacun puisse partager l’eau de son expérience ; sans doute manifesterait-elle sa curiosité afin de savoir vers où nous dirigeons l’eau de notre torrent affectif et si les vœux donnent à nos énergies profondes l’orientation apostolique qu’ils ont eue dans l’existence de Jésus. Peut-être même s’enhardirait-elle à nous demander les noms de nos maris, de ces réalités avec lesquelles nous pactisons et qui nous éloignent de notre Centre :

1) Le mari de la ‘sottise désinformée et conformiste’ qui nous fait croire qu’il n’y a pas de remède à la situation de ce monde (“ce sont les lois d’une économie de marché…”, “c’est le prix à payer pour une avancée technologique…”) et, ce que nous avons à faire de plus intelligent, est de nous accommoder à ce qui est.

2) Le ‘mari néo-libéral et consumériste’ qui nous entraîne vers une trompeuse manière d’être “comme tout le monde”, nous crée des nécessités croissantes de confort et arrive à ce que nous pensions être normal d’être situés dans un centre commode, éloignés de tout risque et camouflant sous le nom de “prudence” la résistance à tout ce qui menace de nous désinstaller. A force de vivre ainsi, “l’étincelle de folie” qui a mobilisé nos vies pour suivre Jésus s’éteint, notre regard se trouble et les lieux d’en bas que nous sommes appelés à fréquenter, finissent par devenir invisibles.

3) Le ‘mari individualiste’ qui nous cache les sources de l’altérité, nous séduit avec la facilité d’une vie quelconque et distraite dans laquelle la douleur des autres ne nous atteint pas, ni l’importance de la présence de Dieu ou le souvenir dangereux de son Evangile.

4) Le ‘mari pseudo-thérapeute’ qui impose le psychologisme comme explication ultime de tout et suspecte toujours nos désirs, leur refuse systématiquement une origine transcendante et nous place à un niveau de positivisme hermétique : tout a sa raison au plus profond de notre psyche et le reste n’est que projections illusoires. C’est pourquoi il refuse à notre liberté la possibilité de s’étirer au-delà de nous-mêmes.

5) Le ‘mari séculariste’ qui nous éloigne du puits, de la rencontre profonde avec le Seigneur et de l’expérience mystique, qui ne nous fait vivre qu’à partir d’impératifs éthiques, ‘sécularise’ notre cœur et nous rend incapables d’exprimer l’expérience spirituelle. De là naît cette incapacité de parler de ce qui est sublime, cette peur devant le mystère et le symbole, ces liturgies fossilisées et cet activisme apostolique où il n’y a plus ni temps ni espace pour une oraison juteuse, silencieuse, ‘inactive’ et constante.

6) Le ‘mari spiritualiste’ qui nous pousse à continuer à dresser des sanctuaires et à nous échapper vers les monts de sacralisations nouvelles et de ‘restaurationismes’ avec des traits vaporeux de new age, sans relation avec le tangible de la vie réelle et quotidienne.

7) Le ‘mari idolâtre’ qui nous fait rendre un culte aux moyens et aux instruments, aux institutions, aux rites et aux lois, rendant de plus en plus difficile cette adoration que le Père attend de nous, et qui n’a rien à voir avec le ‘retour’ au religieux.

8) Le ‘mari des mille choses à faire’ qui cache au-dedans le vieux dynamisme de chercher la justification dans les œuvres, nous configure davantage comme donneurs que comme récepteurs et convertit les échecs apostoliques ou la vieillesse en véritables traumatismes, parce dans ces moments-là, le travail perd sa prétention d’absolu.

Mais elle, qui a été libérée de toutes ses idolâtries, nous dirait surtout :

Soyez patients avec la lenteur de vos processus à l’heure de rompre avec ces maris, soyez sûrs que, dans chacune de vos vies, il existe un puits et le Maître vous attend sur sa margelle. Ayez confiance en son pouvoir de séduction, à sa patience à l’heure de percer vos défenses, à son désir de vous conduire jusqu’au plus profond de vos vies, à ses sources intérieures et secrètes, parce que Lui sait accompagner cette descente sans impatience et sans presse. Quand je l’ai écouté dire, deux fois : “l’eau que je veux donner”, j’ai su qu’il était habité par un désir violent de nous emporter tous dans son courant.

Ne restez pas uniquement avec ce que vous savez de Lui : parcourez le processus d’intimité auquel vous avez aussi le bonheur d’être invités. Au début, je n’ai vu en Lui qu’un juif, mais il m’a conduit jusqu’à ce que je le découvre comme Seigneur, Prophète et Messie, comme Celui que j’ai toujours attendu sans le savoir. Ayez l’audace de l’appeler avec des noms nouveaux, ceux qui n’apparaissent jamais dans les manuels racornis de vos étagères.

N’ayez pas peur de reconnaître la soif qui vous habite, ne vous trompez pas vous-mêmes en croyant que votre condition de consacrés vous exempte de la précarité et de la vulnérabilité qui battent en chaque être humain : changez votre attitude de perpétuels “donneurs” et sentez-vous marcheurs avec ceux qui marchent et chercheurs avec ceux qui cherchent. Ce n’est qu’ainsi que vous vivrez la joyeuse surprise d’être évangélisés par ceux à qui vous voulez annoncer l’Evangile. Apprenez à mieux écouter et, au lieu de tant prêcher et diriger, devenez experts en demander, dialoguer et partager avec d’autres cette pauvreté qui nous rend tous égaux. Ce n’est que si vous touchez votre soif que vous pourrez entrer dans le jeu que j’ai moi-même appris près du puits : l’homme assoiffé qui m’a demandé de l’eau a finalement été celui qui a calmé ma soif et cela m’a décidé à parler de lui à ceux de mon peuple. Précisément parce que je savais que j’avais besoin de salut, je pouvais annoncer à d’autres que j’avais rencontré quelqu’un qui m’avait accueilli sans me juger ni me condamner. Venez célébrer avec moi près de la margelle du puits que la propre pauvreté reconnue et mise en relation avec Jésus, n’est pas un obstacle pour recevoir le don de l’eau vive, mais qu’elle est la meilleure occasion pour l’accueillir et la laisser jaillir jusqu’à la Vie éternelle.

Mais je vous le dis, vous êtes prévenus : Il peut vous attendre n’importe où, à n’importe quel moment de votre vie quotidienne, précisé­ment quand vous vous trouvez enchevêtrés dans de petites préoccupations, en mésententes mutuelles ou en orthodoxies vieux jeu au sujet de rubriques ou privilèges. Si vous vous arrêtez à l’écouter, vous êtes perdus pour toujours : Lui, au début, vous demandera quelque chose de très simple (“donne-moi à boire”, “appelle ton mari”)…, mais à la fin, vous reviendrez chez vous sans eau, sans seau mais avec la soif, inconnue jusque là, d’amener vers lui la ville entière.

Accueillez la surprenante nouvelle que c’est le Père qui vous cherche et qui attend la réponse de votre adoration. N’ayez pas peur de ce mot, si étrange aux oreilles du monde parce que c’est “l’autre terre” celle à laquelle, comme Abraham, vous avez été appelés. Laissez derrière vous les vieux sols qui vous soutenaient et entrez dans cette relation passionnée pour le Seigneur et son Règne dans laquelle, comme le désirait Benoît de Nursie, rien ne surpasse son amour, et qui convertit en une forme d’existence ce que proclamait l’orant du Psaume: “Ton amour vaut mieux que la vie!” (Ps 63, 4).

Tenant la main du Samaritain

Si le Samaritain nous prenait par la main, que nous dirait-il, où nous conduirait-il ?

Plus que de l’écouter (il semble être un homme de peu de paroles), prenons le temps de contempler la scène décrite par Jésus, nous rappelant qu’une icône n’est pas le reflet de ce que nous avons déjà vécu et de ce que nous sommes, mais qu’elle manifeste l’Autre, celui que nous ne sommes pas encore, la distance de conversion que nous devons parcourir, et qu’elle nous met face au regard qui nous fait rentrer en nous-mêmes et nous permet d’accéder au véritable visage du prochain.

Cette icône nous révèlera-t-elle, elle aussi, ce qui habitait l’intériorité de Jésus, lui qui inventa son histoire et qui, sans le prétendre, ‘a dessiné’ en elle quelques-uns de ses propres traits ? Ne serait-ce pas son chef d’œuvre, le tableau pour lequel il aurait pu passer à l’histoire et dans le souvenir, si ce n’était qu’il y a d’autres motifs pour cela?

Commençons par regarder la scène, comme si nous y étions présents:

Avant tout, le réalisme lucide de l’auteur nous surprend. Il n’écono­mise pas les tonalités sombres : une attaque de bandits, un homme dépouillé, jeté à terre et à demi mort, et deux passants “de qualité” qui prennent de la distance (nous ne pouvons éviter de rappeler le banditisme de notre monde, ses victimes oubliées dans les marges de l’exclusion, l’indifférence de ceux qui passent, ou qui passons, occupés par nos propres affaires…).

Et alors que l’histoire s’obstinait à nous faire croire que le mal constitue le dernier mot des choses et que la situation est fatalement irrémédiable, le narrateur fait surgir une autre silhouette à l’horizon, précédée d’une petite note grammaticale qui nous tient en suspens : “mais un samaritain…”. D’où vient et que prétend la ‘dissidence’ introduite par ce “mais”, nous demandons-nous ? quelle force d’opposition peut représenter, au milieu d’un monde qui ne paraît pas émettre d’autres signes que ceux d’une possession effrénée, l’obsession pour le soin personnel, et une inconscience satisfaite, alors que des peuples entiers s’effondrent en silence ? Ce petit “mais” ne nous communique-t-il pas quelque chose du comment Jésus regarde l’histoire et de son espérance obstinée qui voit émerger d’elle une puissante force de résistance, bien que faible en apparence ?

En effet, au milieu de tant de signes de mort, le Samaritain qui entre en scène ne semble pas avoir beaucoup de recours, il n’appartient à aucun centre de pouvoir qui l’épaule et lui assure prestige ou influence ; il est étranger, voyage seul et n’a que sa besace et sa monture, mais il a le regard à l’affût et là, au fond de lui, son cœur a vibré au rythme de l’Autre.

Alors il fait le geste, à la fois infime et immense, de s’approcher de l’homme qui gît sur le sol. Alors que les autres l’ont esquivé, sans laisser le trouble s’emparer d’eux pour l’avoir abandonné, lui se sent affecté par le blessé et responsable de son angoisse. L’urgence de tendre la main à celui qui est dans le besoin passe avant tous ses projets et il suspend son itinéraire. L’inquiétude pour la vie menacée de l’autre prend le pas sur ses propres plans et fait émerger le meilleur de son humanité : un moi débarrassé de lui-même.

C’est un étranger, qu’aucun lien de parenté ni de solidarité ethnique obligeait à prendre soin d’un autre, mais qui s’est arrêté pour le secourir ; c’est un voyageur qui est descendu de sa monture, a modifié son itinéraire et s’est agenouillé près d’un autre homme ; c’est un schismatique qui, cependant, s’est comporté comme le gardien de son frère et a su lire dans le commandement “tu ne tueras pas”: “Tu feras tout ce que tu pourras pour que l’autre vive”.

Et si dans ce geste de pure altérité était contenu le secret de notre identité la plus profonde, et s’il nous montrait sur quoi débouche l’adoration à laquelle nous invite la Samaritaine ? Etre, au milieu du monde, un signe qui conteste l’augmentation de l’avoir, un signe aussi pauvre que celui de la crèche ou de la tombe vide, une présence qui affirme la valeur et la dignité des plus petits ?

Petite pierre d’achoppement dans le domaine de la logique néo libérale, rêveurs avec les pieds sur terre, attachés à maintenir une relation vécue dans l’espérance et non résignée à la réalité, capables de découvrir des possibilités de transformation viables et d’imaginer un “autre monde possible”. Autour du Samaritain existait aussi, comme maintenant, une logique dominante : “Si tu t’arrêtes pour prendre soin d’un inconnu à demi mort, tu t’exposes à mettre par terre tous tes plans, ta tranquillité, ton temps, ton huile, ton vin et ton argent”. Mais, dans sa réaction, se dévoile la logique obstinée de Jésus : “Ne mesure pas, ne calcule pas, laisse l’amour te dessaisir : ce seront les autres qui te rendront ton identité, juste au moment où tu avais l’impression que tu étais en train de perdre ta vie”.

Arrêtons-nous pour contempler l’homme à demi mort. Celui qui occupe le centre du cadre nous fait penser qu’il était naturel, pour Jésus, de regarder les choses à partir d’en bas, avec les yeux de ceux qui vivent, ou vivent mal, dans les pires situations. Celui qui est né loin d’un centre, aux alentours de Bethléem, et qui mourra hors des murailles de Jérusalem, se ‘délocalise’ et monte sa tente là où personne ne l’attend : parmi les dépossédés, les misérables et les exclus, précisément là où paraissait abolie toute espérance. Nous le trouverons toujours au-dehors, avec ceux que le monde a rejeté loin de lui.

“Il prit soin de lui”, lisons-nous dans le texte. “Prends soin de lui” dira-t-il ensuite à l’aubergiste. C’est un verbe ‘féminin’, lent, caressant, qui contraste avec nos empressements et notre impatience pour les résultats immédiats. Cette dimension humaine du “prendre soin” peut imprégner de sa chaleur nos relations communautaires, briser nos défenses, parvenir à ce que se craquelle cette dureté qui peut obscurcir notre célibat et nous permettre de répandre la cordialité et d’inventer des gestes de tendresse.

Contemplons de nouveau l’homme “à demi mort”, sans repousser la question qui nous assaille parfois de savoir si la Vie Religieuse elle-même n’est pas, de temps à autre, responsable des “demi morts” de quelques-uns de ses membres. La sincérité nous oblige en effet à reconnaître l’existence de vie “médiocres”, qui ne semblent ni épanouies ni heureuses, assujetties au fonctionnement d’institutions, asphyxiées par l’inertie d’un ordre inamovible et de traditions qui ne peuvent être remises en question, vides dans leur corporalité, dont l’initiative et la spontanéité sont étouffées, rarement invitées à penser par elles-mêmes, à exprimer librement leurs opinions, leurs désaccords, leurs désirs ou leur rêves. Il faudrait certainement qualifier comme de “non-vie-non-religieuse” celle qui produit de semblables “sujets nécrosés” dans son sein stérile, alors que ceux et celles qui y sont arrivés venaient y chercher la vie en abondance promise par le Vivant.

Continuons à regarder l’homme à demi mort avec la consolation de savoir que quelqu’un va se positionner en faveur de la moitié vivante de sa personne et, en son nom, va choisir la vie. Et nous nous rendons compte, à notre grande surprise, que c’est précisément lui, à partir de son impuissance, qui a le pouvoir de révéler au Samaritain la capacité de compassion qui le rend semblable à Dieu.

Et si c’était ce que nous ressentons “à demi mort” en nous, tant personnellement que institutionnellement, qui aurait la mission de nous révéler des dimensions de notre existence que nous ne connaissons pas? Et si c’était les situations de croissante fragilité, de diminution et de perte, les “messagères” chargées de nous annoncer une nouveauté arrivant dans nos vies? Nous ne les aurions jamais choisies, et encore nous regrettons le temps où nous étions beaucoup, forts, jeunes et influents, mais en bien des endroits nous allons vers l’inverse et notre résistance à l’appauvrissement se convertit en une source de dépression spirituelle corporative qui bloque nos projets et nous empêche de vivre heureux et d’être créatifs. Notre espérance quant au futur de Dieu dans la Vie Religieuse est “à demi morte” et nous avons pactisé avec une “hérésie émotionnelle” beaucoup plus dangereuse en ce moment que n’importe quelle autre hérésie: Dieu n’aurait plus rien à faire dans ce monde, dans cette Eglise, dans ce Corps apostolique. On ne pourrait en attendre aucune nouveauté. Nous ne le disons pas de cette manière, mais nous le pressentons et ce sentiment pénètre au-dedans, de façon subtile, comme un couteau du souffle et de l’espérance. Et quand l’espérance entre en crise, l’amour et la foi commencent à agoniser.

N’aurions-nous pas besoin que le grand Samaritain, Jésus, s’approche de nous, soigne nos plaies et verse sur elles l’huile de sa consolation et le vin de sa force ? Ne serait-il pas devant nous le kairos à découvrir dans notre fragilité, “un nouveau chemin” dans lequel la force se manifeste dans la faiblesse et la vie dans la mort ? N’est-elle pas arrivée l’heure de faire totalement confiance à ce Dieu qui est en train de faire quelque chose de neuf avec notre pauvreté et même avec nos pertes, et d’accepter d’être, dans l’Eglise, “porteurs des marques de Jésus”, une réalité faible, toujours fragile, et jamais achevée ?

Mais si nous ne nous décidons pas à vivre jusqu’au bout les morts auxquelles nous sommes conduits, si nous n’arrivons pas à ‘en être heureux’, nous ne serons pas capables de laisser émerger la vie qui veut naître à travers elles : un appel à nous centrer sur l’essentiel, une manière distincte de vivre nos relations, de nous appuyer en intercongrégations, de laisser de la place aux laïcs, de mieux apprendre ce que sont la réciprocité et la collaboration.

Pouvons-nous imaginer ce qui arriverait dans une Congrégation (et nous commençons à avoir de précieux exemples de cela), qui abandonnerait toute anxiété pour veiller sur son avenir et laisserait dans les mains de Dieu la perle précieuse de son Charisme ? Non pour ne plus s’en occuper et renoncer à le vivre en l’offrant à d’autres, mais pour le rendre mobile pour la recherche du Royaume et non pour assurer à tout prix notre propre survie. Sommes-nous capables de rêver à la libération d’énergies que cette confiance apporterait avec elle et à la nouveauté que supposerait le fait de ne plus nous culpabiliser et nous affliger devant la diminution et la précarité? Parce qu’alors elles nous montreraient leur visage lumineux et nous seraient révélées, non plus comme un malheur ou comme un drame, mais comme une occasion, tout à la fois douloureuse et pleine de possibilités, de faire confiance à cette sagesse de l’Evangile qui parle de perdre et de laisser ?

Ne sommes-nous pas, aujourd’hui, dans la meilleure des occasions pour vivre tout cela à plein poumon ? Une conséquence immédiate serait que, dans les lieux où nous faisons l’expérience du vieillissement de la Vie Religieuse, nous nous aiderions les unes les autres à amplifier notre regard et notre esprit et que nous arriverions à nous réjouir de ce que d’autres Congrégations, et dans d’autres pays, vivent des moments de croissance et d’expansion. Cette ‘consolation vicaire’, ce geste de gratuité et de détachement serait sûrement dans la meilleure des traditions de nos fondateurs et constituerait un de ces signes de nouveauté que nous cherchons : rien de moins que d’abandonner l’étroitesse de nos regards et de laisser notre cœur battre au rythme de l’universalité de l’Eglise !

Il est difficile de réagir à partir de cette foi ? Certainement ! Ou bien serait-ce que, quand nous nous sommes décidés à suivre radicalement Jésus Christ, on nous ait assuré que l’avenir serait facile ?

Nous arrivons enfin à l’auberge. Le lieu est, de nouveau, marqué par le soin, mais maintenant tout se passe “dans l’intérieur” d’une maison, entre des murs (d’une institution pensons-nous nous autres).

Comment faire pour que ces structures que nous avons créées soient ‘auberges’ au service de la vie, espaces dans lesquels nous nous sentions accueillis, nous offrant stabilité et permanence et capables de nous refaire pour que nous puissions repartir sur les chemins ? Comment faire pour ne pas oublier que leur raison d’exister est d’engendrer (autre verbe féminin) des “appartenances unificatrices” et d’offrir des structures et des espaces de rencontre ? Comment maintenir la mémoire de ce pourquoi elles sont nées, quand le tourbillon créateur des fondateurs les inventait flexibles, avec de l’imagination pour qu’elles ne s’ancrent pas à des points fixes mais qu’elles se maintiennent ouvertes à des rêves mobiles ?

Et dans l’auberge, peu importe si nous sommes en “première ligne”, ou si nous nous consacrons à faire des sandales pour que les autres puissent marcher à la rencontre de ceux qui ont besoin de nous, ou à presser les olives et à fouler le vin qu’ils répandront sur leurs blessures. Quelques-uns devront se consacrer à dénoncer les bandits qui assaillent les faibles, à créer des “réseaux samaritains de communication” qui réveillent, protestent, mettent en contact avec d’autres “compagnons de dissidence” qui tout au long de ce vaste monde sont déjà à l’œuvre pour faire face au fatalisme économique, inventant d’autres modèles d’économie solidaire et employant toutes leurs possibilités et leurs recours pour créer un ordre humain dans lequel tous puissent exister. D’autres sentiront l’urgence de se dédier à prendre soin de cette planète “à demi morte” et à la défendre contre ses déprédateurs. Quelques-uns offriront leur temps et leur écoute aux jeunes et à ceux qui cherchent un sens et frappent à nos portes et, tandis que les uns sentiront l’appel à entrer en dialogue avec d’autres religions, d’autres, des terrasses, annonceront le nom de Jésus.

La mission de notre auberge n’est pas seulement de garder la mémoire de notre héritage et de consolider nos liens mais, par-dessus tout, de permettre que résonne en nous la cause de l’humain comme cause de Dieu et de parvenir à ce que nous nous sentions un corps vivant en cohésion et bien assemblé au service d’un monde blessé.

Tenant la main du Scribe

Si le Scribe nous prenait par la main que nous dirait-il et où nous conduirait-il ?

Peut-être qu’il nous convoquerait près de sa table de travail, pleine de vieux rouleaux manuscrits et commentaires de la Torah et qu’il nous raconterait comment il s’est habitué, depuis son enfance, à une observance scrupuleuse de la Loi et à ne pas, consciemment, faire fi d’une seule de ses prescriptions. Sa préoccupation était de savoir comment arriver à vivre une vie “éternelle”, c’est-à-dire “véritable”, au-delà des limites du temps, de la fragilité et de la caducité des relations, une vie pleine, profonde, débordante… Pour la trouver, cette vie, il avait consacré son existence à la loi et à des recherches et investigations et pour cela il se réunissait avec d’autres Scribes pour discuter avec eux et consigner ensuite ses découvertes sur des parchemins qu’il conservait jalousement.

Maître du savoir, ayant de l’influence et du prestige, il avait passé les meilleures années de sa jeunesse scrutant les Ecritures, mais les enseignements qu’il était arrivé à dominer s’étaient convertis, pour lui, en une charge pesante qui l’asphyxiait et l’enfermait dans un filet tissé de cordelettes d’argumentations compliquées et de digressions subtiles.

Il avait entendu parler d’un galiléen itinérant, entouré par un groupe de disciples, et qui laissait sur son passage un sillage de joie et liberté. Il s’était décidé à s’adresser à lui : peut-être qu’il existait un texte de la Torah qu’il ne connaissait pas mais commenté par des savants de quelque synagogue de Galilée et qui pourrait ainsi accroître son savoir au sujet de la vie véritable qu’il cherchait. Avec un mélange de curiosité et d’arrogance (“de Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon!”) il lui avait posé sa question et avait constaté avec une certaine déception que Jésus le renvoyait à la réponse de la loi qu’il connaissait si bien. Il lui cita par cœur le texte de la Shema avec le ton monotone de qui l’a répété mille fois de mémoire: “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, et le prochain comme toi-même”. Mais irrité ensuite par l’image de simplicité qu’il donnait, il se décida à tester les connaissances du galiléen et lui demanda: “Et qui est mon prochain?”.

Alors, nous confessa-t-il, est venu le sursaut. Au lieu de poursuivre utilisant les codes qui m’étaient familiers, ce maître étrange s’est mis à me raconter une histoire surprenante qui n’avait rien à voir avec ce que j’avais appris jusque là ! Dans cette histoire tout paraissait le contraire de ce que je savais : les personnes que je respectais et admirais : le prêtre, le lévite, étaient disqualifiés ; le nom de Dieu n’était jamais prononcé et l’unique allusion lointaine à la Loi (la défense de toucher un cadavre), était ouvertement reniée. Mais c’est surtout la fin qui, pour moi, a été intolérable : il m’a proposé, comme modèle de conduite et d’apprentissage pour devenir prochain, un samaritain hérétique et schismatique.

J’ai essayé de fuir, mais cet inconnu m’avait attrapé par la main et m’avait fait aller jusqu’à me placer à un embranchement où je me trouve encore : il m’invite à laisser derrière moi tous les chemins que j’ai déjà fréquentés et à m’aventurer sur un autre, totalement inexploré et plein d’inconnus. Il ne m’a pas demandé de renoncer à l’héritage reçu, mais à créer, à partir de lui, quelque chose de nouveau et d’inédit.

Mes vieux savoirs et mes vieilles sécurités commencent à me paraître irréversibles et, à cette seule pensée, j’ai le vertige. Je suis angoissé parce que, sans le vouloir, je compare le personnage du Samaritain avec les personnages du prêtre et du lévite, symboles des conduites qui ont alimenté mes convictions durant des années, et je me rends compte, avec étonnement, qu’elles sont en train de changer de signe pour moi : leurs vies me semblent ankylosées et stériles, ils s’expriment dans une langue morte qui ne dit rien, je les vois victimes de coutumes mortes et froides, rompues à des opinions et conventionnalismes extérieurs, marchands d’un discours vide, professionnels athées du discours sur Dieu. J’ai compris pourquoi, dans l’histoire de Jésus, ils ont fait un détour devant l’homme à demi mort : leur cœur était atrophié et insensible, incapable de réagir devant l’inattendu et de se libérer des mécanismes habituels et routiniers. Ils savaient par cœur, comme moi, le commandement de l’amour pour le prochain, mais leur tête n’était pas en contact avec leur cœur et ils ont fuit du prochain réel qui les défiait par sa réalité.

Petit à petit grandit en moi l’intuition que la vie que je cherche n’est pas liée à des lois, des temples, des rites, des édifices ou des coutumes, mais à cette parole en laquelle Jésus a mis toute la force de son récit : la compassion. L’impératif qu’il m’a adressé “fais de même” rôde sur moi et je me débats entre retourner dans le monde déjà connu de mes certitudes tirées des livres, ou à entrer en contact avec des êtres humains, de chair et d’os, et à découvrir que c’est près des personnes les plus déshéritées que l’on apprend la vie éternelle.”

Et si nous avions le courage de nous regarder, comme dans un miroir, dans le personnage du scribe ? Et si ses paroles mettaient un nom sur notre habitude de nous réfugier dans le monde aseptique des théories, dans la satisfaction des déclarations péremptoires, dans la tranquillité d’une vie bien ordonnée, régulière et engourdie, dans la protection d’horaires inchangeables et de cloisons, parfois invisibles, nous mettant à l’abri du tumulte de la vie qui passe loin de nous, et des larmes, des cris, des rires ou des espoirs de ceux qui vivent et meurent hors de notre monde ?

Comment éviter que l’aventure que nous avons entreprise un jour, née d’un amour passionné pour le Seigneur et son Royaume, ne dérive vers une tiède modération et se transforme en l’accomplissement ennuyeux de réglementations et de coutumes ?

Nous expérimentons la frustration de ne pas avoir pleinement réussi dans notre recherche d’une vie pleine et débordante celle dans laquelle nous avons voulu compromettre notre vie : nous nous sentons fatigués de mots qui n’ont pas de sens, et assoiffés de voir, toucher et sentir ; nous sommes arrivés à un degré de saturation quant aux déclarations, documents et théories sur le spécifique de notre identité, quand ce qui importe n’est pas ce que nous proclamons mais ce que nous vivons. Est-ce que nous ne sommes pas en train de gaspiller nos énergies pour conserver et retenir une figure de Vie Religieuse et des formes historiques qui sont nées critiquables et provisoires? N’est-il pas arrivé le moment d’en finir de répéter ce que nous faisions déjà avant, et de nous ouvrir à celui qui est devant nous, à la nouveauté que l’Esprit est en train de créer ?

Peut-être avons-nous besoin des conseils du Scribe :

– Abandonnez votre monde de réalités virtuelles comme moi je secoue la poussière de mes papiers…  Eteignez, ne serait-ce qu’un moment, les ordinateurs dans lesquels vous conservez jalousement organigrammes, règlements, projets sociaux ou plans pastoraux et sortez dans les rues et sur les places pour écouter la rumeur des personnes réelles et élargir vos surfaces de contact avec elles. N’évitez pas les itinéraires dangereux parce que la nouveauté émerge toujours loin des lieux sûrs, protégés et conventionnels.

– Ouvrez-vous à une spiritualité de l’intempérie et à supporter la perplexité, sans vous mettre sur la défensive ; risquez-vous à désapprendre beaucoup de vieilles pratiques et à réapprendre la pratique silencieuse de l’amour concret, parce que ce sera cela qui fera resplendir votre vie et non votre monotone proclamation. Prenez davantage d’intérêt à découvrir les nécessités qu’à conserver des outils ; et à inventer des réponses plutôt qu’à répéter des formules ; ramenez à la maison les questions fondamentales qui habitent les personnes : la vie, la mort, l’amour, la vérité, la paix, le futur de la terre. Ne vous entêtez pas à continuer à offrir des réponses standard, qui ont dépassé leur date de caducité, et ne vous laissez pas paralyser par le découragement : “Justement parce que les choses sont devenues beaucoup plus graves, l’espérance est permise!”

– Ne vous lamentez pas de l’insuffisance de vos efforts pour ‘transfigurer’ votre vie : moi non plus je ne suis pas arrivé à atteindre par moi-même ce que je cherchais ; réjouissez-vous si vous êtes restés sans paroles significatives pour définir votre identité : le Samaritain n’a pas eu besoin d’en prononcer une seule pour s’approcher du blessé et le soigner. Il l’a fait tout simplement.

– N’essayez pas d’échapper quand la vie vous met devant des situations de déstabilisation et de crise, de déchirement et de rupture et que restent en suspens les privilèges théologiques qui vous soutenaient, parce que ce n’est que lorsque vous renoncerez à vous définir par comparaison avec les autres, que se manifestera ce qu’il y a de plus authentique en vous.

– La vie que vous avez embrassée n’est pas un modèle éthique, ni un récit fondateur, mais une passion, une aventure, un risque, un itinéraire à parcourir avec les yeux et les oreilles bien ouverts, et dans lequel l’unique boussole qui guide au but est celle de la miséricorde et de la tendresse.

– Laissez que, comme ça a été le cas pour moi, vous secoue l’impératif : “Va et fais de même”. Devant vous sont ouvertes toutes grandes les portes de l’adoration et de la compassion qui débouchent en “vie éternelle”. Heureux serez-vous si vous choisissez d’en faire votre chemin !

Tenant la main du Premier Potier

Comme sur le chapiteau de Nazareth, Quelqu’un, aujourd’hui, nous prend par la main pour nous entraîner à sa suite et faire de nous ses disciples, épris de passion pour Lui et pour son monde.

Il vient à nous avec la force irrésistible de la source qui jaillit jusqu’à la Vie éternelle et prétend nous entraîner vers cette adoration que le Père cherche en nous, jusqu’à ce que la totalité de notre vie demeure exposée à son amour et que la priorité du Royaume nous fasse relativiser tout le reste.

Il se fait proche de chacun de nous pour guérir nos plaies et prendre en charge nos limites, il nous invite à parcourir avec Lui les lieux où la vie est le plus menacée et à faire confiance à la force secrète de la compassion et de l’espérance tenace. Parce que Lui, qui contemple déjà l’épi dans le grain de blé enfoui dans la terre et écoute les pleurs de l’enfant qui naît quand la femme crie encore à cause de la douleur de l’enfantement (Jn 16,21), Lui nous révèle les possibilités de vie qui se cachent là où il semblerait que la mort a apposé sa dernière signature.

Il est le Donneur de l’eau vive, le Samaritain qui soigne nos plaies, le Vainqueur de la mort et le Potier de la nouvelle création.

Heureux serons-nous si nous nous laissons attirer et conduire par Lui.

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Questa voce è stata pubblicata il 20/02/2021 da in Article mensuel, FRANÇAIS, Vocation et Mission.

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San Daniele Comboni (1831-1881)

COMBONIANUM

Combonianum è stato una pubblicazione interna di condivisione sul carisma di Comboni. Assegnando questo nome al blog, ho voluto far rivivere questo titolo, ricco di storia e patrimonio carismatico.
Il sottotitolo Spiritualità e Missione vuole precisare l’obiettivo del blog: promuovere una spiritualità missionaria.

Combonianum was an internal publication of sharing on Comboni’s charism. By assigning this name to the blog, I wanted to revive this title, rich in history and charismatic heritage.
The subtitle
Spirituality and Mission wants to specify the goal of the blog: to promote a missionary spirituality.

Sono un comboniano affetto da Sla. Ho aperto e continuo a curare questo blog (tramite il puntatore oculare), animato dal desiderio di rimanere in contatto con la vita del mondo e della Chiesa, e di proseguire così il mio piccolo servizio alla missione.
I miei interessi: tematiche missionarie, spiritualità (ho lavorato nella formazione) e temi biblici (ho fatto teologia biblica alla PUG di Roma)

I am a Comboni missionary with ALS. I opened and continue to curate this blog (through the eye pointer), animated by the desire to stay in touch with the life of the world and of the Church, and thus continue my small service to the mission.
My interests: missionary themes, spirituality (I was in charge of formation) and biblical themes (I studied biblical theology at the PUG in Rome)

Manuel João Pereira Correia combonianum@gmail.com

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